Le Bout du village

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Le Bout du village.

Le Bout du village est un tableau de Jean-François Millet.

Jean-François Millet revient dans son village natal de Gruchy, à Gréville durant l'été 1854, s'intéressant dès lors davantage aux paysages. Il fait du bout du village de Gruchy, réminiscence d'un paysage de son enfance, un sujet qu'il reprend à trois reprises jusqu'en 1866. Il s'attarde notamment sur l'orme noué par le vent.

Il écrit : « Auprès de la dernière maison se trouve un vieil orme qui se dresse sur le vide infini […] il est entouré d'un mur grossier et très épais dans lequel on a fait une cabane pour les lapins […] un ruisseau venant de l'intérieur du village […] descend dans les prés qui commencent immédiatement au pied de ce mur. Après ces prés commencent les falaises […]. L'homme a installé sur le bord du courant d'eau […] une pierre pour que la femme y puisse laver son menu linge […] ; l'enfant s'est ennuyé, et la femme pour le distraire l'a porté sur le petit mur […] les oies ont bien vite vu que la femme est partie d'auprès de la porte […] elles se hâtent de s'introduire dans la maison »[1].

Il écrit à son ami Sensier le 3 janvier 1866 : « Mon vieil orme commence, je crois, à paraître rongé de vent. Que je voudrais bien pouvoir le dégager de l'espace comme mon souvenir le voit ! O espaces qui m'avez tant fait rêver quand j'étais enfant me sera-t-il jamais permis de vous faire seulement soupçonner ! ». Il écrit également « ce n'est qu'en arrivant par le bout qui est vers la mer qu'on a tout à coup en face de soi la grande vue marine et l'horizon sans bornes. Auprès de la dernière maison on voit un vieil orme qui se dresse sur le vide infini ».

Il présente sa troisième version au Salon de 1866. L'absence apparente de sujet fait écrire à Edmond About dans Le Petit Journal : « [Il] est magistralement raté; il ne vaut rien, mais rien du tout; il n'y a pas à plaider les circonstances atténuantes. Un écolier de deuxième année ne se tromperait pas plus lourdement ». Émile Zola, appréciant pourtant l'art de Millet, écrit à ce propos : « Cette année je me suis trouvé devant une peinture molle et indécise. On dirait que l'artiste a peint sur papier buvard et que l'huile s'est étendue. Les objets semblent s'écraser dans les fonds. C'est là une peinture à la cire qu'on a chauffée et dont les diverses couleurs se sont fondues les unes dans les autres. Je ne sens pas la réalité dans ce paysage. Nous sommes au bout d'un hameau, et, brusquement, l'horizon s'élargit. Un arbre se dresse seul dans cette immensité. On devine derrière cet arbre tout le ciel. Eh bien ! je le répète, la peinture manque de vigueur et de simplicité, les tons s'effacent et se mêlent, et, du coup, le ciel devient petit et l'arbre paraît collé aux nuages. »[1]

Une version de 1854 est abritée au Musée de Kröller-Muller, à Otterlo (Pays-Bas) [1]. La version de 1866 (46 x 55 cm) est au musée des Beaux-Arts de Boston (États-Unis).

Notes et références

  1. 1,0 1,1 et 1,2 « Jean-François Millet », site Internet Les Cahiers naturalistes (lire en ligne).