Jean Deuve

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Jean Deuve, né à Granville le 6 mars 1918 et mort dans la même commune le 1er décembre 2008, est une personnalité militaire et un écrivain de la Manche.

Biographie

Aîné de douze enfants [1], il naît de l'union de Geneviève Le Monnier de Gouville, descendante de Pierre Yver et du général Dagobert, avec son lointain cousin François Deuve, capitaine de frégate et petit-fils de Léonor Charles Julien Couraye du Parc.

Déménageant au gré des mutations de son père, Jean Deuve vit ses premiers mois à Granville, puis à Brest, avant de passer à Cherbourg une dizaine d'années, à partir de 1922. Élevé dans la foi catholique, il fréquente le couvent de la Bucaille et apprend le solfège et le piano. Il passe ses vacances dans les propriétés familiales d'Amigny et Bréhal [2].

Il entre chez les Éclaireurs de France en 1930[2]. Il suit sa famille à Toulon (Var) l'année suivante où il poursuit son engagement dans le scoutisme dont il gravit rapidement les échelons. Vivant à Lorient (Morbihan) à partir de 1934, il devient chef de la patrouille des Coqs. Naît alors un désir de travailler pour les Eaux et forêts [2].

La Seconde Guerre mondiale interrompt ses études d'agronomie. Il combat en France d'abord à la tête de tirailleurs sénégalais[1] - il est blessé à Sedan en juin 1940, puis au Sénégal, au Niger comme chef de la section géographique de son régiment [1], commençant à travailler dans le renseignement avec les Touareg, à travailler dans le renseignement, au Maroc, en Libye [2],[3].

Fin 1943, il rejoint l'Inde pour devenir agent de renseignement en 1944[2]. Enrôlé dans la Force 136 britannique du Special Operations Executive (SOE)[3], il participe en 1945 à la destruction du fameux pont de la rivière Kwaï, rendu célèbre par le roman de Pierre Boulle et le film de David Lean [4].

Il est parachuté au Laos en janvier 1945, et affecté au Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) quelques mois plus tard. Il passe une vingtaine d'années au Laos, qui devient indépendant en 1946, comme chef du renseignement français chargé d'opérations d'intoxication, puis directeur de la police nationale du Laos de 1949 à 1955. Il crée le scoutisme dans ce pays, organise de renseignement sur les forces vietnamiennes pour le commandement français en Indochine, avant de devenir dix ans conseiller du Premier ministre Tiao Souvanna Phouma[3]. Il épouse une princesse laotienne avec qui il a quatre enfants [1].

Jean Lartéguy le prend pour modèle dans son roman Les Tambours de bronze [5], sous le traits de François Ricq.

Après un passage d'un an en France [3], il est responsable, de 1965 à 1968, du SDECE au Japon. En 1969, il revient en France, affecté à la Direction générale de ce service comme chef des opérations du contre-espionnage avec le grade de colonel. De 1974 à 1978, il est haut fonctionnaire, directeur de l'ensemble de la recherche du renseignement et de toutes les infrastructures du SDECE à l'étranger. Il est souvent cité comme « l'un des meilleurs agents de renseignements que la France a jamais eus » [6].

Il se retire du service actif en 1978 avec le grade de colonel. Il prend sa retraite à Granville, où il meurt à 91 ans. Ses obsèques sont célébrées le 5 décembre en l'église Notre-Dame [7].

Polyglotte (il parlait vietnamien, japonais et des langues africaines), il publie plusieurs ouvrages sur l'Asie, la Normandie, et les serpents. Il est membre de la Société d'archéologie et d'histoire de la Manche et de l'association des amis de l'Abbaye de La Lucerne [1].

Ouvrages

  • Guérilla au Laos (sous le pseudonyme de Michel Caply), éd. Presses de la Cité, 1966
  • Les Serpents du Laos, éd. Orstom, 1970
  • La République démocratique populaire du Laos, éd. Taillandier, 1978
  • Le Royaume du Laos 1949-1965, École française d'Extrême-Orient, 1984
  • La Lutte contre les Japonais au Laos (avec Michel Allard), Université Paul-Valéry, Montpellier, 1984
  • Les Service secrets normands, éd. Charles Corlet, 1991, prix Guillaume le Conquérant
  • L'Épopée des Normands d'Italie, éd. Charles Corlet, 1995
  • Seigneur de l'ombre, éd. Charles Corlet, 1995
  • La Guérilla au Laos, éd. L'Harmattan, 1997
  • Mirabelle, agent secret, éd. Charles Corlet, 2002
  • Les Femmes normandes dans l'histoire du Duché, éd. Charles Corlet, 2002

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Décorations

  • Commandeur de l'Ordre national du Mérite
  • Officier de la Légion d'honneur
  • Croix de guerre 1939-1945
  • Croix de guerre des Territoires d'opérations extérieures (TOE)
  • Médaille de la Résistance
  • Commandeur de l’Ordre du Million d’éléphants et du Parasol blanc du royaume du Laos

Notes et références

  1. 1,0 1,1 1,2 1,3 et 1,4 « L'espion qui venait de Granville », La Manche libre, 10 novembre 2012.
  2. 2,0 2,1 2,2 2,3 et 2,4 Christophe Carichon, Jean Deuve, éd. Artège, 2012.
  3. 3,0 3,1 3,2 et 3,3 Jean Guisnel, « Jean Deuve, soldat de l'ombre », Le Point, 21 novembre 2012.
  4. Pierre Le Roux, « Jean Deuve, un officier-chercheur au Laos », site internet Réseau Asie & Pacifique, consulté le 12 octobre 2012 (lire en ligne).
  5. Jean Lartéguy, Les Tambours de bronze, éd. Presses de la Cité, 1965.
  6. Dimanche Ouest-France, 7 octobre 2012.
  7. « Nécrologie : le colonel Jean Deuve », Ouest-France, 5 décembre 2008.