Gare maritime de Cherbourg
La gare maritime de Cherbourg est un équipement portuaire de la Manche, situé à Cherbourg-Octeville.
Il s'agit d'un bâtiment de style Art déco, par lequel transitaient les voyageurs embarquant ou débarquant sur les paquebots des lignes transatlantiques. Le bâtiment n'est utilisé aujourd'hui que pour les paquebots de croisière. Il abrite aussi, dans sa partie ouest, la Cité de la Mer, vaste musée maritime ouvert en 2002.
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[modifier] Histoire
[modifier] Les débuts de l'épopée transatlantique à Cherbourg
Le lancement puis l'essor des lignes maritimes à travers l'océan Atlantique offrent à Cherbourg l'occasion de jouer un rôle économique de premier plan. Les premiers paquebots allemands et anglais font escale au large en 1869 [1]. Des transbordeurs assurent le convoyage des passagers à terre. Au début, les passagers sont accueillis sous une simple tente [2] et des appontements sont édifiés en 1894.
Mais la nécessité de doter le port d'une gare maritime s'impose rapidement. En 1905, on construit un bâtiment en bois, quai de l'Ancien-arsenal [2]. La première véritable gare maritime est inaugurée le 3 juillet 1912 [2]. Quelques semaines plus tôt, le 10 avril, le Titanic a fait escale sur rade. Cherbourg est alors le deuxième port français après Le Havre, port de départ de la société nationale, la Compagnie générale des transports (CGT) [1].
[modifier] La gare maritime de Levavasseur
Le trafic transatlantique se développe, et rapidement la gare se révèle trop petite. Sous l'impulsion de Camille Th. Quoniam, alors président de la Chambre de commerce locale, le remplacement de la gare maritime est décidé. L'emplacement retenu est la plage de l'ancien casino. Sa construction est précédée de l'aménagement par Paul Minard d'un terre-plein permettant de gagner 70 hectares sur la mer, et d'une darse en eau profonde, de 620 mètres sur 230, abritée par une digue de 1 200 mètres, qui autorise un accostage à toute heure[1].
La nouvelle gare maritime sera plus grande, plus moderne, plus luxueuse et mieux adaptée aux besoins. Sa conception est confiée à l'architecte René Levavasseur, qui imagine un bâtiment orienté nord-sud, avec quatre nefs : le hall des transatlantiques, à l'est, le long du quai, la voie charretière couverte accolée, le hall ferroviaire et le hall des marchandises plus à l'Ouest. Pour l'architecte, « nœud de soudure de la voie mouvante des paquebots avec la ligne rigide des trains ou le ruban blanc de la route, la gare maritime doit comprendre un accès au quai, l'aboutissement d'une route et un hall de train ». Mais ces plans, qui prévoient une bâtisse de 314 mètres de long sur 116 mètres de large complétée d'un campanile, aux façades richement ornées selon le style éclectique attardé des grandes gares du XIXe siècle, sont rejetés en 1925 par le ministre des Travaux publics, Pierre Laval, qui juge le projet surdimentionné et luxueux : « Ce n'est pas au moment où se poursuivent les plus délicates négociations au sujet des dettes de guerre qu'on peut songer à offrir à la vue des voyageurs américains ou britanniques, une gare monumentale et fastueuse. Cet édifice leur donnerait inévitablement une fausse idée des ressources financières du pays, surtout s'ils comparent la gare de Cherbourg avec les gares maritimes de proportions modestes qui existent dans la plupart des ports étrangers. »[1]
Pourtant, dans les plans acceptés l'année suivante, seule le hall des marchandises est abandonné, laissant place à un ensemble de 25 000 m² au sol et de 280 m de long, avec son campanile haut de 67 mètres, utilisé comme réservoir d'eau pour les locomotives à vapeur. En revanche, la silhouette et les façades adoptent un style plus sombre, inspiré de l'exposition des Arts décoratifs de 1925, aux lignes droite et géométriques, tout comme la décoration intérieure, confiée en 1932 à Marc Simon, futur décorateur du Normandie. Elle est remarquable par ses staffs et ses plâtres peints, ses luminaires Art Déco, ses dallages en mosaïques composés par Gentil et Bourdet, ses parquets en teck, ses lambris en acajou d'Afrique et de Cuba, ses palissades en bois exotiques, et son mobilier en acajou et merisier [1].
« Du grand hall, où, sur cinq voies, se présentent les trains spéciaux, le voyageur sera conduit à la grande galerie de 280 mètres de long, surplombant le quai d'accostage des transbordeurs, que cinq passerelles mobiles relieront à la gare [3].
La construction proprement dite commence en 1927. La gare est construite en béton armé, avec un parement de briques de Montereau et de pierres de granit reconstituées[1]. La dernière pierre du campanile est posée le 13 juillet 1931, les galeries de débarquement méridionale et septentrionale sont achevées l'année suivante. Le hall transatlantique de 280 mètres sur 42 m, dispose d'un rez-de-chaussée regroupant les services et d'un étage dédié au débarquement et à l'embarquement par neuf passerelles mobiles prévues pour recevoir deux paquebots en même temps, les douanes, et la salle des pas perdus où se trouve un bureau de poste, un bar, les compagnies maritimes, et quelques boutiques. Trois passerelles surplombant la voie charretière permettent d'accéder par des escaliers et ascenseurs au hall des trains, formé sur 240 mètres de long et 40 de large par 34 arches de béton de 20 mètres de hauteur. Chaque coin extérieur est agrémenté d'une tour carrée[1].
L'inauguration a lieu le 30 juillet 1933. Le président de la République en personne, Albert Lebrun, fait le déplacement spécialement pour l'occasion [4]. Le train venu de Paris arrive directement dans la gare ferroviaire qui a été incluse dans le bâtiment.
Le 18 juin 1934, un premier accostage a lieu au quai de France, celui du paquebot allemand Bremen. Suivent l'Europa en 1934, le Normandie en 1936, le Queen Mary en 1937.
[modifier] Le lent démantèlement
Quelques jours après le débarquement allié en Normandie, l'amiral allemand Walter Hennecke, commandant la place de Cherbourg, fait dynamiter les installations portuaires, dont une partie de la gare maritime, notamment son emblématique campanile, la halle des trains et son grand salon (le 23)[5].
La reconstruction commence peu de temps après la libération de Cherbourg. Elle se poursuit jusqu'en 1952. Le 29 mai, Antoine Pinay, alors président du Conseil, vient présider à la remise en service des bâtiments. Le Queen Mary fait ce jour là un retour salué par la population.
Mais le trafic maritime transatlantique, concurrencé par le développement des lignes commerciales aériennes, connaît une baisse spectaculaire. Le nombre d'escales est en chute libre. Grâce à la Cunard Line, le Queen Mary et le Queen Elizabeth entretiennent un temps l'illusion. Après leur retrait, le Queen Elizabeth 2 donne encore son utilité à la gare maritime. Mais plus pour longtemps. Les escales se font de plus en plus rares. La dernière ligne régulière disparaît. Il ne reste plus que les escales des bateaux de croisière.
La gare maritime sombre dans l'ennui. Certains imaginent de la détruire pour faire de la place. La chambre de commerce commence même à mettre à exécution son projet. En avril 1979, les pelleteuses commencent à couper les ailes du bâtiment, sa grande galerie septentrionale qui court tout le long du quai de France. En 1982, la partie méridionale du hall transatlantique est abattue.
[modifier] La renaissance
Heureusement, quelques nostalgiques de « l'épopée transatlantique » se regroupent pour tenter d'empêcher la poursuite du massacre. Ils créent en 1988 l'Association des amis de la gare maritime. La démolition est arrêtée. Mieux, la réhabilitation du bâtiment est décidée. En 1989, l'édifice, ou du moins ce qu'il en reste, est sauvé par son inscription à l'Inventaire des monuments historiques (IMH).
Un grand musée maritime y est créé en 2002 en partie dans le hall des trains. La Cité de la Mer trouve là un abri correspondant à son ambition de drainer chaque année vers Cherbourg des milliers de touristes. Le hall est également conçu pour recevoir des expositions et des événements comme la foire de Cherbourg ou des concerts. Le hall transatlantique est aussi réhabilitée. La salle des douanes retrouve son lustre en 2004, puis un terminal voyageurs en 2006 est aménagé pour accueillir les nouveaux croisières.
[modifier] Personnalités en transit
La gare maritime de Cherbourg a vu transiter de nombreuses personnalités de renommée internationale, notamment :
Joséphine Baker (1925, 1948), Lionel Barrymore (1924), Sidney Bechet (1925), Marcel Bernard (1948), Jean Borotra (1948), Charles Boyer (1948), Richard Burton (1964), Georges Carpentier (1924), Pablo Casals (1924), Feodore Chaliapine (1924), Charlie Chaplin (1952), Winston Churchill (1951), Jacky Coogan (1924), Noël Coward (1948), Salvador Dali (1971, 1975), Sammy Davis Jr (1972), Christian Dior (1948), Dwight Eisenhower (1963), Douglas Fairbanks (1924, 1948), Fernandel (1948), Francis Scott Fitzgerald, Clark Gable (1948), Cary Grant (1948), D. W. Griffiths (1924), Andréï Gromyko, Rita Hayworth (1948), Howard Hawks (1948), Aldous Huxley (1948), princesse Irina Alexandrovna de Russie (1924), Burt Lancaster, Charles Laughton (1948), Anatole Litvak (1948), Joe Louis (1948), Somerset Maugham (1948), Robert Mitchum (1963), J. P. Morgan, Jr (1924), Gregory Peck, général John Pershing (1924), Yvon Pétra (1948), Mary Pickford (1924), Micheline Presle (1948), Ray Sugar Robinson (1962), Arthur Rubinstein (1948), Rhoda Scott (1975), Ann Sheridan (1948), Gloria Swanson (1924), Elizabeth Taylor (1964), Spencer Tracy (1948), Lana Turner (1948), Twiggy (1972), Billy Wilder (1948), Johnny Weismuller (1924), duc et duchesse de Windsor (1948), Edouard Windsor, prince de Galles (1924), prince Félix Youssoupoff (1924)...
[modifier] Bibliographie
- Livres
- Gérard Destrais, La Gare maritime de Cherbourg, éd. Isoète, 2002
- Articles
- Jean-Louis Libourel, « Notre-Dame des Queens », Monuments historiques, n° 159, octobre-novembre 1988
- Benoît Hopkin, « Rêveries de pas perdus en gare de Cherbourg », Le Monde, 24 mars 2005
[modifier] Notes et références
- ↑ 1,0, 1,1, 1,2, 1,3, 1,4, 1,5 et 1,6 Alexis Salatko, Notre-Dame des Queens, Isoète, 1995, 978-2-905385-65-9
- ↑ 2,0, 2,1 et 2,2 Paul Ingouf, « Les activités maritimes », La Manche au passé et au présent, éd. Manche-Tourisme, 1984, pp. 257-262.
- ↑ René Levavasseur, « La nouvelle gare maritime de Cherbourg », L'Illustration économique et financière, numéro spécial Manche, 28 août 1926.
- ↑ L'Illustration, n° 4 718, 5 août 1933.
- ↑ Raymond Lefèvre, La Libération de Cherbourg, Imprimerie commerciale, Cherbourg, 1946.
[modifier] Voir aussi
[modifier] Lien internes
- Port transatlantique de Cherbourg
- Liste des escales de paquebots transatlantiques à Cherbourg
- Rade de Cherbourg