Les marins de Saint-Pierre-et-Miquelon à Cherbourg (1915)

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Les marins de Saint-Pierre-et-Miquelon à Cherbourg

Lorsque éclate la Première Guerre mondiale, la France mobilise l'ensemble de ses forces vives, environ 8 millions d'hommes. Les habitants de l'Empire colonial français sont également mis à contribution et c'est ainsi qu'un premier groupe de 32 volontaires de Saint-Pierre-et-Miquelon embarque dès le 6 août 1914 - cinq jours après l'ordre de mobilisation - à bord du chalutier Jeannette à destination de Brest (Finistère) avec à sa tête Eugène Benâtre, adjudant et futur lieutenant au 5e régiment d'infanterie coloniale. Le 9 août, le chalutier Augusta quitte Saint-Pierre et traverse l'océan Atlantique avec à son bord cinq volontaires [1].

Le premier contingent de Saint-Pierre-et-Miquelon est composé de plus 300 hommes. Ils embarquent sur le paquebot transatlantique Chicago qui fait une halte en rade de Saint-Pierre le 3 février 1915 [1].

Le journal La Croix, dans son édition du 24 mars 1915, fait un récit de l'arrivée des Saint-Pierrais à Cherbourg :

« Il y a un mois, les mobilisés de Saint–Pierre et Miquelon, les hommes valides de vingt à quarante-deux ans, débarquaient au Havre, au nombre de plusieurs centaines.
Ils étaient préparés « au grand départ » par une retraite pieusement suivie et couronnée par la communion de tous ; dans les trois îles, la veille de l'embarquement, des chants patriotiques retentirent sous les voûtes des églises, pavoisées aux couleurs du Pape, de la France et des alliés. Pas un ne manquait à l'appel. Ils auraient pu, cependant, faire observer que leur présence était absolument nécessaire dans la colonie si cruellement éprouvée depuis quelques années, et que personne ne pouvait les remplacer dans le dur métier de la pêche à la morue, seule ressource du pays. Ils auraient pu aussi faire valoir que leur existence est plus douloureuse que partout ailleurs, sur ces roches stériles, sans soleil et sans verdure et que la plus horrible angoisse de la guerre plane sur leurs foyers à l'état permanent, même en temps de paix ; je veux dire : la mort avec cette cruelle aggravation de ne pas connaître où et dans quelles circonstances a péri celui que l'on aimait et de ne pouvoir pleurer ni prier sur sa tombe. Mais ces braves gens n'ont écouté que leur patriotisme.
Et les voilà actuellement, pour la plupart, à Cherbourg, dans les casernes de la marine et de l'infanterie coloniale, pleins de courage, mais désorientés et fortement éprouvés, comme des arbres déracinés et brusquement transplantés loin du sol natal.
Monseigneur Légasse [...] le préfet apostolique de Saint–Pierre et Miquelon, qui se trouvait à Bayonne quand ses fidèles sont arrivés en France, est accouru auprès d'eux avec des encouragements et des félicitations.
Après les avoir longuement visités dans leur caserne, il les a beaucoup encouragés ; tous pleuraient de joie, mais d'une joie mélancolique... à la pensée de ceux qu'ils avaient laissés bien loin, dans la tristesse et la plus profonde détresse. »

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 grandcolombier.com (lire en ligne) .