Manoir de Saint-Ortaire

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Manoir de Saint-Ortaire
Manoir de Saint-Ortaire

Le manoir de Saint-Ortaire (ou jadis de la Mare du Dézert) est un monument historique de la Manche, situé au Dézert.

Bâtisse de type gothique flamboyant, de la fin XVe siècle et antérieur, il est l'ancienne demeure seigneuriale de la famille de La Mare localisé en limite des communes de Le Dézert et du Hommet-d’Arthenay.

Historique

Le manoir de Saint-Ortaire était propriété de la famille de La Mare et de ses descendants, du XIVe au XVe siècles, puis de 1505 à 1614. Ce que nous savons de la famille de La Mare provient du copieux article de Charles Fierville[1] : « Les de La Mare appartiennent à une vieille famille noble du Cotentin, qui portait pour armes « d’argent à croix de gueules ». Lors de l’invasion anglaise, en 1417, tous ses membres aimèrent mieux prendre la route de l’exil et s’exposer à la misère que de faire acte de soumission au vainqueur. » Louis et Richard de La Mare, fils de Guillot, chevalier et seigneur de La Mare sont inscrits sur les listes d’honneur des chevaliers qui prirent part à la fameuse défense du mont Saint-Michel (1424-1427)[2]. Leur frère Jean eut un fils, Louis, écuyer, sieur du fief de La Mare au Désert, qui ne laissa qu’un fils, Guillaume, absent pendant toute l’occupation anglaise, et qui ne rentra au Désert qu’en 1449. Un de ses fils, Guillaume, devint recteur de l’Université de Caen en 1503[1][3].

Yves Nédélec insiste sur la personnalité de Guillaume de La Mare (1451-1525), à qui on attribue vraisemblablement la reconstruction du manoir. « Sa formation humaniste, ses voyages et ses liens avec Geoffroy Herbert (évêque de Coutances) expliqueraient alors la qualité architecturale de l’édifice et spécialement celle des cheminées[1] ». « La présence en façade d’un écu très érodé sur lequel se devine le tracé d’une croix constitue un critère fiable d’attribution de la construction à un membre de la famille de La Mare », note Julien Deshayes. La propriété est vendue en 1614 à Michel Martin, riche drapier de Saint-Lô, dont les héritiers vendront le bien en 1654 ; on peut lire sur l’acte de vente une description de la propriété : « le manoir, consistant en maison manable, pressoir, grange et estables, trye ou fuye à pigeons, droict de chapelle, avec les jardins, herbes et fruitiers, le tout comme il se tient… » Suit une longue liste de pièces de terre. Le manoir devint propriété, entre autres, de Armand-Jérôme Bignon, seigneur du Rozel et bibliothécaire de Louis XV et Jérome-Joseph-Marie Grimaldi, prince de Monaco et comte de Torigni[4].

Le plan Napoléonien de 1823 confirme la protection de l'ensemble par une double enceinte. Un premier mur de protection encerclant la face Nord du manoir et la chapelle, appuyée par une tour à son Nord-Ouest (aujourd’hui disparue). Cette cour était accessible par un double portail d’entrée à l’Est de la chapelle. Une deuxième enceinte était formée au nord par des hauts talus et au sud par un fossé toujours existant, « la Lime de saint Ortaire ». Une autre tour, de plan carré et accolée sur la face nord du manoir, a disparu.

La qualité de l’ensemble ainsi que son intérêt historique ont permis l'inscription du manoir (en totalité) au titre des monuments historiques le 25 juin 2004, élargi à la totalité du manoir, à la chapelle et la fontaine, hors extension moderne adossée au pignon ouest du manoir le 10 juin 2014[5]. La restauration du manoir et de la chapelle, tout deux propriétés privées, débutant en 2002, a été primée par les Vieilles maisons françaises, le Conseil général de la Manche, la fondation Langlois, et la Fondation du patrimoine.

Description

Manoir de Saint-Ortaire: cheminée gothique (1er étage)
Manoir de Saint-Ortaire: cheminée monumentale (grande salle, rez-de-chaussée)

Le manoir « se signale en premier lieu au visiteur par sa grande chapelle seigneuriale, que joignait probablement à l’origine le portail d’entrée de la cour[4]. » L’intérêt majeur de cet ensemble pour l’histoire de l’art est qu’il a conservé son caractère authentique[6]. « Le corps de logis principal est constitué d’une vaste salle centrale,… l’un des rares exemples d’édifice à salle basse double en élévation (4,95 m) conservé pratiquement intact dans le département de la Manche[4]. » On y accède directement de l’extérieur par une grande porte surmontée d’un linteau en double accolade. Une superbe cheminée monumentale en pierre rouge locale se situe sur le mur pignon est, flanquée à droite par un escalier tournant menant à la chambre d’entresol, muni d’un judas, qui surmonte un cellier demi enterré. Cet agencement est typique du modèle médiéval du chamber-block.

Dans l’angle sud-ouest de la salle, une belle porte (murée) à linteau en accolade conduisait à la cuisine. Une porte située en face de la porte d’entrée donne accès à un bel escalier en vis logé dans une tour polygonale adossée à la façade postérieure. Cet escalier dessert d’abord une chambre côté ouest (au dessus de la cuisine), puis la salle haute superposant la salle basse, munie d’une rare cheminée monumentale gothique sculptée en pierre calcaire, qui mène à une chambre située à l’Est, (au-dessus de la chambre d’entresol) reliée aux latrines. Une seconde vis, plus petite, assure une communication indépendante des parties ouest de l’habitation (comprenant un deuxième bloc latrines). « Le manoir Saint-Ortaire offre un précieux témoignage archéologique, permettant de mieux comprendre et visualiser l’organisation d’un logis seigneurial de statut relativement élevé. L’observation des éléments de modénature - encadrements de portes et fenêtres et cheminées - permet d’en situer la construction à une date proche de 1500 » dans sa forme actuelle… « Cependant un certain nombre d’anomalies traduisent l’existence d’une phase de construction antérieure »[4] notamment des indices démontrant l’adjonction du grand escalier à vis sur une structure préexistante.

À noter :

  • Sur la partie droite du manoir : à côté de la porte, le blason nu (ayant été martelé) surmonté d’une accolade très aiguë, et une monumentale souche de cheminée du XVIe siècle
  • Sur la façade postérieure une petite tourelle d’escalier étêtée, entraînant deux niveaux différents à l’étage et une fenêtre à meneau horizontal.
  • Sur la partie gauche du Manoir :
  • Sur la façade principale : les quatre fenêtres anciennes ont gardé leurs croisillons de pierre et la plus basse ses grilles. La porte avec linteau en accolade, surmontée d’une seconde accolade formant un angle très aigu au centre.
  • Sur la façade postérieure : une tourelle d’escalier à pans coupés, nettement, dégagés du mur. Baies disposées irrégulièrement dont une fenêtre à meneau.
  • Au pignon : le réduit des latrines, biplace semble-t-il, a été arasé au niveau du rez-de-chaussée haut.

Bibliographie

  • Yves Nédélec, « Manoir Saint-Ortaire au Dézert », Annuaire des cinq départements normands, congrès de Saint-Lô, 1977, pp. 10-12

Notes et références

  1. 1,0, 1,1 et 1,2 Yves Nédélec,«  Le Dézert », Mélanges multigraphiés de la Société d’archéologie et d’histoire de la Manche, 3e série, 1974, fasc. 24
  2. Oscar Poli, Les défenseurs du Mont-Saint-Michel, p. CXXXV
  3. Détails généalogiques fournies à M. Fierville par M. Deschamps de Vadeville, descendant de la famille de La Mare
  4. 4,0, 4,1, 4,2 et 4,3 Compte-rendu de visite de Julien Deshayes, animateur du patrimoine, Pays d’art et d’histoire du clos du Cotentin, 5 juin 2002
  5. « Notice du manoir Saint-Ortaire ou manoir de la Mare du Dézert », base Mérimée
  6. Lettre d’attribution du label Patrimoine historique des Vieilles maisons françaises, 23 mai 2002