Homard de genêt

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Le homard de genêt est un animal légendaire dont la chasse est un rituel initiatique traditionnel dans la Manche.

Définition

La morphologie de ce homard varie en fonction des chasseurs et de la crédulité du nouvel initié. Il peut ainsi avoir « la taille d’un gros lièvre, (…) des pinces de crabe, une tête de chat, une queue de lapin » [1]… Certaines nuits, il remonte les ruisseaux pour pondre dans les landes du Cotentin. C'est là que, muni d'un sac, le chasseur doit attendre accroupi derrière les haies, que l'animal s'y engouffre pour l'assommer. Seul dans la nuit, il doit rester sans faire de bruit pour ne pas effrayer l'animal doté d'une ouïe très développée. Pendant ce temps, les autres qui sont censés rabattre le gibier par une battue bruyante à travers les champs, rentrent tranquillement chez eux ou à la taverne, en attendant le retour bredouille du chasseur transi de froid.

Originellement, les hommes emmenaient les jeunes valets de ferme de 12 ans. Les touristes ou les nouveaux venus, lors de soirées arrosées, les ont depuis remplacés. Ce mythe est semblable à celui du dahu, chassé pareillement dans le Jura et les Pyrénées.

Variation

Selon l'Atlas linguistique de Normandie [2], dont les enquêtes ont été effectuées dans les années 1970, le homard de genêt n'est connu que dans le Cotentin, au nord d'une ligne allant approximativement de Créances à Carentan. Il est absent du Val de Saire (dont le climat ne doit pas lui convenir) [3], ainsi que dans les Îles Anglo-Normandes. Enfin, il est simplement appelé homard dans la région d'Auvers.

Au sud de cette ligne, l'animal (souvent un oiseau) porte d'autres noms, que l'on retrouve parfois ailleurs en Normandie :

On notera en outre que la bestiole se nomme outarde dans le Bessin, le bocage Virois (Calvados) et le pays de Bray (Seine-Maritime), martre dans le Pays de Caux (Seine-Maritime).

Bibliographie

  • Patrice Brasseur, Atlas Linguistique et Ethnographique Normand, CNRS, Paris, vol. II, 1984.
  • René Lepelley et Monique Léon, Le Clos du Cotentin, Centre d'études normandes, 1985, « le homard de genêts », p. 27-30.
  • Olivier Beuve, Les Animaux dans les croyances et les légendes de Normandie, thèse de doctorat vétérinaire, École nationale vétérinaire d'Alfort, 2001.

Notes et références

  1. Variante : « des pinces comme un crabe, un dos de hérisson, une tête de chat et une queue de lapin », citée par René Lepelley et Monique Léon, Le Clos du Cotentin, Centre d'études normandes, 1985, p. 27.
  2. Patrice Brasseur, Atlas Linguistique et Ethnographique Normand, CNRS, Paris, vol. II, 1984, carte 618 « (la chasse à un) animal imaginaire ».
  3. La pratique du homard de genêt est cependant attestée sous ce nom à la limite du Val de Saire, à Montaigu-la-Brisette, dans la première moitié du 20e siècle. Dans la commune contiguë, Sauxemesnil, l'Atlas linguistique la dit également connue, mais sans nom particulier.