François-Claude de Bricqueville

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François-Claude vicomte de Bricqueville, chevalier de Bretteville, né en à Saint-Valery-de-Fécamp (Seine-Maritime) le 24 août 1761, mort à Coutances le 29 mai 1796, est une personnalité militaire de la Manche.

Le malheureux Chouan de la famille

François-Claude voit le jour au sein d’une des plus vieilles familles de la noblesse cotentinaise. S’il est né près de Fécamp où se trouvait alors sa mère, c’est bien dans le château familial du Val de Saire qu’il passe toute sa jeunesse dorée et insouciante. Puis, tradition oblige, il se destine à l’armée.

Le 2 décembre 1783, il épouse, à La Lucerne-d'Outremer, Francoise Renée de Carbonnel de Canisy, la séduisante fille du comte de Canisy, une autre grande famille de la région [1]. C’est le début d’une chaude passion amoureuse qui finira très mal. Tandis que son mari voyage par monts et par vaux la belle Francoise-Renée mène joyeuse vie dans l’entourage de Dumouriez, gouverneur de Cherbourg, qui aime la compagnie des jolies femmes [1].

En 1785 naît un premier fils, Armand, promis à un glorieux destin [1]. Les relations entre les deux époux commencent à se dégrader sérieusement quand, en 1787, Francois-Claude interdit à Francoise-Renée d’adhérer à la loge maçonnique de Valognes [1]. Celle que Dumouriez a surnommée « la divine comtesse » s’est en effet entichée des idées nouvelles qui hérissent son mari, ardent royaliste [1]. Quand gronde la Révolution, ce dernier refuse de la servir et rejoint les frères du roi à Coblentz et s’enrôle dans l’armée des émigrés du prince de Condé [1].

Le 6 septembre 1792, il est à Valmy. Du mauvais côté, bien sûr. Il passe ensuite en Angleterre puis à Jersey où il retrouve des membres de sa famille. Mais pas sa femme qui, après un court séjour dans les geôles cherbourgeoises, se retire au château du Pont-Roger, près de Granville [1]. Là, elle ne tarde pas à demander le divorce pour protéger son fils Armand et ses biens [1].

Pendant ce temps, son mari rêve de revanche et veut rejoindre l’armée catholique et royale du comte de Frotté qui, depuis la chute de Robespierre, ferraille en Normandie. Dans les circonstances rocambolesques, il débarque à Granville en avril 1796 [1]. Frotté l’a chargé de réorganiser la légion des Chouans du Cotentin. Mais il veut d’abord revoir sa femme. Il se rend nuitamment à Pont-Roger. À travers les vitres du salon, il aperçoit Francoise-Renée qui danse avec des officiers républicains ! [1]. Un de ses compagnons a toutes les peines du monde à l’empêcher de faire un malheur. Un mois plus tard, le comte de Bricqueville est capturé au château du Val à Chef-du-Pont, puis emprisonné à Carentan où une tentative de délivrance par une bande de Chouans échoue lamentablement [1].

Moins chanceux que le célèbre Destouches, le vicomte est condamné à mort comme émigré rentré au pays et fusillé à Coutances en 1796 sur la place de la Croûte au Chantre où son corps est abandonné sans sépulture [1]. Il meurt en criant « Vive le Roi » mais en conseillant à son fils : « Je donne ma vie aux Bourbons, mais ne les servez jamais, ce sont des ingrats. » [1]. Un peu plus tard, un pauvre fripier vient récupérer la dépouille pour l’enfouir dans une fosse.

Cette même année, la « divine comtesse » se remarie avec un jeune proscrit du Jura, le comte Adrien de Lezay-Marnézia (1770-1814), auquel elle a donné asile. Ils formèrent, dit-on, un couple modèle…  

Notes et références

  1. 1,00 1,01 1,02 1,03 1,04 1,05 1,06 1,07 1,08 1,09 1,10 1,11 et 1,12 Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 1, Jean-François Hamel, sous la direction de René Gautier.