Marcel Gauchet

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Marcel Gauchet (2011).

Marcel Gauchet, né à Poilley en 1946, est un philosophe et historien de la Manche.

Biographie

Fils d'un cantonnier gaulliste et d'une couturière fervente catholique, Marcel Gauchet grandit dans une culture conservatrice et reçoit une éducation religieuse qui l'amène à être enfant de chœur[1].

Il entre à l’École normale d'instituteurs à Saint-Lô en 1961[2]. L'année suivante, il rencontre Didier Anger, militant de l’École émancipée et de Pouvoir ouvrier, organisation marxiste antistaliniste issue de Socialisme ou barbarie, qui prône une « gestion ouvrière et démocratique » de l'économie. Le futur responsable écologiste incite son camarade à lire les anciens Socialisme ou barbarie dans lesquels Gauchet découvre les articles de Cornélius Castoriadis[3]. Il mène une grève de la faim pour protester contre la répression policière à la station de métro parisien Charonne en 1962[2].

Il entre au lycée Henri-IV à Paris pour préparer le concours d'entrée à l'ENS de Saint-Cloud. Mais ne se sentant pas dans son environnement, il préfère revenir dans la Manche comme professeur de français en collège durant deux ans[4].

Se mettant en disponibilité[1], il poursuit ses études de philosophie à Caen où il passe sa licence et sa maîtrise[4] et fréquente plusieurs futures figures intellectuelles, comme Jean-Pierre Le Goff et Paul Yonnet. Gauchet recontre Castoriadis en 1966 à l'occasion d'une intervention du penseur à l'université de Caen[3]. A partir de cette même année, auprès de son professeur, Claude Lefort, cofondateur de Socialisme ou barbarie avec Castoriadis, il découvre la philosophie politique dont il fait sa spécialisation. Aussi prépare-t-il trois licences en parallèle, en philosophie, sociologie et histoire en cherchant à se détacher de la pensée marxiste[4].

Il participe aux événements de Mai 68, aux côtés de l'ultra-gauche spontanéiste, sans adhérer au maoïsme[5]. Il conclut ses études à 25 ans, préférant l'écriture et des travaux sociologiques « alimentaires » à la présentation de l'agrégation de philosophie[1].

Avec le philosophe belge Marc Richir, créateur de la revue Textures, il la relance en 1972, en associant Claude Lefort et Cornélius Castoriadis au comité de rédaction. L'aventure s'arrête en 1976 mais reprend l'année suivante sous la forme d'une revue en format poche publié chez Payot, Libre, dont la ligne antitotalitaire ne lui permet pas de survivre à la chute du Parti communiste français et à l'émergence médiatique des « nouveaux philosophes »[4]

En 1980, il fonde avec Pierre Nora la revue Le Débat, dont il est rédacteur en chef et principal animateur[5]. L'historien François Furet, selon qui il est « un des penseurs les plus importants de sa génération » le fait entrer comme ingénieur de recherche à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris qu'il préside. Il est directeur d'études à l'EHESS à partir de 1989[5].

En 1980, il coécrit son premier ouvrage avec sa compagne Gladys Swain, La Pratique de l'esprit humain, qui retrace une histoire critique de la psychiatrie. En 1985, il publie son histoire politique de la religion, Le Désenchantement du monde[5]. Il s'interessé ensuite à la Révolution française (La Révolution des droits de l'homme, 1989 ; La Révolution des pouvoirs, 1995) et participe aux ouvrages collectifs Les Lieux de mémoire de Pierre Nora et le Dictionnaire critique de la Révolution de François Furet et Mona Ozouf[6].

Historien et penseur de la démocratie, il considère dans La Démocratie contre elle-même (2002), qu'après avoir vaincu les totalitarismes, ce régime est menacé par un risque inverse, l'excès de l'affirmation des aspirations individuelles. Cette idée lui vaut d'être qualifié par Daniel Lindenberg dans Le Rappel à l'ordre (Seuil) de « nouveau réactionnaire »[5].

Peu médiatique, il est régulièrement interrogé après le 21 avril 2002, sur la crise démocratique, ayant alerté depuis une décennie sur le divorce entre le peuple et la classe politique et journalistique qui doivent porter sa voix, comme sur la question de l'insécurité[5]. Il a inventé le concept de « fracture sociale », à la mode dans les années 1990 et 2000.

Ouvrages

  • Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire (avec Miguel Abensour), 1976
  • La pratique de l’esprit humain : L'institution asilaire et la révolution démocratique (avec Gladys Swain), éd. Gallimard, 1980
  • Le Désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion, éd. Gallimard, 1985
  • La Révolution des droits de l'homme, éd. Gallimard, 1989
  • L'Inconscient cérébral, éditions du Seuil, 1992
  • Situations de la démocratie (avec Pierre Manent et Pierre Rosanvallon), éditions du Seuil, 1993
  • Dialogue avec l'insensé - À la recherche d'une autre histoire de la folie (avec Gladys Swain), éd. Gallimard, 1994
  • La révolution des pouvoirs : la souveraineté, le peuple et la représentation 1789-1799, éd. Gallimard, 1995
  • Entretiens avec Marcel Gauchet (avec K. Von Bulow), éd. Kime, 1997
  • Le Vrai Charcot : Les chemins imprévus de l'inconscient (avec Gladys Swain), éd. Calmann-Lévy, 1997
  • La Religion dans la démocratie : Parcours de la laïcité, éd. Gallimard, 1998
  • La Démocratie contre elle-même, éd. Gallimard, 2002
  • La Condition historique (entretien avec François Azouvi et Sylvain Piron), éd. Stock, 2003
  • Pour une philosophie politique de l’éducation (avec Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi), éd. Hachette, 2003
  • La Démocratie de notre temps (avec Pierre Manent et Alain Finkielkraut), éditions du Tricorne/Répliques/France Culture, 2003
  • Le Religieux après la religion (avec Luc Ferry), éd. Grasset, 2004
  • Utopia e modernità (avec Robert Redeker), Città Aperta edizioni, 2004
  • Un Monde désenchanté ?, éditions de l'Atelier, 2004
  • La Condition politique, éd. Gallimard, 2005
  • La Démocratie d'une crise à l'autre, éd. Cécile Défaut, 2007
  • L'Avènement de la démocratie, 4 tomes, éd. Gallimard, 2007-2017
  • Conditions de l'éducation (avec Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi), éd. Stock, 2008
  • Histoire du sujet et Théorie de la personne (avec Jean-Claude Quentel), Presses universitaires de Rennes, 2009
  • De quoi l'avenir intellectuel sera-t-il fait ? (avec Pierre Nora), éd. Gallimard, 2010
  • Le Religieux et le politique, éd. Desclée de Brouwer, 2010
  • Pour une philosophie politique de l'éducation (avec Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi), éd. Pluriel, 2013
  • Transmettre, apprendre (avec Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi), éd. Stock, 2014
  • Robespierre. L'homme qui nous divise le plus écrit, Gallimard, 2018

Citations

  • « Dans un monde rural encore marqué grandement d’une tradition agricole et religieuse typique de l’ouest de la France, la chance que j’ai eue c’était de bénéficier d’une école qui marche. Je suis un typique produit de la méritocratie républicaine à une époque où elle fonctionnait à peu près ».
  • « La première fois de ma vie que j'ai vu des communistes en chair et en os [...], je suis devenu anticommuniste tellement j'ai été horrifié par leurs manœuvres. J'ai compris d'un seul coup ce que voulait dire démocratie. J'avais un sentiment progressiste fort, la révolte de la jeunesse, un tempérament radical, mais en même temps, j'ai toujours été retenu par l'allergie à l'autoritarisme militant et le refus d'imposer quoi que ce soit. Je me suis découvert en un mot radicalement démocrate. Je le suis resté. » (interview de Vincent Cotinat, Ouest-France, 17 janvier 2008).

Notes et références

  1. 1,0 1,1 et 1,2 Olivier Bobineau, Le religieux et le politique. Douze réponses de Marcel Gauchet, Desclée De Brouwer, 2017.
  2. 2,0 et 2,1 François Dosse, La saga des intellectuels français : II. L’avenir en miettes (1968-1989), Gallimard, 2018.
  3. 3,0 et 3,1 François Dosse, Castoriadis, une vie, La Découverte, 2018.
  4. 4,0 4,1 4,2 et 4,3 François Dosse, L'empire du sens : L'humanisation des sciences sociales, La Découverte, 2013.
  5. 5,0 5,1 5,2 5,3 5,4 et 5,5 Alexandra Laignel-Lavastine, « Marcel Gauchet, au chevet de la démocratie », Le Monde, 21 novembre 2002.
  6. Marc-Olivier Padis, Marcel Gauchet : La Genèse de la démocratie, Michalon, 1996.

Voir aussi

Liens externes