Défense passive à Granville

De Wikimanche

La Défense passive à Granville

Témoignage de Jacques Féret, janvier 2007

Sommaire

Au temps de la Défense passive de 1938 à 1944

Le 5 novembre 1931 des instructions provisoires sur la lutte contre les incendies provoquées par les bombardements aériens sont adressées à tous les maires de France.
Vingt jours plus tard, ces maires, ainsi que les chefs des usines implantées sur le territoire français et les commandants des compagnies des sapeurs-pompiers reçoivent une circulaire du ministère de la Défense nationale. Celle-ci a pour but d'élaborer un plan de Défense passive concernant les villes, les usines, les barrages ainsi que tous les points sensibles sur le territoire national. Les prévisions doivent être impérativement remises aux préfets pour le 5 décembre 1931.


En 1938, le 11 juillet, un décret de loi est voté pour mettre en place la Défense passive (DP) sur le territoire national. C'est à partir de cette date que les instructions et consignes se multiplient. Parallèlement naissent des rivalités entre les responsables des différents services. Chacun veut déjà tirer à lui la couverture.

Quelques-uns des « chefs » voués au maréchal Pétain, veulent préserver leurs prérogatives et surtout ne pas décevoir l'occupant. D'autres, au contraire font le maximum pour que les rouages s'encrassent. Il faut souligner malgré ces états de faits que le souci des uns et des autres est d'assurer avant toutes choses, la sécurité des civils français et de mettre en place des services opérationnels et des installations pour les protéger.

Aux côtés de la Défense passive, et dans le même but, il y a les sapeurs-pompiers qu'il ne faut pas oublier. Eux aussi jouent un grand rôle pendant la période d'occupation allemande et en particulier à l'heure de la Libération. Ils prennent de gros risques sous les bombardements pour protéger des biens et des personnes, éteindre des incendies ou dégager des victimes. Nombreux sont ceux qui en territoire occupé ont fait don de leur vie pour sauver celles des autres.

Dans beaucoup de villes des volontaires de la Défense passive, de même que la majorité des sapeurs-pompiers ont des liens avec les réseaux de la Résistance.

Les chefs de secteurs et les chefs d'ilots de la DP ainsi que les sapeurs-pompiers qui peuvent circuler plus librement que leurs compatriotes sont d'excellents agents de renseignements pour les réseaux de résistance.

La plupart des archives de cette époque n'existent plus. Elles ont été détruites dans la majorité des cas lors d’incendies provoqués par les bombardements. D'autres ont simplement été jetées à la poubelle.

C'est en particulier, avec des documents de comités de la Défense passive sauvegardés que nous pouvons faire revivre cette période. L’évocation de celle-ci est l'occasion de rendre un hommage aux membres de la Défense passive et également aux sapeurs-pompiers de ces années d'occupation et des premières heures de la libération. Beaucoup de ces volontaires ont donné leur vie pour sauver celles des autres. Aujourd'hui, nous aurions tendance à oublier leur sacrifice.

Cette chronique de la Défense passive ne suit pas, volontairement les évènements au fil des mois et des années. Elle se veut avant tout descriptive au travers des dossiers et des courriers consultés concernant les différentes catégories des services instaurés à l'époque. C’est également la mémoire qui a été sollicitée, pour ne pas que tombent dans l’oubli ces sombres années.


Le 24 décembre 1938, le ministère de la Défense nationale et de la guerre (Direction de la défense passive) fait éditer une notice provisoire. Elle est relative à la mise à l'abri de la population, maintenue dans les localités classées de 1ère urgence. Par le biais des préfectures, cette notice est adressée aux maires sous la forme d'un petit livret.

Trois chapitres sont inclus dans ce cahier :

1 - but et conditions générales de la mise à l'abri de la population ;
2 - notice technique sur l'étaiement des caves ;
3 - notice technique sur l'établissement des tranchées et des abris.

Douze plans sont joints pour présenter des prototypes de protection.

En préambule, l'auteur indique que : des bombes de 1 000 kg ayant été utilisées pendant la dernière guerre (1914/1918), la capacité de transport des avions ne cessant de s'accroître, il ne peut être envisagé d'assurer une protection absolue à toute la population.

Il faut se contenter de diminuer considérablement les risques en :

- organisant le commandement et les secours et en mettant à leur disposition les abris nécessaires à leur fonctionnement ;
- mettant à la disposition de la population de guerre le plus grand nombre possible de petits abris dans lesquels elle sera protégée contre les effets de souffle, les éclats des projectiles, les matériaux projetés et ceux provenant de l'écroulement des immeubles ;
- dispersant et éloignant la population urbaine qui ne peut être mise à l'abri et dont le maintien sur place n'est pas obligatoire.

Le plan de mise à l'abri de la population est en conséquence, fonction de l'organisation territoriale de la défense et des conditions urbaines.

Le ministère précise qu'il est indispensable de disposer d'abris disséminés de commandement, de direction et d'abris éparpillés pour les différents services, ainsi que pour la population.

Quatre types d'abris sont conseillés :

- Les tranchées : c'est le premier modèle, un peu plus sophistiqué, proposé pour la mise à l'abri de la population dans les terrains découverts et qui peuvent être construites à l'avance. Elles devront généralement être coffrées, couvertes et souvent recouvertes de terre dont l'enlèvement devra être prévu au début des hostilités. Ce modèle est préconisé sous les pelouses des squares en particulier.

Des tranchées pourront être réalisées au moment opportun d'après un plan établi au préalable. Pour les édifier, le ministre conseille de stocker le matériel nécessaire dès le temps de paix et de prévoir les équipes de travailleurs chargés de les construire.

- Les abris légers sous construction : ils seront aménagés dans des caves pouvant résister à un éboulement. En cas de doute un étaiement sera établi en conséquence.

Il faut distinguer deux sortes de caves : celles situées sous quatre étages et plus qui reçoivent de la construction supérieure une protection appréciable ; Celles situées sous moins de quatre étages pour lesquelles cette protection n'est pas à considérer.

Il est prévu également des abris légers sous voie publique lorsque les circonstances s'y prêtent.

- Les abris à l'épreuve : ils sont de deux styles : ceux réalisés par l’aménagement d'installations existantes, pour un prix de revient relativement peu élevé et ceux réalisés neuf qui sont toujours extrêmement onéreux et à réserver à des cas très spéciaux.

A la même date, le préfet du département de la Manche adresse une note "Confidentiel" aux maires :

« Il résulte de renseignements autorisés que le danger d'incendie provenant de la chute de bombes incendiaires serait considérée comme le risque principal en cas de mobilisation dans le département de la Manche. Il importe donc, de prendre dès maintenant toutes mesures pour assurer, le cas échéant, la protection de votre commune. Des conseils se succèdent pour recruter du personnel, former des îlots, etc. »

Le plan de mise à l'abri des responsables

Le ministère considère qu'en tenant compte de ces divers éléments, le plan d'aménagement des abris d'une localité pourra généralement être mis au point sans difficultés. Il donne en prévision les directives à suivre pour mener à bien son projet.

En ce qui concerne le poste de commandement et de direction, pour une ville de 10 000 à 20 000 habitants, le poste central est prévu pour une capacité de cinquante personnes dont 25 pouvant travailler, tout en étant protégé des bombes de 100 kilogrammes. Pour ce qui est de l'étanchéité du poste, elle peut être sommaire par aménagement simple et bénéficier d'une ventilation.

Ces postes (notice du 31 mars 1938) doivent être équipés de postes de lavage et désimprégnation toxique (un par îlot ou dix par sous-secteur); de stations de désinfection (une par sous secteur); de postes de secours (un par secteur).

Les postes de lavages doivent être aménages dans des locaux de dimensions suffisantes, sommairement aménagés contre le souffle et les éclats de projectiles, doté de l'équipement nécessaire à leur rôle (douches).

Le poste de désinfection doit répondre aux même normes et si possible accolé au poste de lavage. Il doit être étanche, ventilé et bénéficier d'installations sanitaires.

Pour ce qui est des postes de secours les instructions sont plus strictes. Le poste doit être protégé contre les bombes explosives. Le taux d'occupation ne doit pas dépasser cinquante personnes.

En cas de construction de toutes pièces, le poste doit être à l'épreuve des projectiles de 50 kilogrammes. Il doit également bénéficier d'une étanchéité poussée pour que les occupants ne soient pas victimes d'attaques par le gaz.

Les abris pour la population

Leur installation doit assurer la protection des occupants temporaires contre les effets indirects des projectiles (souffle, éclats, irruption de gaz en masse, écroulement des constructions voisines.)

La notice conseille de nouveau de disperser ces installations. Pour ce qui intéresse les tranchées, elles doivent être éloignées des habitations pour ne pas subir les effets d'écroulement d'immeubles. Mais par contre, ces tranchées doivent être creusées à moins de 300 m du lieu de résidence des usagers. Quelques pages plus loin, la distance d'implantation est réduite à 200 m, sauf si la tranchée est à proximité d'un immeuble contenant des matières dangereuses, explosives ou inflammables en quantités importantes.

- Le type de tranchée qu'il convient d'adopter sera différent suivant que celles-ci seront établies dès le temps de paix ou au dernier moment.
- Dans le premier cas, les tranchées présentent un caractère permanent. Dans le second, un caractère de circonstance. Voilà qui est nuancé !

La tranchée permanente doit être dotée d'un dispositif assurant l'écoulement et l'absorption des eaux. De plus, elle doit faire l'objet d'entretiens fréquents.

La largeur au sol d'une tranchée est de 1,80 m, la largeur au fond de 1,20 m et la profondeur de 2 m.

- Les parois seront coffrées à l'aide de plaques de béton légèrement armées de 0,04 m d'épaisseur.

- Le fond sera recouvert par une dalle armée de même épaisseur présentant une nervure retournée à 45° pour ménager un fil d'eau.

- Le ciel sera constitué par une dalle en béton armé (deux lits de treillage) de 0,06 m d'épaisseur reposant sur deux semelles en béton armé de 0m04 d'épaisseur et de 0,40 m de largeur.

- Le coffrage et le ciel ainsi constitués seront maintenus en place par des châssis en béton armé (fers ronds): Montants de 0,10 m X 0,10 m, chapeau de 0,10 m X 0,12 m, semelle de 0,10 m X 0,10 m.

Une rampe d'accès est prévue ou un escalier de 0,50 m de largeur.

Si le temps le permet, couvrir la tranchée à l'aide de rondins, de planches, etc. sur lesquels seront rejetées les terres de la fouille, pour constituer une masse couvrante de protection de 0,50 m d'épaisseur.

En ce qui concerne les caves, l'effectif ne doit pas dépasser 50 personnes pour une cave située sous un immeuble de quatre étages, 30 personnes pour une cave sous moins de quatre étages.

Sont concernées pour servir d'abri toutes les caves des particuliers et administrations ne nécessitant pas d'étaiement et répondant aux normes requises par la circulaire. Leur étanchéité se réduit à l'obturation des soupiraux. Par contre, les murs en maçonnerie doivent avoir une épaisseur de 40 cm. Pour des murs en béton 25 à 30 cm d'épaisseur sont jugés suffisants pour assurer la protection des occupants.

Les soupiraux devront pouvoir être rapidement obturés à l'aide de volets en fer ou en bois et protégés extérieurement par des murettes en sacs à terre de 1 mètre d'épaisseur solidement maintenus en place.

En ce qui intéresse les abris à gros effectifs, ils doivent présenter une protection au coup direct de projectiles de 50 kg pour 30 à 50 personnes, 100 kg pour 50 à 150 personnes, 300 kg pour 150 à 600 personnes, 500 kg pour 600 à 1 000 personnes. Au-dessus de cette capacité, l'ouvrage doit pouvoir supporter les effets d'un projectile de 1.000 kg.

Sont considérés comme abris de grandes capacités : les carrières, les souterrains, etc.

A noter que le programme ne prévoit pas de ventilation particulière dans les abris divers à l'exception d'un ouvrage par îlot réservé aux personnes inaptes au port des masques. Aucune mention n’est faite en ce qui concerne les installations sanitaires.

Dans les directives adressées, les maires ne sont pas obligés de faire toutes les installations requises dans l'immédiat. L’exécution ne peut-être que progressive. C'est vrai que nous ne sommes qu'en 1938 et les dirigeants clament haut et fort que si une guerre éclate nos soldats seront aptes à repousser l’ennemi!

Les moyens techniques d'étaiement des caves sont surtout orientés sur l'utilisation du bois : madriers de 0,8 m X 0,22 m ou de 0,10 m X 0,30 m placés à environ un mètre d'intervalle.

Les plafonds sont renforcés par : une rangée de rondins jointifs de 0,12 m de diamètre, interposée entre le plafond et les poutres. L'usage du sable est conseillé pour effectuer un bourrage et renforcer la sécurité.

Bien évidemment il est préconisé de protéger les installations en bois contre le feu, de prévoir des issues de secours mais aussi de protéger toutes les canalisations qui traversent les sous-sols pour éviter des dangers supplémentaires.

A cette époque dans les campagnes, les maires se soucient peu des directives reçues. Les ruraux et les agriculteurs attendent de voir quelles tournures vont prendre les évènements.

En Normandie, ce n’est seulement qu’après le débarquement que les habitants des campagnes commencent à se préoccuper de leur sécurité. Des abris sont construits à la hâte, des cavités sont aménagées et pourvues en ravitaillement. Pour le reste c’est... à la grâce de Dieu. Par contre, dès que l’envahisseur a traversé nos frontières des caches sont constituées tant en ville qu’en campagne pour mettre à l’abri des biens précieux, des armes de collection et autres objets pouvant tenter l'occupant.

Le matériel de secours

Prototype d'étaiement de cave

Toutes les caves-abris doivent être dotées de pelles, pioches et haches qui serviront en cas de besoin, à ouvrir une issue en dehors ou dégager des éboulements.

  • Une corde assez forte pour supporter le poids d'un homme et ayant une dizaine de mètres de longueur.
  • Des arrosoirs et pulvérisateurs destinés à humecter des rideaux placés contre les ouvertures, une réserve de carbonate de soude qui sera mélangée à l'eau à saturation.
  • Une boîte de pansement avec serviette, ouate, teinture d'iode, épingles de sûreté, buvard, chlorure de chaux en boites étanches, perles d'éther, solution de bicarbonate de soude à 22 g par litre, et de l'eau de javel.
  • Une réserve d'eau potable (deux litres par personne) et d'aliments placés dans des récipients à l'abri de toute contamination, boîtes métalliques étanches, bouteilles type bière.
  • Quant à l'éclairage, il sera assuré à l'aide de lampes électriques portatives, à l'exclusion de toutes sources lumineuses à combustion.
  • Dans le cas d'étaiement en bois prévoir des extincteurs d'incendie, un tonneau d'eau de 200 litres, une caisse de sable. Une mesure de précaution générale consiste dès l’alerte à couper les alimentations en eau et en électricité.

La lutte contre les incendies c'est l'affaire de tout le monde

Cette même année 1938, l'Imprimerie nationale est chargée par le ministère de la Défense nationale et de la guerre, direction de la défense passive d'imprimer un petit livret qui est titré : Instruction provisoire sur la lutte contre les incendies provoqués par les bombardements aériens.

Le premier chapitre est consacré à l'importance des dangers d'incendie consécutifs aux bombardements aériens.

L'auteur en préambule précise que : l'incendie est un des principaux dangers qui menacent une agglomération soumise à un bombardement aérien. Voilà une vérité que les soldats de La Pallice ne pourraient renier.

- En raison de leur faible poids (1 à 10 kg), les bombes incendiaires peuvent être projetées en très grand nombre et, même si beaucoup d'entre elles restent inefficaces, elles provoquent simultanément de nombreux foyers dispersés sur toute l'étendue de l'agglomération.

- Si des dispositions simples et indispensables sont prises en temps voulu, ces incendies peuvent rapidement être éteints par l'intervention des équipes locales d'habitants. Sinon, leur développement nécessite l'entrée en action des services d'incendies urbains" en l'occurrence les sapeurs-pompiers.

En 1938 deux types de bombes incendiaires sont connues pour leurs ravages :

1) Les bombes chargées de phosphores ou de liquides très inflammables (…) qui dégagent une grande quantité de chaleur. L'eau n'a qu'une action passagère sur les foyers allumés par ces bombes. Dès évaporation, les foyers se rallument.

- Il faut une adjonction de sulfate de cuivre, au dosage de 50 g par litre d'eau pour neutraliser les effets du phosphore. Les feux de liquide inflammables peuvent par contre être éteints à l'aide de mousse et "dans les locaux bien ventilés, à l'aide de tétrachlorure de carbure ou de bromure de méthyle.

2) Les bombes de thermites qui sont constituées d'un mélange d'oxyde de fer et de métaux légers.

3) Les bombes électron (alliage d'aluminium et de magnésium.)

Sur ces deux derniers types de bombes incendiaires qui sont utilisées à l'époque ni l'eau, ni les produits extincteurs connus, n'ont d'efficacité. L'eau avive leur combustion et provoque des projections et parfois des explosions.

En raison des vapeurs nocives que peuvent dégager ces bombes, il est préconisé de porter un masque à gaz ou un linge mouillé tenu devant le nez et la bouche.

Vers la fin de la combustion, c'est à dire deux ou trois minutes après l'impact au sol et la combustion, l'approche du foyer ne présente plus de danger pas plus que le contact de l'eau avec les produits de ces types de bombes. Pour l'extinction des bombes incendiaires, le sable est préconisé pour limiter les dégâts aux surfaces atteintes.

En raison du faible poids de ces projectiles, ce sont surtout les combles des maisons qui sont la proie des flammes. Comme les greniers sont des endroits où le feu se développe rapidement, il faut intervenir immédiatement.
Ces directives à l’instigation des occupants seront abrogées en partie par un nouveau texte publié en 1939.

La vigilance s'impose pour limiter les dégâts des incendies

Le ministère attire cette fois l'attention des maires et chefs de corps sur la nécessité d'appliquer un double dispositif de surveillance. Il argumente que les foyers allumés par les bombes incendiaires échappent souvent à l'attention du personnel réfugié dans les abris et les caves.

1) Des rondes sont nécessaires dans les étages supérieurs et les combles des maisons et entreprises, aussitôt le passage des avions ennemis. Il est conseillé également de mettre en place des détecteurs automatiques.

2) Un service de guet doit être assuré dès le début de l'alerte par un pompier à partir d'un point haut de l'agglomération. Sa mission est d'informer le directeur des secours pour permettre des interventions rapides sur les lieux du sinistre. Entre temps, les Allemands rentrent en France et s'installent confortablement. La Défense passive, est relativement indifférente à ce qui se passe. Les maires n'engagent pas de procédure particulière. A l’exception de quelques grosses agglomérations, les équipements dont sont dotés les sapeurs-pompiers s'avèrent très vétustes. En campagne, dans de nombreux bourgs, les pompes à bras ne sont pas encore réformées.

Dans les petites villes et en milieu rural, les maires oublient volontiers les premières consignes de sécurité promulguées par les occupants en 1939, puis en 1940.

A la fin de l'année 1941, les Allemands se fâchent et font parvenir à tous les responsables civils de la lutte contre les incendies un courrier :

L'exécution des ordres du Haut commandement militaire allemand en France en date du 28 mai 1941 et de ceux du chef militaire Werwaltungs Bizirk à la date du 21 septembre 1941 concernant la Défense passive dans les régions de la France occupée est insuffisante.

On constate surtout que les prescriptions relatives aux mesures préventives de protection contre les incendies sont le plus souvent négligées.

Il faut cependant, que les objectifs militaires allemands et les organisations s'y rapportant ne soient pas mis en danger par suite de l'insuffisance ou même de l'inexistence des moyens de lutte contre le feu.

L'intérêt de l'armée allemande exige donc un contrôle et une surveillance plus sévère de la part des Autorités françaises et des services de la Défense passive en particulier.

Les manquements aux consignes données ne sont plus admissibles.

Après un rappel des instructions et des implications qui incombent aux responsables administratifs et à ceux de la Défense passive, c'est la population occupée qui en prend pour son grade : La conduite de la population dans les cas d'alerte ne répond pas non plus aux prescriptions données ; il convient de rappeler qu'en cas d'alerte, les rues doivent être complètement libérées par la population ; les véhicules automobiles doivent s'arrêter à droite des rues ; les chevaux doivent être attachés aux arbres ou aux poteaux voisins de leur arrêt, les conducteurs sont tenus de gagner les abris les plus proches.

Les agents des services de police sont responsables de l'observation de ces instructions.

L'inobservation de ces ordres soit par désobéissance soit même par négligence ne sera plus admise. Les responsables doivent s'attendre à des sanctions de la part des autorités allemandes.

Aussitôt le courrier réceptionné, le lieutenant-colonel Rendu, directeur département de la Défense passive de la Manche, adresse à son tour une lettre aux directeurs d'arrondissements pour ajouter quelques considérations et précisions.

Il reconnaît qu'il y a quelques négligences à l'exécution des directives de l'occupant et rappelle une fois de plus les mesures qui doivent êtres prises. Il y ajoute également quelques règles d'urgences supplémentaires en ce qui concerne les responsabilités des chefs d'immeubles et d'îlots.

Les administrations publiques et privées, les entreprises, les usines, les cinémas et autres lieux publics sont également visés pour ne pas avoir appliqué à la lettre les consignes édictées par le Feldkommandant. Elles ont été notifiées à chacun de vous par courrier, souligne le responsable départemental. Le reste de cette lettre édicte toutes les dispositions à prendre en ce qui concerne la hiérarchie de la Défense passive.

Le lieutenant-colonel Rendu tient à assurer ses arrières vis-à-vis de l’occupant. Ses correspondances sont soigneusement archivées. Elles sont des garanties en cas de conflits avec la Kommandantur.

La mise en place d'un service de sécurité

Dans la première quinzaine du mois de janvier 1941, les trois sous-préfets du département de la Manche sont invités par le préfet à rechercher et proposer, pour chaque canton: Des noms de chefs de service de secours. La liste doit être dressée avant le 1e février.

A la demande de l'occupant, l'ingénieur en chef des Ponts et chaussées de son côté doit préparer, un plan de rassemblement des transports;

L'Inspecteur départemental des services d'incendie se doit d'établir un état des lieux du matériel dont disposent les pompiers dans chaque canton; L'inspecteur de la SNCF est chargé d'informer en temps utile les services de sécurité en cas d'accident des chemins de fer; Les directeurs de la Défense passive sont également priés d'informer, dans les mêmes conditions, les services compétentes pour des besoins de secours; La gendarmerie en ce qui la concerne se doit de transmettre les appels et de veiller à la bonne exécution des réquisitions.

Ces consignes sont répercutées dans le même temps sur l’ensemble du territoire occupé.

Pour le canton, de Granville, c'est M. Louis Allaire, lieutenant à compagnie des sapeurs-pompiers, qui est désigné par le sous-préfet comme chef d'équipe au service de la sécurité. Louis Allaire, marin-pêcheur, assure l'intérim de chef de la compagnie des sapeurs-pompiers, suite à la mise en retraite de Jules Jourdan (le père.)

Ce que le préfet ignore c’est que Louis Allaire est réquisitionné, par l'armée d'occupation, en qualité de marin, pour assurer la navigation entre Granville et Jersey. Le maire de Granville, suggère de le remplacer par Louis Delaisse.

Louis Delaisse ingénieur de travaux publics, détaché à Granville par son entreprise qui vient d'ouvrir une succursale, en assume la direction. Avant sa mutation dans la "Monaco du Nord", il était lieutenant au corps des sapeurs-pompiers de Cherbourg. Séduit par les états de service de Louis Delaisse, le sous-préfet entérine la proposition du maire de Granville.

C'est donc le lieutenant Delaisse, désigné le 1e juin 1941, par A. Godal, maire de Granville, qui prend le commandement du corps des sapeurs pompiers. Le nouveau chef de corps se voit également désigner comme chef de service cantonal au sein de la sécurité et bénéficie du concours d'un adjoint: M. Marcel Lemarre. Trois autres Granvillais sont chargés de diriger les différents groupes instaurés pour les secours.

Au cours du même mois, les autorités allemandes "exigent : la constitution d'équipes de travailleurs susceptibles de pouvoir faire disparaître toutes traces de calamités liées à des catastrophes naturelles et également, tous les stigmates de faits de guerre.

Pour constituer ces équipes les sous-préfets se retournent vers les maires qui doivent lancer des ordres de réquisitions de travailleurs pour la durée des hostilités.

Sur le canton de Granville par exemple les Allemands exigent deux cents travailleurs. Ceux ci sont désignés au prorata du nombre d'habitants :

Granville (105), Donville-les-Bains (20), Bouillon (10), Yquelon (5), Saint-Planchers (10), Saint-Nicolas (25), Saint-Pair-sur-Mer (20), Saint-Aubin-des-Préaux (5).

Ce sont les maires qui ont la charge d'établir un choix dans une liste proposée par la Défense Passive qui au plan cantonal est dirigée par M. Lemoigne. Ce n’est pas de gaieté de cœur que les élus planchent sur ce dossier pour faire la sélection.

Louis Delaisse, en tant que chef du service, par courrier, suggère au maire de Granville, de dresser l'état de réquisition en tenant compte de l'âge et des charges de familles de chaque travailleur. Il conclut : de manière à éviter les critiques dans l'établissement de ce choix.

Chaque requis reçoit une carte de réquisition accompagnée de la désignation du lieu ou il doit se rendre à chaque alerte, dès l'appel du tocsin. Quelques jours plus tard, les instructions complémentaires arrivent: Vous devez vous munir dans une musette ou dans une petite mallette, de vivres pour un jour. Vous devez apporter également une couverture de laine.

Il est précisé que sur les musettes, mallettes et couvertures un carré de tissu doit être cousu pour y faire figurer les noms, prénoms et adresses des propriétaires.

En ce qui concerne les travailleurs intégrés à l'équipe de liaison, ceux-ci doivent se rendre à leur point de rassemblement à bicyclette.

On voit alors se multiplier les demandes de bons pour obtenir chambres à air et pneus pour les vélos. On peut rêver... Inutile de dire, que faute de matières premières, ces sollicitations restent sans réponse.

Pour faire fonctionner les équipes de sécurité le matériel est indispensable. Le préfet accorde, pour le canton de Granville, un budget de 12 730 F pour l'achat de l’outillage et de 900 F pour l'aménagement d'un local. Dans son courrier, il précise à M. Lemoigne, le directeur urbain de la Défense passive, que les sommes allouées ne pourront être détournés à d'autres profits.

Avec la somme qui lui est attribuée, Louis Delaisse, excellent gestionnaire et meneur d’hommes, fait l'acquisition pour le centre de secours de: 2 chalumeaux découpeurs (3 000 F), 20 mètres de tuyaux pour acétylène (200 F), 20 autres mètres pour l'oxygène (300 F), 4 manodétenteurs (2 400 F), 5 paires de lunettes (125 F), 115 brassards (690 F), 50 pioches (2 800 F) 75 pelles (1 125 F) 75 manches de pioches (675 F), 2 scies passe-partout (240 F), 2 scies égoïnes (120 F), 20 kg de clous (140 F) et autant de cavaliers (240 F). En ce qui concerne les deux bouteilles d'acétylène et les six bouteilles d'oxygène pour les chalumeaux, elles sont sous contrat de location. Les recharges coûtent, 104 F pour l'acétylène et 67 F pour l'oxygène.

De son côté la Ville de Granville consacre un budget de 4 017,15 F pour l'acquisition de 100 pioches et 150 manches, 100 pelles et 150 manches, 2 scies passe-partout, 2 scies égoïnes, et quelques paquets de clous pour équiper la Défense passive.

Dans toutes les autres villes du département de la Manche, les achats d’équipements sont identiques et plus ou moins importants en fonction de la population et des approvisionnements des commerçants.

Il reste à régler les problèmes de transports du personnel de sécurité. La direction de la Défense passive de Granville, en l'occurrence M. Lemoine, souhaite prendre en mains ce nouveau service innové par l'occupant. Il demande alors à l'Ingénieur départemental des Ponts et chaussées de faire le nécessaire pour lui préciser les noms des fonctionnaires qui seront chargés des transports du service de sécurité.

Comme le torchon brûle déjà entre les deux hommes, la réponse de l'ingénieur en chef Fleury ne se fait pas attendre. « Je dois d'abord vous faire observer que le service de sécurité est un service créé, à la demande de l'autorité allemande d'occupation en exécution de l'ordonnance du 4 janvier 1941 et qui est à la disposition de l'autorité d'occupation allemande. Ce service de sécurité d'après les instructions de la Feldkommandantur 722 est destiné à faire disparaître rapidement les effets de détresses et de bombardements ». Et l'ingénieur en chef Fleury ajoute : « Il n'a pas été prévu que ce service était à la disposition de la Défense passive et la Défense passive doit être organisée indépendamment du service de sécurité ».

Pour bien montrer que c'est lui le patron du service, M. Fleury, somme le directeur de la Défense passive de lui donner la liste des véhicules nécessaires pour le service. Il ajoute encore : « Je vous donnerai dès que possible mon accord ou vous ferais part de mes observations ».

Le directeur de la DP, confondu, charge alors Louis Delaisse, qui est beaucoup plus pondéré de faire le nécessaire et de se mettre en rapport avec le responsable local des Ponts et chaussées M. Leport.

Dès le 2 décembre 1941, le directeur urbain de la Défense passive de Granville remet un peu d'huile sur le feu. Il écrit à nouveau à l'ingénieur en chef pour lui dire que les problèmes de transports sont réglés sur le plan cantonal et qu'il considère que les deux services sont bien distincts et il ajoute : Il y a cependant lieu de tenir compte d'un cas de bombardement par avions, ils auront à collaborer.

Quelques lignes plus loin, M. Lemoigne écrit : « Je tiens à vous faire savoir qu'au cours d'un exercice effectué à Granville, sur l'ordre des autorités de l'armée d'occupation, le service de transport n'a pas fonctionné et les équipes des communes du canton ont dû venir et s'en retourner à pied ». Inutile de dire que M. Fleury n'a pas apprécié cette remarque.

L'organisation des premiers secours

Elle est le fait des équipes des différentes localités constituées en personnel et en matériel tenu à pied d'œuvre et mis en place dès le signal d'alerte.

Les pelotons auxiliaires, de garde et de défense contre l'incendie, constitués et dispersés dans les agglomérations sont placés sous les ordres d'un chef de peloton qualifié. En l'occurrence préconise le ministère: Un entrepreneur, contre-maître du bâtiment, etc.

Dans les îlots, définis au préalable, sur le plan local, des équipes son constituées. Chacune comprend : un chef, un sous-chef et un servant.

Ces groupes doivent disposer dans chaque construction, d'un matériel d'incendie d'une manœuvre simple et aisée. Des dispositions sont prises à cet effet.

Le matériel en place dans le bâtiment comprend: Des baquets installés sur des paliers et contenant des réserves d'eau et de sable, pelles ou d'une efficacité équivalente, seaux, appareils extincteurs de 8 à 10 litres ou seaux-pompes de 10 à 15 litres.

Chaque équipe dispose de deux ou trois seaux, de récipients d'un litre environ, de pelles à longs manches pour projeter l'eau et le sable, d'une échelle légère, d'une hache ou pince pour mettre à jour les feux de planchers ou de cloisons.

Dans certains points stratégiques le matériel est plus spécifique : appareil d'éclairage, pompes à main, extincteurs, lances montées sur robinets ou bouches d'incendies, avec lance et tuyaux sur dévidoirs.

Il est préconisé de constituer des réserves d'eau, en prévision d'éventuelles ruptures de canalisations d'eau.

Manœuvres de l'équipe locale

Des manœuvres sont programmées régulièrement. Quelques fois, elles émanent de la Kommandantur. Dans ce cas le règlement doit être appliqué à la lettre. Les consignes sont strictes. Il faut se référer au manuel rédigé sous le contrôle de l’occupant.

Dans le cadre de l’exercice, le chef d'équipe de la Défense passive va reconnaître le foyer d'incendie avant de l'attaquer. Il doit emporter avec lui: Un seau, un récipient de projection ou une pompe à main, une hache, hachette ou pince.

Le sous-chef : un seau, un récipient ou pompe à main et une échelle légère.

Le servant : un seau, une pelle à long manche.

Chacun doit également se doter d'une lampe électrique ou lanterne ou falot.

La première consigne est de fermer toutes les ouvertures du local où s'est déclaré l'incendie, tandis que le sous-chef et le servant rempliront les seaux de sable et les lui apporteront.

S'ajoutent également des consignes pour attaquer le feu ainsi que des conseils de sécurité pour le personnel intervenant.

L'équipe ne doit quitter les lieux que lorsque le chef aura constaté, en tâtant avec la main, qu'il n'existe plus de matériaux brûlants.

Si le feu ne peut-être maîtrisé le chef doit faire appel aux sapeurs-pompiers communaux, convenablement renforces en personnel et matériel.

Les renforts sont fractionnés alors en équipes légères destinées à combattre le feu a l'aide d'une ou deux lances. Ces groupes sont composés de trois hommes et disposent de: Quatre gros tuyaux roulés, quatre petits tuyaux, une grosse lance et deux plus petites. Du matériel d'éclairage est à leur disposition, en l'occurrence des lampes électriques. Une équipe sur cinq est pourvue d'une échelle à crochets et d'un cordage.

Les détachements, plus importants sont dotés d'engins analogues mais également de pompes à grande puissance.

Le sauvetage des biens passe après ceux de la Nation

C'est très clair indique le ministre de l'époque : en cas de sinistre, il ne peut toutefois être question d'immobiliser un personnel considérable dont on a besoin pour la production nationale. Cependant dans les usines des services de garde sont instaurés. Les hommes désignés à cet effet se rassemblent dans au poste de secours dès le signal d'alerte.

Dès leur rassemblement les détachements en renfort seront acheminés en une ou plusieurs colonnes, le moment venu, sur des points de ralliement qui leur seront fixés pour de là être répartis entre les différents foyers. Leur vitesse de marche la nuit sera très faible, en raison du manque presque complet d'éclairage des voies de communication. La certitude d'arriver au feu ne doit jamais être sacrifiée à la vitesse.

Les pompiers en ce qui les concernent disposent quelques fois de petites camionnettes réquisitionnées pour se rendre sur le lieu d'un sinistre. C'est toujours le chef qui doit conduire le véhicule ou s'il n'en a pas la capacité, il doit prendre place à côté du conducteur.

On ne badine pas avec le règlement !

Les services rendus par les pompiers et bénévoles ne se limitent pas à l'extinction des feux ils doivent également procéder au déblaiement et à la démolition des murs menaçant la sécurité publique.

La mise en place des équipes de renforts constitués de volontaires et de requis nécessite une formation du personnel. Ce sont les pompiers qui ont la charge de cette formation qui s’effectue sous forme de stages, de cours de séances hebdomadaires d'une demi-journée le dimanche matin. Le chef de corps se doit d'insister particulièrement sur la nécessité d'économiser l'eau dans l'extinction des incendies, en temps de guerre. Il lui revient aussi de délimiter les secteurs d'interventions des équipes locales.

En 1939, de nouvelles instructions toujours provisoires sont édictées. On trouve dans la brochure quelques compléments en ce qui concerne l'attaque du foyer d'incendie notamment : "Si la bombe n'a carbonisé qu'une petite surface du plancher, sans allumer de feu sérieux, il suffira de recouvrir la bombe et les parties brûlées d'une légère couche de sable sec; (…) ne pas se préoccuper de la bombe dont l'extinction n'a plus qu'un intérêt secondaire (…) Opérer avec calme et précision en s'approchant du feu le plus possible, sans crainte de la chaleur ni de la fumée".

Pour ces interventions spéciales, les commandants du corps de sapeurs pompiers font confectionner en 1942, à l'instigation de l'amiral de la flotte Serrant, ministre de la Défense nationale, un écran de protection. Celui-ci se compose d'un panneau de 0,90 m sur 0,80 m confectionné avec du bois de caisses. Il comporte à hauteur des yeux une fenêtre de visée étroite taillée en biseau vers l'extérieur pour augmenter le champ de vision. Chacune des équipes d’intervention en est dotée.

Dans le milieu du panneau une poignée est fixée pour rendre le maniement plus facile. Deux planches découpées en forme de triangle sont pointées à la base de l'écran pour pouvoir stabiliser sur le sol l'écran de protection. De cette façon, l’écran laisse toute liberté a l'intervenant pour se servir de ses deux mains dans son travail d'extinction.

L'extinction des lumières

Au mois de janvier 1940 un modificatif est apporté par la Militaerbefehlshaber aux règles concernant l'extinction des lumières.

Il est précisé les buts de l'extinction des lumières :

- priver l'assaillant de tout repère pour sa navigation ;

- rendre difficile le bombardement précis d'un objectif particulier en supprimant ou en masquant de façon complète toutes les lumières à l'extérieur, et susceptibles d'être aperçues.

Le territoire national est alors, sur l’initiative de l’occupant, divisé en deux zones : la zone n° 1, voisine des frontières, dont le littoral de la mer de la Manche dépend devra être en tout temps invisible des avions ennemis, le régime de l'éclairage d'alerte sera maintenu en permanence. Dans la zone classée n° 2 un éclairage normal de temps de guerre est toléré.

Pour l'éclairage dit d'alerte les caractéristiques de protection sont les suivantes :

- suppression de tout éclairage non indispensable ;

- dissimulation de l'éclairage maintenu aux investigations des aéronefs ennemis, volants à une altitude de 500 m, que cet éclairage soit public, privé, intérieur ou extérieur.

Ces mesures son maintenues en permanence pendant toute la durée des hostilités. Des tolérances sont acceptées pour la deuxième zone.

Pour l'éclairage dit éclairage normal de guerre, les réserves sont un peu moins draconiennes :

- l'éclairage normal de guerre ne devra produire aucun halo susceptible d'être vu par des observateurs aériens à plus de 70 kilomètres ;

- les centres urbains et établissements bénéficiaires de ces dérogations devront être en mesure, dès réception de l'ordre d'alerte, de passer immédiatement à l'éclairage d'alerte défini(…) et de conserver cet éclairage jusqu'à l'ordre de fin d'extinction ;

- les délais de passage de l'éclairage normal de guerre à l'éclairage d'alerte, comptés depuis le moment où l'officier d'alerte du département reçoit l'ordre d'extinction et celui ou l'extinction est réalisée, ne devront pas excéder 6 à 7 minutes.

Par contre, ces règles sont à appliquer dans un délai n'excédant pas 4 minutes pour les magasins en particulier.

- Toute la population française "doit munir les fenêtres qui ne possèdent pas de volets pleins hermétiques de rideaux opaques de préférence noirs, de cartons ou de toute autre matière de façon qu'aucune lumière ne puisse filtrer à l'extérieur, quelle que soit la place qu'occupent ses ouvertures, sur courettes, sur toit, etc."

- Les lampes devront, autant que possible, être munies d'écran ou d'abat-jour enveloppant, afin d'empêcher la formation de halos lumineux visibles de l'extérieur.

Il est conseillé de mettre des doubles-rideaux devant les portes de sorties et de réduire l'intensité lumineuse des ampoules.

Toujours par mesure de rentabilité des éclairages minimum sont tolérés dans les entreprises, gares, ports, etc.

Les lampes utilisées à l'extérieur pour des raisons de sécurité doivent être recouvertes d'un vernis bleu. En revanche, il est fortement déconseillé de peindre en bleu les vitrages des usines. Ceci pour trois raisons :

- ce procédé obscurcit considérablement l'intérieur des locaux et est préjudiciable à l'exécution du travail de jour ;

- ne permet pas de réaliser un éclairage d'alerte satisfaisant ;

- présente le grave inconvénient de donner des surfaces très réfléchissantes par nuit lunaire et visibles à de très grandes distances le jour ce qui peut attirer les aéronefs ennemis.

Les chefs d'immeubles, environ 250 en ce qui concerne la ville de Granville, sont chargés de faire respecter les consignes de sécurité en particulier.

Entre le 31 décembre 1943 et le 27 avril 1944, ces chefs d'îlots locaux ont consacré 500 heures de leur temps pour effectuer de rondes de nuit, pour le respect des consignes de camouflages. Pour certaines rondes, dans des quartiers jugés sensibles comme celui du port et de la gare,les occupants armés accompagnent les chefs d'îlots.

Quelques rondes sont effectuées à Granville à l'occasion d'alertes. En particulier le 7 mars 1944, à partir de 21 h 40, pour 30 minutes le 20 et 27 avril 1944 pour deux heures.

En revanche, à Folligny, M. André Tirot, chef de poste et Mmes Marie Amette, Thérèse Monnerais, Thérèse Hébert, Marthe Lebigre, infirmière, et René Fauvel, agent de liaison, ainsi que Raymond Chapdeleine, sont à l'ouvrage à la suite de mitraillages aériens : le 6 août, le 16 et 17 août 1944, le 28 et 29 septembre et le 11 novembre 1943. Ils interviennent également, avec moins d’ardeur lors du sabotage des installations de la gare organisé par les résistants le 5 décembre de la même année.

Le 7 juillet 1944, la Feldkommandantur basée à Granville fixe le couvre-feu à 22 h 30. Les patrouilles allemandes redoublent d'agressivités envers les contrevenants et ce jusqu'à la libération de Granville, le 31 juillet.

L'éclairage des véhicules

Il y a encore deux zones qui rentrent en jeu : la zone A située près des frontières et qui englobe également les départements de la Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne et l'Oise et la zone B "où il est indispensable de ne pas restreindre la circulation routière nécessaire à la vie économique du pays."

En zone A, en dehors des agglomérations, l'éclairage de route est strictement interdit. Les véhicules automobiles ne peuvent utiliser la nuit comme éclairage que leurs projecteurs "code" munis d'une lampe d'un type spécial agréé par la direction de la Défense passive.

Aucune modification n'est apportée au règlement du temps de paix concernant le feu rouge, le cataphote arrière, le feu stop et les feux d'encombrement.

En zone B, aucune modification n'est apportée au régime d'éclairage du temps de paix. L'usage des projecteurs de route est autorisé. Il y a cependant des restrictions sur des portions de routes rectilignes qui aboutissent à des points sensibles.

Certains préfets imposent en agglomération de n'utiliser que l'éclairage code par intermittence pour reconnaître la route ou même interdire l'usage du code et imposer l'usage de la lanterne de ville.

Dans les agglomérations, la nuit, la vitesse des automobiles est limitée à 20 km à l'heure en zone A et 30 km à l'heure en zone B. L'usage des avertisseurs sonores est autorisé.

Pendant les alertes de jour ou de nuit, aucun véhicule ne doit circuler à l'exception des automobiles officielles. Dès que retentit la sirène, le conducteur, la nuit a l'obligation de ranger sa voiture sur le côté droit de la chaussée, d'éteindre tous les feux et de gagner l'abri le plus proche.

Les véhicules de service, de commandement et de liaison peuvent circuler à condition que les projecteurs soient pourvus de lampes différentes de couleur rouge-orange, et d'une visière spéciale limitant l'intensité lumineuse à la verticale.

Tous les feux arrières doivent être neutralisés. L'usage du projecteur non rabattu (éclairage de route) n'est autorisé que pendant de courts instants, notamment pour permettre de reconnaître l'existence de certains obstacles.

Au mois de mai 1944, la liste des véhicules des cantons de Granville et de Sartilly autorisés à circuler est dressées sur la demande de l'occupant par les soins de l'Ingénieur des Ponts et chaussées.

En ce qui concerne les véhicules à essence, il y a de recensé à Granville : 3 ambulances dont une de douze places, 10 voitures de touristes et commerciales et 29 fourgons et camionnettes utilitaires.

Pour les véhicules à gazogène : une ambulance, 4 voitures de touristes et commerciales et 71 véhicules utilitaires.

Bon de réquisition automobile

Pour la commune de Saint-Nicolas-de-Granville : quatre voitures de 2, 4 et 6 places, 5 camionnettes bâchées, un fourgon, une benne, quatre plateaux à ridelles, une benne et une bétaillère. A Donville : deux camionnettes bâchées. A Saint-Pair-sur-Mer : 7 (une conduite intérieure, quatre plateaux à ridelles, une camionnette et une bétaillère). A Saint-Aubin-des-Préaux : une camionnette bâchée. A Bouillon : une ambulance 4 places, une conduite intérieure de 4 places et une benne. A Carolles : une conduite intérieure commerciale. A Saint-Jean-le-Thomas : 2 camionnettes et une voiture 5 places. A Saint-Pierre-Langers : deux plateaux à ridelles et une voiture commerciale. A Sartilly : deux voitures de 4 et 6 places, deux plateaux à ridelles et quatre camionnettes.

Les propriétaires des véhicules fonctionnant à l'essence qui sont à la disposition de la Défense passive bénéficient d'une attribution spéciale de bons d'essence.

Les conducteurs des véhicules réquisitionnés fonctionnant à l’essence ou avec un gazogène profitent d'un laissez-passer spécial en cas d'alerte.

Les véhicules alimentés par gazogène peuvent effectuer entre 50 et 80 kilomètres. Les conducteurs ne peuvent procéder au rechargement en bois de la chaudière sur la voie publique sous peine de voir l’occupant retirer le laissez-passer du conducteur. Pour les camionnettes il n’y a pas de problème. Du bois est chargé à l’avance et une tierce personne se situe à proximité du brûloir pour l’alimenter en temps utile. La bombonne dans laquelle le gaz est accumulé peut en contenir de 18 à 20 m3. Des astuces personnelles permettent de contrôler régulièrement ce qui reste de gaz pour alimenter le moteur. Celui-ci ne nécessite pas de transformation pour fonctionner avec le gazogène. Le seul problème à l’époque est de se procurer des bons matières pour pouvoir disposer de matériaux pour confectionner l’appareillage.

Instructions provisoires sur la défense passive dans les établissements de métaux

Une brochure de cinquante-deux pages est éditée le 1e juillet 1939. Elle se divise en neuf chapitres. Elle est destinée aux Industriels qui travaillent pour la Défense nationale.

Dans le premier chapitre, le ministère précise avec des nuances que : Les aéronefs ennemis peuvent agir sur leurs objectifs, soit à l'aide de bombes explosives de différents types, soit par la création de nuages de produits agressifs, soit enfin par le jet de bombes incendiaires.

Tandis que la défense active a pour but d'empêcher les aéronefs ennemis d'atteindre leur objectif en les détruisant ou en provoquant leur destruction, ou tout au mois de les gêner dans l'accomplissement de leur mission, la Défense passive a pour but de supprimer ou de diminuer les effets du bombardement et de remédier à leurs conséquences.

L'organisation de la Défense passive contre le danger d'attaques aériennes est obligatoire sur tout le territoire national. Il s'agit de la Loi du 11 juillet 1938 publiée dans le JO du 13 juillet 1938.

L'objet des instructions que renferme l'opuscule s'adresse en particulier aux chefs d'établissements.

Un décret daté du 12 novembre 1938 remplaçant les instructions du 25 novembre 1931 (article 15) est rédigé comme suit :

Les établissements privés et les entreprises qui présenteront un intérêt national ou public, désignés en application de l'article 9 de la loi du 11 juillet 1938, par décision du ministère de la Défense nationale pour assurer eux-mêmes leur protection contre les attaques aériennes, supportent la totalité des dépenses d'installations, approvisionnements, entretien et conservation.

Toutefois, l'État peut participer à ces dépenses dans des conditions qui seront précisées par un règlement d'administration publique.

A ce sujet, un décret du 13 mars 1939 a été publié au JO quatre jours plus tard.

En résumé, les directeurs sont tenus de prendre sous leurs responsabilités :

- les mesures de sécurité générales, telles que la réalisation de l'éclairage normal de guerre et l'éclairage d'alerte ;

- des mesures particulières visant à la protection du personnel et du matériel et à la bonne marche de l'exploitation ;

- tout chef d'établissement doit appliquer les mesures de sécurité générale, dans les mêmes conditions que les agglomérations et les établissements de la région.

Toutes les mesures sont régies par le préfet et les généraux commandants les régions. En cas de tension ou de mobilisation les instructions d'application émaneront du préfet.

Le ministère précise une fois encore que la recherche de la protection du matériel et du personnel ne doit pas compromettre la bonne marche de l'exploitation. Produire est, le premier devoir des industries qui travaillent pour la défense nationale.

Le second chapitre concerne l'organisation générale des services de défense à mettre en place. Le troisième intéresse les mesures de sécurité générale concernant : l'éclairage, les lueurs (provoquées par des fours), les mesures de sécurité générale (extinction des lumières, ordre d'alerte, sirène...)

Les chapitres suivants concernent : la marche de l'exploitation, la protection du personnel, l'organisation des secours, la protection des installations et du matériel et l'établissement du programme de réalisation.

Revenons sur le septième chapitre consacré à la protection des installations. Des fausses installations pourront être réalisées. Il s'agira, sur un terrain convenablement choisi, de disposer quelques lumières discrètes pouvant donner à l'aviateur ennemi l'impression d'un établissement où les dispositions d'extinction auront été incomplètement prises. La création de fausses installations est délicate, si l'ennemi en a connaissance on lui fournit un point de repère pouvant grandement faciliter sa tâche. Il conviendra donc de déplacer les fausses installations de temps en temps. Elles ne devront d'ailleurs être réalisées qu'avec l'autorisation du général commandant la région, car elles impliquent une dérogation à la discipline de l'extinction.

La défense passive dans les usines à gaz

Depuis le 23 août, la France est en guerre. Le cabinet du préfet de la Manche adresse le 20 octobre un livret "Confidentiel" qui renferme les instructions concernant la défense des usines à gaz. Cette brochure de 54 pages préconise les mesures à prendre et le rôle des agents dans la Défense passive.

Ce sont d'abord les problèmes d'éclairage des installations qui sont évoqués ; les mesures de sécurité des installations et leur fonctionnement ; les réserves de matériel ; le camouflage des installations ; la protection du personnel qui doit être doté de masques à gaz;

L'aménagement d'un abri et les mesures de secours à prendre. Toutes ces directives doivent être impérativement appliquées en cas de tension politique et au plus tard à la mobilisation.

Instructions pratiques sur la Défense passive

La brochure ainsi titrée est distribuée au mois de septembre 1939. Elle concerne les notions sur la sécurité en générale contre les attaques aériennes et intéresse en premier chef « le guet civil local ». La surveillance du ciel est assurée par le réseau des postes de guet militaires au profit de l'ensemble du territoire.

Le guet civil local (homme ou femme) qui ne doit pas être confondu avec les militaires a pour mission de surveiller le ciel au profit d'une agglomération et éventuellement d'un établissement à risques.

La mission du guetteur consiste à confirmer l'alerte en signalant l'arrivée des aéronefs ennemis au-dessus de la ville ou de l'établissement. Il se doit également de signaler leur départ, ce qui permet en cas d'attaque, de faire intervenir plus rapidement les équipes de secours.

La nuit, il doit signaler les lumières qui sont dans son champ de vision et de jour comme de nuit pendant et après une attaque, d'orienter les secours en précisant autant que faire se peut les points de chute des bombes.

Les consignes données par le ministère de la Défense nationale concernent l'implantation des postes de guet. Ils doivent être placés sur un point élevé, loin du bruit importun et autant que possible à proximité immédiate d'une poste téléphonique d'abonné civil.

L'effectif du poste de guet doit être au minimum de quatre personnes de façon à pouvoir assurer une permanence de deux veilleurs. Chaque poste est doté de jumelles, cartes et plans et autant que possible d'un carnet de silhouettes d'avions.

Des directives concernent la rédaction du texte des messages qui doivent parvenir au chef de la défense qui les répercutent sur le bureau de renseignements.

Une autre partie du texte est relative à la procédure d'extinction des lumières et la dernière à l'alerte proprement dite qui est donnée par l'autorité militaire.

Ce sont les sirènes qui sont conseillées pour mettre en garde la population. Des règles sont appliquées en ce qui concerne la modulation des sons.

Des mesures doivent être prises pour pallier les coupures électriques afin de pouvoir assurer le bon fonctionnement des sirènes. Cette utilisation des sirènes sera limitée par la suite sur les directives de l'occupant.

Les chefs des observatoires de guets qui ne disposent pas de téléphone à proximité de leur poste doivent faire appel à une estafette pédestre ou cycliste pour porter les messages au poste de commandement.

Le commandement et les services

C'est l'objet d'une petite brochure éditée au mois de janvier 1940 sous forme d'un rappel des directives d'organisation de la Défense passive. L'auteur met en exergue les attributions du préfet et des maires lors de la mobilisation. Ceux-ci sont en outre responsables de l'exécution des mesures de défense.

L'échelle hiérarchique est composée comme suit :

- un directeur départemental de la Défense passive: nommé par arrêté du ministre de la Défense nationale, sur proposition du préfet. Son rôle est d'exécution et il a qualité pour donner des ordres.

Le directeur urbain est nommé dans les mêmes conditions mais sur proposition du maire et agrée par le préfet. Il agit au nom du maire et dirige, sous l'autorité du directeur départemental, la mise en œuvre des mesures de défense, sur le territoire d'une agglomération comportant plusieurs localités. Il exerce son commandement en temps de paix, au cours des exercices et en temps de guerre, au moment des alertes et des attaques[1].

Le directeur urbain doit gérer des hommes, du matériel et prendre toutes les mesures de sécurité qui s'imposent.

- le chef de secteur est nommé par le directeur urbain de la défense. Il règne de son poste de commandement sur un secteur défini et bénéficie d'un suppléant, d'agents de liaison et de transmissions téléphoniques. Il gère le matériel et les hommes qui sont à sa disposition en cas d'alerte.

-Le chef d'îlot désigné par le maire ou le directeur urbain intervient sur un ensemble d'immeubles contigus ou non dont il est possible de faire le tour complet par des rues ou avenues.

C'est lui qui est chargé de recruter les membres de son équipe (le Maire a son mot à dire, sur le choix qu'il préconise) et veiller à leur formation. Dans le groupe, il est indispensable d'avoir des agents de liaison cyclistes et de disposer de postes téléphoniques soigneusement répertoriés.

Le chef d'îlot doit avoir une parfaite connaissance de la topographie de son secteur et de ses ressources en matière de défense. Il doit également recruter et former des chefs pour chaque immeuble et chaque abri.

Son rôle est de comptabiliser la population de l'îlot, de dresser la liste des habitants qui désirent être dispersés ou éloignés, et de ceux qui veulent être maintenus sur place. Il doit également faire le recensement des personnes dont l'âge ou l'état de santé nécessitent des secours particuliers.

Pendant la période de guerre le chef d'îlot doit être pour tous un exemple vivant de courage calme et de présence d'esprit. Ses tâches en dehors de celles d'ordres administratifs sont multiples. Il doit vérifier l'extinction ou l'occultation des lumières, faire dégager les rues orienter les passants vers les abris les plus voisins, suivant leur contenance. L'auteur des consignes conclut : Cela fait, tout le monde s'abrite !

Les chefs d'îlots bénéficient d'un équipement spécial : casque d'acier, combinaison de toile kaki, brassard, masque à gaz, lampe électrique et un sifflet.

Toutes les consignes qui intéressent les particuliers sont affichées dans chaque immeuble. Des abris son aménagés par les soins du chef d'îlot qui doit pourvoir son secteur en sable pour lutter contre les bombes incendiaires.

Il doit également faire vider les greniers et mansardes et prévoir un endroit sur pour stoker les objets dont les propriétaires ne veulent pas se séparer.

Le chef d'abri est désigné par le directeur urbain, sur proposition du chef de secteur. Il est placé sous les ordres du chef d'îlot. Sa mission essentielle consiste à faire respecter par tous les occupants, en cas d'alerte, les consignes particulières données par l'autorité locale.

Sous les directives du chef urbain, des exercices sont organisés pour le personnel affecté à la défense passive. Il y a également les entraînements programmés à l’instigation de la Kommandantur.

L'engagement civil

L'engagement civil pour servir dans la Défense passive en qualité de volontaire nécessite de remplir au préalable un dossier.

Il y a d'abord la fiche médicale. Sur le recto se trouvent les renseignements concernant l'identité de l'individu : nom, prénoms, date et lieu de naissance, profession, situation de famille, domicile, situation militaire et signes particuliers (nævi, cicatrices, tatouages)

Dans la partie inférieure figurent : le diagnostic médical d'aptitude, la photographie de l'engagé et ses empreintes digitales.

Au dos de la feuille, le médecin, après examen, fait état de son constat concernant la vision, l'audition l'olfaction et rend compte de l'examen clinique: Poumons, cœur, urine, état général, infirmités, examen psychique « très sommaire », et sur la présentation du dossier médical de l'individu qui, la plus part du temps n'en dispose pas. Enfin, le médecin mentionne ses conclussions sur l'aptitude de son patient.

Après réception de ce dossier médical soigneusement analysé, le directeur de la Défense passive de Granville adresse un courrier au candidat : « Monsieur X…Vous avez été reconnu apte au service de la défense passive par le Dr Vesval. En conséquence, veuillez prendre note que vous êtes affecté comme téléphoniste. En, cas d'alerte, sirène ou tocsin, votre point de rassemblement est chez M. Belot, hôtel, place Alsace-Lorraine. Casque et masque obligatoire ».

M. Alphonse Ledos, originaire du Grand-Celland, garde municipal à Donville-les-Bains, après avoir déclaré sur l'honneur, comme doit le faire impérativement tous les engagés : ne pas être de race israélite, ni être né de parents de race israélite est recruté comme garde champêtre à la Défense passive.

Toutes les classes sociales sont représentées parmi les engagés. On y trouve également des personnes venues se réfugier dans la région.

Les visites médicales sont programmées régulièrement. Elles ont lieu en principe dans le cabinet du Dr Vesval fils, au 18, rue des Juifs pour ce qui concerne le canton de Granville.

En 1940, on trouve trace de contre-visites qui se déroulent, pour la circonstance, dans les locaux de l'infirmerie de la caserne du Roc. La personne convoquée doit alors se présenter avec le formulaire que lui a été au préalable adressé par le responsable de la DP. Ce document établi en double exemplaire comprend : la fiche signalétique de l'individu, son certificat de moralité et d'aptitude professionnelle et son certificat de capacité physique.

À l'issue de la visite, le médecin confirme si son patient est apte à poursuivre les tâches qui lui sont assignées.

Les religieuses contractent également des engagements civils. C'est de cas de Marie, Françoise, Thérèse Plougastel, en religion Sœur Auguste. Née le 13 janvier 1895, dans le Finistère, elle fait fonction de garde-malade, chez les Sœurs de la Miséricorde à Granville. Elle est recrutée le 29 février 1944 comme infirmière Z, au service de l'hôpital.

Louise Maubert, en religion sœur Estève, née le 22 février 1888, de la même communauté, signe également un engagement au sein de la DP le 6 mars 1944. Elle est recrutée comme infirmière diplômée Z.

Sur la fiche médicale remise aux femmes qui souhaitent s’engager, il est précisé que le médecin doit effectuer un examen qui doit correspondre à celui pratiqué dans les conseils de révision. On peut douter que cette consigne soit respectée notamment en ce qui concerne les religieuses reconnues "bonnes pour le service"

Il y a également des étrangers qui signent un acte d'engagement. C'est le cas de Jacques Billot, étudiant demeurant 65, rue Saint-Jean. Le jeune homme âgé de 16 ans à l'époque a vu le jour le 12 avril 1925 à Bigbourg en Rhénanie. Il est recruté comme brancardier pour l'îlot n° 2.

Joseph Marhuenda, né en 1913 à Manovar (Espagne), mécanicien de profession, signe aussi un engagement le 7 juin 1942 en qualité de brancardier.

Jean Lesnoff, étudiant, né le 15 août 1925 à Moscou, demeurant villa "La Gerbette" à Donville, est recruté comme cycliste du fait qu’il possède… une bicyclette.

En ce qui concerne les adolescents français qui veulent s'engager pour servir dans la Défense passive, l’accord parental s'avère indispensable. C'est ainsi, par exemple, que Mme Veuve Dauliach, autorise par écrit, sa fille Paulette, âgée de 17 ans, à servir dans la DP. La jeune-fille est alors engagée comme "agent de liaison avec sa bicyclette."

On rentre également encore plus jeune à la Défense passive. M. Albert Duchemin, un Donvillais, accepte que son fils Jacques soit utilisé comme "cycliste agent de liaison" alors qu'il n'a que 15 ans.

Par ordre n° 4 du 28 mars 1945, la retraite est concédée à 60 ans. Félicie Lacour, épouse de M. Caignart, ainsi que M. Martin, sont les premiers membres engagés dans la Défense passive à bénéficier de cette loi.

Les dossiers s’accumulent

Le dossier d'un engagé comporte plusieurs documents. Les uns sont officiels et les autres composés de feuilles de récupération qui servent de support d'écriture. Le tout est renfermé dans une simple chemise découpée dans un papier kraft de qualité ordinaire utilisé à l'époque pour l'emballage ou pour masquer les fenêtres des bâtiments.

Dans ce dossier sont entreposés :

- l'acte d'engagement qui doit être signé "pour une durée des hostilités." Sur cet imprimé le secrétaire de la P.C. mentionne l'identité de l'engagé, sa profession et son domicile ainsi que son affectation dans le service de la Défense passive.

- la date d'expédition de l'acte d'engagement à la préfecture.

- une fiche signalétique, du service préfectoral qui comporte quatre cases :

1 - l'identité et les renseignements concernant l'état civil ;
2 - un certificat de bonne moralité et d'aptitude professionnelle ;
3 - la décision du Préfet ;
4 - la date de souscription de l'engagement.

- le récépissé, accusé de réception de la lettre de service.

- l'attestation de l'engagé qui déclare sur l'honneur ne pas être de race israélite, ni être né de parents de race israélite.

- la fiche médicale avec les résultats de l'examen médical, clinique et les conclusions d'aptitude.

- sur un morceau de papier de format 13 X 10 cm, est répertorié le matériel attribué à l’intéressé : casque, brassard, pansement individuel, lampe et pour les chefs d’îlots uniquement : un vêtement huilé.

- les demandes d'autorisation de déplacement qui ont été accordées. De temps en temps pour certaines personnes, les lieux des déplacements sont consultés par l’occupant.

- les avertissements pour des déplacements non programmés à l'avance.

- l'affectation et les consignes en cas d'alerte avec le point de rassemblement.

- éventuellement la liste du matériel récupéré à la suite d'un changement de domicile ou d'un décès.

- les bons délivrés pour obtenir du matériel en particulier des pneus de bicyclette, des piles pour lampes de poche ou des espadrilles, etc.

- les factures pour obtenir le règlement de matériel, perdu ou endommagé.

- les doubles de tous les courriers adressés à l'intéressé en ce qui concerne les consignes, blâmes et éventuellement les sanctions prises. Jamais des compliments !

Fiche d'engagement civil

Peu de temps après la Libération, dans certains dossiers sont archivés également les doubles d'attestations de service. Il semble pour certaines personnes qu’il y a urgence d’obtenir une attestation de bons et loyaux services.

En raison des restrictions de papier, les secrétaires et directeurs de la DP se servent à Granville des feuilles de récupération. En particulier, le verso des prospectus ou les supports de propagande. Ils sont utilisés alors pour établir des bons, des doubles de courrier, des convocations, des reçus… À cette époque, le papier est rare.

Dès 1940, les responsables de la DP se sont engagés lors d’une convocation à la Kommandantur à signaler à l’occupant "immédiatement » les Israélites qui, du fait de leur situation, ne peuvent postuler au titre d’engagé volontaire". A notre connaissance, il n’y a pas de preuve de dénonciation sur le plan de la Défense passive au niveau départemental.

Ordre de réquisition individuelle

En exécution des prescriptions de l'article 14 de la loi du 11 juillet 1938 "sur l'organisation générale de la Nation pour le temps de guerre", des ordres de réquisition individuelle sont adressés à quelques requis à l'instigation du préfet.

Le 8 février 1942, "par ordre de Monsieur le Ministre, secrétaire d'État à la guerre" les ordres se multiplient.

À Granville, à cette date, M. Maurice Duval, demeurant 25, rue Alsace-Lorraine comme beaucoup d’autres Granvillais, est invité à se présenter dès réception à M. Lemoigne, directeur urbain de la DP de Granville qui l'affectera à un emploi, au titre civil, dans l'équipe de Défense passive de cette ville.

Sur l'ordre qui lui est présenté, par un préposé au courrier, il est précisé que :

- la présente réquisition ne peut ouvrir d'autres droits à rémunération que ceux prévus à l'article 18 du décret du 30 janvier 1939.

- l'inexécution de cet ordre entraînerait les sanctions prévues à l'article 31 de la loi du 11 juillet 1938 sur l'organisation de la Nation, pour le temps de Guerre.

Le requis a obligation de retourner au préfet, un récépissé accusé de réception de la lettre de service.

Un autre formulaire polycopié au siège départemental est d'usage. Le responsable local de la Défense passive avant l'expédition à l'intéressé barre soigneusement les six premiers mots du premier et du deuxième paragraphe. Ci-dessous le texte est complet.

-" J'ai l'honneur de vous aviser que Monsieur le préfet de la Manche vous a désigné pour être requis au titre de la Défense passive.

- En conséquence et sur ses instructions, je vous fais tenir sous ce pli un fascicule qui comporte, outre un ordre de réquisition, un résumé de vos obligations générales et un rappel des textes principaux à l'application desquels vous serez assujetti désormais.

- Vous voudrez bien me retourner, dûment rempli et signé, le récépissé joint à la présente lettre de service et que je transmettrai à Monsieur le Préfet de la Manche."

Sous la forme d'un carnet, l'ordre de réquisition individuel, renferme le contenu de la Loi du 11 juillet 1938 sur "l'organisation générale de la Nation pour le temps de la guerre." Et il est complété par les textes des décrets. Ce carnet est attribué au requis qui se trouve comme en ce qui concerne M. Maurice Duval affecté "immédiatement" dans la police auxiliaire.

Cet ordre de réquisition doit alors être conservé par l'intéressé conjointement avec son livret militaire et son dernier fascicule de mobilisation. Il doit l'emporter dans tous ses déplacements.

Des restrictions s'imposent au porteur de cet ordre de réquisition : il est formellement interdit aux requis civils se rendant à l'étranger de communiquer le présent fascicule aux autorités étrangères, non plus que le livret militaire qui pourrait le contenir.
À l'étranger, ces documents ne peuvent être communiqués qu'aux autorités diplomatiques françaises, en France qu'aux autorités militaires, civiles et judiciaires.

Les activités des requis au sein de la Défense passive sont diverses : chef d'îlot, chef d'îlot adjoint, chef infirmier major, brancardier, infirmière, infirmière d'urgence, infirmière auxiliaire, secouriste, médecin, pharmacien, agent de liaison, agent de liaison avec bicyclette, agent de liaison-secrétaire, secrétaire, dactylographe, téléphoniste, agent de police auxiliaire, garde-champêtre, chef d'équipe de déblaiement, cycliste, chauffeur ambulancier, aide chauffeur et équipier de réserve.

Les femmes requises mariées ainsi que les veufs doivent communiquer par écrit l'état civil complet de chacun de leurs enfants et fournir ce document au directeur de la Défense passive.

Cette exigence de l'occupant n'est pas sans arrière pensée. Il lui permet d'avoir connaissance de l’ensemble de la famille, ce qui facilite les déportations dans des cas particuliers, voir des dénonciations. L’occupant peut également contrôler si éventuellement des enfants juifs cachés ne sont pas comptabilisés dans la famille en effectuant des contrôles avec l’attribution des cartes de rationnement. Il y a quelquefois des vérifications qui sont effectuées à la demande de l’occupant par la milice.

Les gaz de combat

Au mois de mars 1940, les gaz de combat sont d'actualité. La brochure adressée aux responsables de la Défense passive permet tout d'abord d'avoir une idée des substances chimiques employées : le chlore, l'ypérite, la chloropicrine, les arsines…

Ces différentes substances font ressentir leurs effets soit instantanément (agressivité immédiate) ou à retardement (agressivité différée).

S'appuyant sur les connaissances acquises pendant la guerre de 1914/1918, l'auteur fait une analyse des différentes substances : liquide, solide, densité, point d'ébullition, odeur… et les moyens de dispersion : obus, bombes…

Après un développement sur les conséquences engendrées, sur un individu par les gaz, ce sont les moyens de protections individuelles qui sont largement développés : appareils respiratoires et vêtements spéciaux.

Les derniers chapitres concernent l'entretien et l'utilisation du matériel ainsi que le stockage et les contrôles indispensables.

Les consignes d'utilisation des masques de protection sont résumées dans la brochure : mettre l'appareil de protection vite et bien, être en état de le conserver tout le temps nécessaire, peuvent être une question de vie ou de mort.

Pour apprendre ces techniques, des exercices son indispensables pour que le sujet puisse supporter son masque à gaz pendant plusieurs heures. Complément obligatoire le passage en chambre à gaz (…), les produits servant à créer cette atmosphère sont des substances lacrymogènes ou légèrement irritantes, mais sans aucun danger aux concentrations employées.

Le 2 mars 1942, une ultime brochure est consacrée aux contrôles des masques à gaz. Depuis plusieurs années, les secouristes en sont dotés et des particuliers ont pu en acquérir… au marché noir.

Les dépenses de mise en place et de fonctionnement des ateliers de contrôle et de réparation des masques à gaz sont à la charge de l'État. Il en est de même pour la fourniture des rechanges, accessoires et ingrédients nécessaires au contrôle et aux réparations. Toutes les autres dépenses sont à la charge des départements ou collectivités publiques y compris les salaires.

En ce qui concerne les appareils perdus ou détériorés, le remplacement ou les réparations sont à la charge des personnes qui les détiennent.

Les préfets sont chargés de faire signer les contrats d'embauches temporaires pour les personnels affectés aux ateliers de réparations. Ceux-ci seront payés : aux taux et conditions prévues au bordereau des salaires appliqués pour la catégorie de "manœuvre spécialisé".
Les allocations familiales pourront s'ajouter à ce salaire, dans les conditions prévues par la législation en vigueur.
Les accidents du travail et maladies professionnelles sont prises en compte et des congés son accordés suivant la législation prévue à cet effet. Aucun détail sur ces mesures ne figure dans les conventions.
La première semaine de travail est considérée comme une période d'essais. Les partis peuvent alors résilier le contrat. Cette résiliation est particulièrement mal vue par les policiers qui collaborent avec l'occupant. Cette situation entraîne souvent des internements.

Les consignes de sécurité pour la population

Le commandant Charles Gibrin, qui depuis 1933 écrit des ouvrages et effectue des causeries radiophoniques, édite son quatrième ouvrage, préfacé par M. Cazes, directeur de la Défense passive, en poste au secrétariat d'État à l'Intérieur.

La brochure sortie en 1943, vendue 7 F, met en exergue les dangers des raids aériens et propose diverses solutions pour se protéger tant au plan individuel que collectif. L'ouvrage est illustré de nombreux croquis. Charles Gibrin ne s'embarrasse pas de termes techniques, ce qui laisse son ouvrage très accessible au public. Celui-ci n'en fait pas une consommation exagérée.

Cette même année, le commandant Devars, du régiment des sapeurs-pompiers de Paris édite à son tour une petite brochure sous le titre "La lutte contre le feu- Les feux provoqués par les bombardements aériens". L’ouvrage est en particulier destiné à l'agglomération cherbourgeoise.

Le livret qui est vendu 20 F est également préfacé par le directeur de la Défense passive M. Cazes. L'auteur y détaille les différentes méthodes pour circonscrire un feu suivant la nature de la bombe incendiaire. C'est un ouvrage relativement technique plutôt destiné aux professionnel qu'au grand public.

Pendant l'occupation l'imprimerie "La Dépêche de Cherbourg", qui a son siège au 41 de la rue Gambetta, à la demande du lieutenant-colonel Rendu, directeur départemental de la Défense passive, imprime une notice sur : "L'Organisation générale de la Défense passive dans le département de la Manche."

Cette brochure de 14 pages permet en préambule de connaître l'organisation départementale de la Défense passive : l'organisation de la Défense passive est préparée et réalisée dans chaque département par le préfet avec le concours des maires, en liaison avec l'autorité militaire et sous le contrôle direct du ministère de la Défense nationale qui peut, à dater de la mobilisation, déléguer tout ou partie de ses pouvoirs aux généraux commandant les régions militaires, écrit en exergue l'auteur.

Ce que révèle cette brochure est intéressant au sujet de la couverture sociale des engagés volontaires à titre civil :

- les engagés volontaire des formations de Défense passive qui sont victimes d'accident ou de blessures dans l'exercice de leurs fonctions ou à l'occasion d'une séance d'instruction bénéficient : Des soins gratuits pour le traitement.

- d'une indemnité compensatrice pour incapacité temporaire du travail (Loi du 3 juillet 1941)

- ou d'une pension d'invalidité de victimes civiles de la guerre (Loi du 28 septembre 1941)

- ou d'une pension à ses ayant-droits en cas de décès.

Une rémunération est versée au volontaires pour les services effectués de jour ou de nuit, en dehors et pendant les alertes, que ces services soient assurés, pendant les heures de travail ou en dehors de celles-ci.

On découvre également en feuilletant cette brochure les différentes charges afférentes aux engagés volontaire : les officiers de pompiers et pompiers, ouvriers spécialisés, charpentiers, maçons, terrassiers, couvreurs, plombiers, sont chargés des incendies et des opérations de déblaiement. Les manœuvres de ces professions sont réservés pour les travaux de forces. Les ouvriers gaziers, électriciens et manœuvres sont concernés par l'extinction des feux. Les architectes, ingénieurs, chefs d'équipes, gardien d'abris et manœuvres aux creusements des tranchées. Les professions médicales, brancardiers, secouristes…au service sanitaire. Les ingénieurs, chefs d'atelier, mécaniciens, électriciens, conducteurs d'automobiles de tourisme, camionnettes, camions et cars, sont affectés aux transports. Les téléphonistes, sténo-dactylos, comptables servent dans les bureaux. Une portion de territoire de la commune est réservée, pour une éventuelle intervention, à chaque engagé.

Affiche.

Luftschutz !

Les membres de la Défense passive en service sont coiffés obligatoirement d'un casque (par mesure d’économie, les casques, devenus inutiles, de l'armée française, sont utilisés à cet effet). Ils doivent avoir sur le bras gauche de leur veste un brassard sur lequel est inscrit en gros caractères le mot "Luftschutz" qui se traduit en allemand par "Défense passive".

Ils possèdent en outre une carte attestant leur emploi à la Défense passive. Celles de chef de secteur et de chef d'îlot portent au verso un Ausweis de la Kreiskommandantur les autorisant à sortir la nuit, après les heures de couvre-feux, uniquement en cas de bombardement.

Quand un sinistre se produit, les équipes de secours sont autorisées par l'occupant à sortir après l'heure du couvre-feu, leur brassard servant alors de laisser-passer.

En cas de bombardement, la lutte contre l'incendie est organisée par la Kommandantur.

Au terme d'un bombardement le service sanitaire est chargé de :

- relever les blessés ;

- d'assurer un relais, dans un poste de secours ;

- de transporter les blessés par ambulance ;

- d'effectuer les opérations nécessaires à l'hôpital.

Les secouristes relèvent également les blessés, dégagent ceux qui sont sous des décombres, et aident les brancardiers pour diriger les accidentés sur le poste de relais.

Au mois de septembre 1941, les médecins, sage-femmes, ainsi que les ouvriers et employés de commerce bénéficient à leur tour d'un laissez-passer.

Les Allemands s'en mêlent

Au mois d'avril 1941, le Hauptmann und Kreiskommandant Pascali, qui est bien connu à l'époque, dans la région granvillaise, charge le sous-préfet d'Avranches d'adresser aux maires des chefs-lieux de canton des instructions qu’il vient de rédiger :

- l'emploi récemment multiplié de bombes incendiaires au cours des attaques aériennes ennemies, exige une obéissance scrupuleuse à toutes les mesures destinées à éviter des incendies. L'une des mesures les utiles contre l'incendie dans les immeubles s'est avérée être le fait de débarrasser les mansardes et greniers des matières inflammables. De nombreux cas d'incendie rapides et de dégâts importants par le feu ont été causés par la quantité excessive de matières inflammables rassemblés dans les mansardes et greniers.

« Vous êtes donc prier de charger les maires des communes de veiller à ce que les greniers et mansardes soient débarrassées des matières inflammables qu'ils peuvent contenir et de les rendre responsables. La gendarmerie devra exercer un contrôle, les cas de non-obéissance m'être signalés. Je me réserve personnellement le contrôle. »

Le 23 mai 1941, le préfet de la Manche Gaston Mumber adresse aux maires une nouvelle note de service. Elle concerne les plaquettes incendiaires « utilisées par certaines aéronautiques et aux mesures à prendre pour lutter contre leurs effets ».

Dans ce but, des équipes de recherches et d'enlèvement sont à prévoir par les maires. Une notice d'une page dactylographiée donne des renseignements sur ces plaquettes dispersées à la main (30 000 par avion). Dans les semaines qui suivent, plusieurs notes relatives à ces plaquettes incendiaires sont expédiées aux maires.

Le Militärbefehlshaber en France, par courrier expédié courant août 1941, exige d'être renseigné sur les lancements de plaquettes et sur les incendies qui peuvent en résulter. Maires et gendarmes doivent en informer le Feldkommandanturen dans les plus brefs délais. Pour que l'information remonte rapidement sur Paris, les Allemands et Français concernés sont autorisés à demander au bureau de poste "la priorité en employant le mot de passe « SOS. »

Le Kreiskommandant et le chef dirigeant la Défense passive de l'arrondissement d'Avranches rédigent alors en commun, des instructions à l'intention de la sous-Préfecture d'Avranches et des maires du canton.

Il est souligné que ces instructions concernent en particulier « la Défense passive civile antiaérienne dans le territoire occupé ».

C'est le rappel des mesures qui sont indiquées plus haut avec quelques précisions supplémentaires. Les Allemands tiennent eux-même à surveiller les dispositifs d'alarmes (sirènes, cloches..). L'état d'alerte est provoqué uniquement par les autorités militaires : le tir de la DCA constitue une alerte. Constitue également une alerte tous bruits (clairon, gong) qui pourraient être lancés par des troupes cantonnées. Dans les communes où les soldats allemands ne sont pas présent la responsabilité du déclenchement d'alerte incombe au maire. Souvent ceux-ci entassent sur un coin de leur bureau les notes de services qui s'accumulent au fil des mois. Ils sont cependant obligés de répondre aux différentes requêtes qui émanent de la sous-préfecture. Bien souvent les directives n'ont pas été appliquées à la lettre ce qui n'empêche pas certains maires de déclarer qu'elles ont été concrétisées sur le terrain.

Le sous-préfet doit impérativement faire parvenir le premier jour du mois, à la Kreiskommandantur un rapport relatif à la situation de la défense passive et aux mesures prises.

Le 19 décembre 1941, c'est la Kreiskommandantur 741 implantée à Granville qui donne des ordres par courrier au sous-préfet d'Avranches : dans de nombreux cas, de grands incendies ont éclaté du fait que des bombes incendiaires sont restées fichées dans le toit et que les foyers d'incendie ont été découverts trop tard. Il ne faut pas croire que les bombes incendiaires traversent toujours les mansardes pour n'exploser que dans les étages inférieurs.

« En conséquence, j'ordonne qu'en cas d'attaques aériennes toutes les pièces, en particulier celles contenant des matières inflammables, ne soient pas fermées à clef. De plus après une attaque aérienne, tous les greniers et mansardes devront être soigneusement visitées afin de découvrir les éventuels foyers d'incendie ».

Ce courrier signé par le Kreiskommandant Pascali est en particulier destiné aux directeurs des usines électriques de Vezin et de Ducey ; Aux trois moulins d'Hamelin et à la fabrique Dior qui doivent être avisés au plutôt des présentes prescriptions.

Les occupants rédigent également ce qu'ils nomment « Les ordonnances du Militärbefehlshaber in Frankreich » qui sont publiées au Journal officiel. Les abonnements peuvent être souscrits auprès de toutes les Kommandanturens du Militärbefehlshaber in Frankreich. On ne peut se procurer de numéros séparés qu'auprès des autorités. Prix du numéro 0,10 RM.

Ce journal officiel allemand est un ramassis d'articles et de démarcations de plus en plus draconiennes, notamment en mesure de sécurité, de restrictions, etc.

À part les responsables des services de sécurités et les mairies, peu de services souscrivent un abonnement à ce journal.

Ordonnance allemande.

Les masques à gaz

La délivrance d'un masque à gaz nécessite de remplir une fiche d'inscription avec les mensurations pour déterminer la taille du masque. La Ville de Granville (comme toutes celles du département) fait parvenir à tous les volontaires de la Défense passive une note technique sommaire. Elle concerne la mise en place et l'entretien des masques à gaz qui sont à l'époque conservés dans des boîtes ou dans des sacs en toile.

Au sujet de la conservation du masque, les consignes sont les suivantes :

- l'appareil doit être conservé monté, c'est à dire la cartouche vissée sur le masque.

- placer l'appareil dans la boîte (ou dans le sac), la cartouche au fond, le ruban de suspension en haut. N'introduire aucun objet dans la boîte ou dans le sac.

- le masque doit être placé dans un local sec, peu chauffé, à l'abri du soleil et de l'humidité (dans une armoire par exemple), tout en restant à portée de la main.

- les parties les plus délicates sont celles constituées par du caoutchouc (masque) et par les substances absorbantes ou neutralisantes (cartouche).

- il est formellement interdit, sous peine de compromettre gravement l'efficacité du masque de chercher à démonter une partie quelconque du masque.

- en cas de décès, la famille doit remettre le masque du disparu au bureau de la Défense passive.

Au mois d'octobre 1943, le directeur départemental informe les responsables d'arrondissement qu'il vient de recevoir un stock de masques à gaz (TPT) pour enfants.

Il demande à chacun de faire connaître ses besoins pour cette catégorie.

Chaque membre de la Défense passive reçoit une carte de couleur différente suivant sa fonction. Cette carte nominative est un engagement de la part du possesseur qui s'engage à entretenir avec soin, le masque à gaz reçu et à le soumettre à toutes les vérifications qui seront proscrites pour son bon fonctionnement ainsi qu'a en payer la valeur dans le cas ou conformément au principe posé par le décret-loi du 20/3/1939 ce remboursement était décidé. Dans le cas ou le masque n'aurait pas été payé, il sera rendu en parfait état au service de la Défense passive à la fin des hostilités.

Fiche d'inscription pour un masque à gaz.

La récupération du matériel

Le 22 janvier 1944, Auguste Blin qui réside alors au 29, bis rue du Port à Granville, se voit remettre par un porteur la lettre suivante : « Comme suite à votre désir d'être rayé des cadres du service de la Défense passive, pour raison de santé, j'ai l'honneur de vous informer qu'en donnant satisfaction à votre demande, je tiens à vous remercier pour votre collaboration dévouée depuis le début des hostilités (..) Veillez je vous prie remettre au porteur: Un casque, un brassard, et un passement individuel. » NDL : c’est l’un des très rares courriers consultés qui comporte des marques de satisfactions pour services rendus.

Le 30 avril 1944, le matériel à rendre se vérifie plus complet. Il comporte : un brassard, un casque, une carte de membre de la DP, un pansement individuel, un masque à gaz et l'ordre de réquisition.

Les chefs d'îlots disposent d'un équipement plus important. Georges Billard, qui est pâtissier et chef d'îlot bénéficie de l’équipement suivant : un costume huilé deux pièces, deux garrots, une plaque de chef d'îlot "en bois", un carnet de rapport d'infraction, un sifflet, deux pansements individuels, un plan de l'îlot n° 13, secteur 4, un laissez-passer et une lampe de poche.

Les brancardiers

Le 24 janvier 1944, le directeur de la Défense passive de l'arrondissement d'Avranches, qui est un grand adepte du règlement, adresse à M. Louis Anchier, demeurant au 27, rue de la Houle à Granville, responsable du secteur 4, la lettre suivante : - « Nous avons actuellement une certaine quantité de nouveaux brancardiers et aux exercices d'ensemble, il a été constaté qu'un grand nombre ne savaient pas ouvrir le brancard. Il faudra donc que les présents fassent l'exercice et ne se contentent pas d'assister en amateur derrière l'instructeur. - Le pointage de présence sera fait au fur et a mesure que les brancardiers feront l'exercice. - Les chefs d'îlots assisteront à ces exercices, car ils doivent aussi savoir ouvrir un brancard et le transporter. - Je vous recommande le sérieux de l'exercice. - La séance sera divisée en deux parties : la première comprendra une causerie où seront rappelées les instructions sur le rassemblement, l'importance du rôle que la DP a à jouer, la rapidité de son intervention, pour alléger la souffrance des victimes, l'indication su point de rassemblement et du poste de secours; La deuxième partie concernera un exercice pratique d'ouverture de brancards, chargement du blessé, transport, pose d'un garrot. L'exercice en question s'est déroulé le dimanche 6 février 1944 à 10 h 30. »

Justification des absences

Toute absence de Granville doit être au préalable soumise à l’approbation du directeur urbain de la Défense passive.

Voici un exemple de courrier adressé au mois de juin 1942 à M. Lemoigne, directeur de la Défense passive :

- « Comme je le prévoyais, depuis déjà plusieurs années, je suis obligé de prendre du repos pour raison de santé. À nouveau j'ai vu Monsieur le Dr Vesval, fils, hier à sa visite et malgré une amélioration notoire à la suite du premier traitement suivi, je suis obligé d'en suivre un second et me reposer quinze jours. De ce fait, il en résulte que je passerai cette durée à ma maison de campagne à Saint-Pair, avec de courtes apparitions à mon agence, située à Granville où mon fils me remplacera en permanence pendant mon absence. Pour toutes communications quelconques, je vous serais obligé de bien vouloir vous adresser à mon fils. Croyez… »

Les certificats médicaux affluent au service d'arrondissement où ils sont examinés avec soins.

Cette attestation en est l’exemple : « Je certifie que M. X. devra interrompre son service pendant une huitaine de jours pour raison de santé (rhumatisme, sciatique) A Granville le 9/4/1944. »

Ce document signé par le Dr Lelièvre est alors retourné au médecin dès le lendemain en le priant de vouloir bien indiquer clairement la nature de la maladie.

Nombreux sont également les certificats de complaisance délivrés par des médecins pour permettre à certains habitants de satisfaire nuitamment des activités clandestines sans trop d'inquiétude. En cas d'alerte, ces personnes n'ont pas à justifier leur absence près des occupants qui surveillent constamment les activités des agents de la Défense passive. Ils peuvent alors, grâce aux documents qu’ils possèdent, circuler sans être trop inquiétés par les soldats allemands qui patrouillent et qui, pendant les alertes, sont inquiets de leur destinée.

Le 25 octobre 1943, M. Adolphe Pellerin, agent d'assurances, qui demeure rue de la Houle, et qui fait fonction de brancardier, reçoit du Service de la DP de Granville la lettre suivante : - » À dater de ce jour, toute absence dépassant la durée de la journée doit faire l'objet d'une autorisation accordée par le directeur de la Défense passive de l'arrondissement d'Avranches. En négligeant de vous conformer à cette prescription, vous devenez passible de l'application des sanctions prévues aux articles 12 et 31 de la loi du 11 juillet 1938 (JO du 13 juillet 1938). »

Le destinataire doit attester à réception, par écrit avoir « lu en entier et pris note de l'avertissement ».

Le bon d'autorisation de déplacement, délivré par le directeur urbain de la DP doit être dûment rempli par l'intéressé. Celui-ci indique sa destination et son temps d'absence. Cette pièce doit être remise au bureau de la Défense passive 4, rue d'Alsace-Lorraine à Granville, dès le lendemain de votre retour.

En 1943, les sanctions pleuvent. M. Maurice Boudet, boucher, 154, rue Couraye, qui est requis civil depuis le 16 mai 1942, reçoit le 28 janvier 1943 le courrier suivant de la part du directeur d'arrondissement. - « Vous ne vous êtes pas présenté à la séance d'instruction du 17 courant à 10 h ½ à laquelle vous avez été convoqué.. Votre absence n'ayant pas été justifiée, je vous prie, en application des articles 12 et 31 de la loi du 11 juillet 1938, de vous présenter au bureau de la Défense passive, pour y verser la somme de 15 F à titre de sanction. Dans le cas ou vous ne vous exécuteriez pas dans un délai de 8 jours, je me verrais dans l'obligation de transmettre votre cas à Monsieur le Procureur de la République. »

À l'époque, on ne badine pas avec les textes de loi. Sur le double du courrier qui figure dans le dossier de l'intéressé, le responsable local note avoir encaissé la somme de quinze francs.

Les réprimandes

Le directeur de la DP d'arrondissement programme avec une certaine exagération, tous les exercices d'ensemble de la Défense passive. Il organise régulièrement des causeries à l'intention des chefs de secteurs et d'îlots pour leur rappeler leur rôle et il exige des rapports détaillés sur les entraînements ainsi que les noms des participants.

Il surveille en particulier, tous les cahiers ou sont pointés les noms des présents aux exercices. Rien ne lui échappe.

Voici le contenu de deux lettres expédiées en 1943. La première concerne une jeune fille : - « Vous ne vous êtes pas présentée à l'exercice du 12 mai, vous vous êtes bien fait excuser par une camarade mais je tiens à vous faire savoir que je ne puis accepter cette façon de procéder et que vous ne pouvez manquer aux exercices de la DP qu'en prétextant que le motif était indépendant de votre volonté. J'espère que pour le peu d'exercice que nous faisons faire et l'intérêt de ces derniers vous voudrez bien ne plus manquer à l'avenir. »

La seconde a un caractère familial : - « Comme suite à votre communication téléphonique de ce jour, j'ai l'honneur de vous informer que je ne puis vous autoriser, sur simple coup de téléphone, à ne pas assister à l'exercice du 17 courant. Veuillez à cet effet relire l'article 31 page 8 de votre ordre de réquisition. Il en est de même pour votre fils qui, ne m'ayant pas avisé de son départ est toujours en état de requis et passible de sanctions qui sont prévues à l'article de la loi du 11 juillet 1938 ainsi qu'a l'article 11 de l'ordonnance du 3 avril dernier de Militärbefehlshaber in Frankreich. »

Le 13 avril 1945, un agent de liaison granvillais qui réside route d'Avranches, adresse la lettre suivante à son chef :

- « Je viens faire réponse à votre honorée du 12 avril me disant que je ne me suis pas rendu à mon poste le 6 avril jour où l'alerte a été annoncée. J'ai l'honneur de vous faire savoir que j'étais debout au moment de l'alerte et conformément à votre circulaire du 26 mars, j'étais à mon poste, chez moi, comme l'indique votre circulaire. Certes, après l'alerte je n'ai pas été voir mon chef de poste rien ne s'étant passé d'anormal, de plus n'ayant pas de laissez-passer je ne m'hasarderais pas sur les routes de nuit, de plus je vous ferais savoir que je suis réformé et pensionné à 65 % pour affection pulmonaire, et de vous demanderais de bien vouloir me rayer de la Défense passive, vous avez parmi le personnel que vous avez révoqué un homme qui pourra bien me remplacer. Si il vous faut un certificat médical pour attestation faites moi passer une visite chez le docteur de votre choix et vous serez de suite fixé. »

L'homme n'a pas obtenu satisfaction à sa demande. Ses activités au sein de la DP sont alors suivies avec beaucoup d'attention par le directeur qui ne laisse rien passer. Il pointe régulièrement sur ses registres le nom de l'intéressé avec un crayon rouge.

Le 23 novembre 1942, le directeur de la DP d'Avranches adresse aux chefs de secteurs et d'îlots de Granville la lettre ci-dessous avec charge d'en donner lecture à la prochaine réunion des effectifs placés sous leurs ordres :

- « Il est rappelé au personnel de la DP qu'il est affecté à la Ville de Granville qu'il ne peut s'absenter sans autorisation. Pour le cas de secours à porter dans une localité voisine il est interdit de s'y rendre en secouriste et en curieux, l'attaque dans ces localités constituant un danger pour Granville le personnel de la DP doit se considérer en 'état d'alerte et se tenir prêt à intervenir dans son secteur ou dans un secteur voisin. Lorsqu'une localité voisine demandera le secours du service de DP de Granville, le Directeur est seul qualifié pour juger l'importance de ce secours. À cet effet, il a été constitué une équipe de premier secours qui se réunira au local des pompiers et qui est seule autorisée à quitter la ville avec la voiture sanitaire. »

Les attributions de matériels et les courriers

Le 29 septembre 1943, M. Lucien Le Bail, qui réside au 14, rue de la Houle à Granville, reçoit ce courrier :

- « Je vous prie de passer au bureau de la Défense passive 4, rue Alsace Lorraine pour recevoir : une pile électrique de poche. Prière de vouloir rendre la mauvaise. »

Le 29 février 1944, Mme Marguerite Lechevallier qui demeure au 33, rue des Juifs, est bénéficiaire de la remise d'une paire d'espadrilles. Toutes les remises de matériel, même pour quelques pointes, justifient de la part des receveurs, la signature d'un bon de livraison.

Le 13 juin 1944, M. Georges Delange, pharmacien adresse un courrier au directeur de la DP : - « J'ai l'honneur de vous informer que j'ai perdu mon brassard de défense passive, hier midi, dans le trajet, rue Le Campion, rue Sainte-Marie. Je vous prie s'il est possible de me donner un nouveau brassard en attendant que le mien soit retrouvé. »

En ce mois de juin 1944, nous pouvons soupçonner M. Delange d'avoir confié son brassard à un résistant pour lui faciliter ses activités. C'était à l'époque assez coutumier.

Au début de l'année 1944, le responsable local de la PC connaît des problèmes de stockage de matériel. Il en informe le préfet en ces termes :

- « Le local que la ville de Granville avait mi à notre disposition pour le rangement des masques à gaz que nous avons en stock vient de nous être repris et comme elle ne dispose d'aucun autre local remplissant les conditions requises pour le rangement de ces masques nous avons été dans l'obligation de louer un rez-de-chaussée libre. En conséquence j'ai l'honneur de vous prier de bien vouloir nous accorder un crédit annuel de 1 700 F pour le règlement de cette location à dater du [[1er avril|1er avril prochain. »

Le chef de la DP locale doit assurer dans la limite de ses moyens la fourniture de matériel. Le 9 septembre 1943, M. Eugène Martin, qui réside au 146, route de Coutances, reçoit un bon pour faire l'acquisition de deux écharpes en toile pour être mises à disposition du secteur 3.

Le 6 novembre 1943, en qualité de « cycliste », on lui attribue un bon pour qu'il puisse faire l'acquisition d'un pneu de bicyclette.

Le 6 juin 1944, une date inoubliable, deux autres bons sont délivrés. L'un à M. Joseph TroêlL pour l'attribution d'une pile de poche et l'autre à Mlle Berthe Tondu pour une paire d'espadrilles.

Le 9 février 1944, M. Duclos se voir remettre par porteur, en guise de condoléances la missive suivante : - « Veuillez, je vous prie, remettre au porteur le matériel de Mlle Duclos Hélène, 40, rue de la Houle, décédée : un ordre de réquisition, un casque, un brassard, un pansement individuel. »

Le responsable local ajoute en conclusion : - « Monsieur le Directeur de la DP de l'arrondissement d'Avranches adresse à ses parents ses remerciements pour les concours de Mlle Hélène Duclos à bien voulu apporter à la Défense passive. »

Sur le double du courrier on peut lire : manque l'ordre de réquisition !

M. Blouet, qui réside alors rue Pigeon-Litan, a aussi des démêlés avec le directeur d'arrondissement. Par porteur, il reçoit cette lettre : - « Je vous ai réclamé le matériel que la DP vous avait confié. Je vous l'ai fait réclamer par le commissaire de police et vous n'avez pas encore voulu répondre. Je vous invite pour la dernière fois à rapporter votre matériel au bureau de la DP 13 rue Clément-Desmaisons en vous donnant un délai de 4 jours, c'est-à-dire jusqu'au 10 courant à 18 h. Passé ce délai, je déposerais une plainte contre vous entrent les mains de M. le procureur de la République à Avranches. »

Le matériel a été rapporté par un voisin de la famille pour éviter une procédure que le directeur d’arrondissement n’aurait pas hésité à engager.

Un prospectus publicitaire pour la vente de matériel destiné à la DP.

La couverture sociale.

Le personnel de la Défense passive, à tous les échelons, bénéficient de la couverture sociale moyennant une retenue sur les indemnités perçues.

En 1943, on trouve en service deux cartes d'assurances sociales : l'une émane du secrétariat d'état au travail (carte de couleur beige) et l'autre de la Caisse primaire départementale des assurances sociales de la Manche (carte bleue)

Le 4 avril 1945, M. Lemoigne réceptionne de la part d'un Granvillais, une lettre à ce sujet : - «  Monsieur Caignard m'a remis une carte d'assurance sociale. Je suis surpris de cette remise, entendu que j'ai un revenu supérieur à 42 000F. Je vous demande de bien vouloir me faire rayer de vouloir bien faire le nécessaire pour le remboursement des sommes retenues indûment. »

Les déclarations d'accidents au sein de la Défense passive font l'objet d'un questionnaire : identité, fonction au sein de la DP, raisons et nature de l'accident. Il est nécessaire de produire des témoins et un certificat médical. C'est le directeur urbain qui se charge d'indemnisé par mandat le blessé.

L'implantation des ouvrages de protection

Le 25 août 1942, une demande de bons de matériaux est sollicitée pour édifier des tranchées place Pléville, à proximité du port. Le 22 septembre suivant, 135 m3 de pierre sont attribués pour la réalisation des travaux ainsi que 175 sacs de chaux et autant de ciment. Un bon complémentaire est délivré quelques jours plus tard pour l'obtention de 10 m3 de bois nécessaires pour la couverture de l'abri granvillais.

En août 1943, M. Lemoigne, directeur de la DP, pour la réalisation d'une tranchée abri, sollicite un devis de l'agence locale de la Société de travaux publics et bâtiment (STPB). Cette entreprise a son siège à La Garenne-Colombes.

Le coût du mètre linéaire est chiffré par l’entreprise à 2 500 F. La STPB attire l'attention du commanditaire sur les faits suivants : - « Nous vous signalons que, d'après les renseignements fournis par l'Union commerciale de Granville il serait très difficile d'obtenir la chaux nécessaire par les moyens ordinaires. Il sera probablement nécessaire d'obtenir un bon de priorité, de même que pour la fourniture des bois de couverture, pour lesquels des bons de matières seront indispensables. »

En 1943, régulièrement, le maire de Granville, comme l’effectue également la majorité de ses collègues de l’Ouest de la France, rappelle par des communiqués et des avis dans la presse locale, les consignes de sécurité en cas d'alertes.

Il est recommandé de fermer les compteurs d'eau de gaz et d'électricité, d'ouvrir les portes et fenêtres toutes grandes et de gagner dans un laps de temps de 10 minutes les abris, tranchées ou de se disperser à l'extérieur de la ville. À cet effet, les habitants du quartier de la Chapelle, de la gare, de la rue Couraye gagneront les herbages situés sur la route de Villedieu ;

- Le quartier de la Houle, sur la route d'Avranches ;

- Les quartiers du Hérel et de l'Abattoir, sur la route de Saint-Pair qui longe la côte ;

- Les quartiers de la Falaise, à droite et à gauche de la route de Coutances se rendront à Donville ;

- Les quartiers situés autour du Pont-Jacques se rendront aux abris aménagés sous les chantiers de l'Union commerciale ;

-Les quartiers des Moulins se rendront dans le Val-es-Fleurs.

- Pour la haute-ville et le port, il existe un abri pour 250 personnes sous la place de l'Isthme, un abri de 80 personnes sous le terre-plein du musée (entrée par la cour du musée) ; Un abri pour 40 personnes dans la rampe du port ; Les habitants de ces quartiers pourront également se disséminer sur les deux promenades du Nord et du Sud.

- Pour les maisons ayant des caves susceptibles de servir d'abri, les habitants se rendront dans ces caves en ayant pris soin d'y approvisionner pelles et pioches.

Autres consignes d'ordre général : vider les greniers et recouvrir le plancher de 5 centimètres de sable; creuser des tranchées dans les jardins ; ne pas toucher aux engins non explosés et aviser le commissaire de police de leur position.

Le 29 novembre 1941, il est demandé aux maires des villes de désigner impérativement un chef d'immeuble pour chaque maison.

En 1942, les demandes de renseignements de tous genres affluent dans les services locaux. Ils émanent du responsable départemental de la Défense passive.

Voici un exemple de documents et renseignements que doivent fournir les maires des chefs lieux de canton au mois de juillet 1942 :

- plan de la commune.

- limites des secteurs et îlots.

- situation des postes de commandement du Directeur et des chefs de secteurs.

- emplacement des abris, caves aménagées et des tranchées avec le nombre de places prévues.

- situation des postes de secours.

- lieux de dépôts du matériel d'incendie, et des extincteurs et du matériel sanitaire.

- emplacement des bouches d'incendies ou des points d'eau.

- emplacement des postes téléphoniques avec N° du poste de commandement.

- emplacement de l'hôpital.

Les maires des chefs lieux de canton des départements normands sont invités à répondre dans le plus bref délai à ce questionnaire. Cette exigence est également de rigueur sur l'ensemble du territoire occupé par les envahisseurs.

L'état numérique du personnel est aussi sollicité en ce qui concerne les chefs de secteurs, d'îlots, des groupes de secours, des agents de liaison, brancardiers, infirmiers, ambulanciers, police et personnel affecté aux transports. A Granville le 10 juillet 1942, 234 personnes sont "mobilisées" pour la Défense passive.

L'effectif du personnel de la Défense passive à Granville se partage comme suit : six chefs de secteurs, 32 chefs d'îlots, 97 brancardiers, 11 agents de désinfection, 5 chefs d'abris, 25 auxiliaires de police pour le service d'ordre, 17 conducteurs d'ambulance, 2 conducteurs de voiture sanitaire, 2 de liaisons par voiture, 5 pour liaison par cyclistes, 23 infirmiers et infirmières, 5 téléphonistes et 4 préposés à sonner le tocsin, soit 234 personnes.

À ce chiffre il convient d'ajouter : le directeur de la PC, sa secrétaire, et quelques mouchards qui sont sollicités pour s'intéresser aux activités parallèles des « mobilisés. »

À Granville, comme dans beaucoup d'autres villes et communes, une petite poignée de délateurs se montre coopérant. L'un d'eux était encore actif, sur la place de Granville, au mois de juin 1944. Le 28 juillet de la même année, il lui est décerné un certificat attestant de ses bons services au sein de la Défense passive !

En ce qui concerne les pompiers qui servent à Granville, sous les ordres de Louis Delaisse, l'effectif est de 42 sapeurs. Ils sont tous des volontaires.

Les « soldats du feu » disposent pour les interventions : d'une moto-pompe de 70 à 80 m3, d'une autre de 70 m3 et d'une pompe d'épuisement de 30 m3 et d'un petit canon mousse. Cet équipement se complète par la suite avec une échelle de 22 mètres, 1 700 m. de tuyaux de 70 m/m, 630 m de 45 m/m et 10 extincteurs pour moitié de 7 litres et de 5 litres.

Le 24 avril 1942, la population granvillaise est informée par la presse qu'il existe trois postes de secours à sa disposition : Le premier au dispensaire de la place Cambernon, le deuxième au 1, rue du Commandant-Yvon et le troisième au dispensaire des sœurs de la Miséricorde, rue Tardif. Éventuellement, les personnes légèrement blessées au cours d'attaques aériennes sont invitées à se rendre à pied à l'un de ces postes pour y recevoir des soins.

Avant le mois d'avril 1941, de place en place, des tas de sable, sont mis à la disposition des résidents Granvillais pour assurer leur protection contre les effets des bombes incendiaires. Entre le 21 et le 26 avril de cette même année, la mise a disposition de sable subit des modifications.

L'après-midi, dans les îlots concernés une camionnette s'arrête dans chaque rue tous les 100 m environ et les habitants sont invités à venir faire provision de sable.

Les chefs d'îlots veillent à une répartition équitable et remplissent éventuellement les récipients qui sont placés devant les immeubles en l'absence de leurs occupants.

Les îlots

À Granville, les îlots 5, 8, 9 et 12 ont pour limites : la plage et le casino, la rue Paul-Poirier, côté impair, la rue Couraye, côté impair, l'avenue de la Gare, le Val-ès-Fleurs, l'hôpital et le quartier de la Falaise. Ils sont pourvus d'abris où les gens doivent se rendre impérativement en cas de nécessité.

Voici la composition de l'équipe pour les îlots cités ci-dessus : chef de secteur Quersonnier (2 bis bd d'Hauteserve); chefs d'Ilots MM. Trouble (12 rue Jules-Michelet), Garnier (125 rue Couraye), Hédouin (rue Clemenceau), Pieau dit Francis (2 rue Jules-Michelet); les brancardiers MM. Caraës (13, rue Clément-Desmaison), Boiteau (rue de la Falaise), Catherine, Léon, Marcel et Michel Duchemin (47, route de Coutances) et Jean Fichepoil (20, rue Paul-Poirier).

Pour les membres de la Défense passive, en cas d'alerte le lieu de rassemblement est le commissariat de police.

Les alertes

Suivant les conseils des occupants, dès leur arrivée dans le Sud Manche, les alertes sont annoncées dans la majorité des cas par les sirènes ou par la sonnerie du tocsin. Cependant au début du mois de septembre 1941, l'occupant décide qu'il ne doit plus être fait usage des sirènes en cas d'alerte. Il craint les coupures de courant en particulier.

Le directeur urbain de la DP adresse en date du 19 de ce mois un courrier a tous les chefs de secteur pour les informer de cette décision. M. Bernard Josseaume, responsable de secteur reçoit la lettre reproduite ci-dessous :

- « ...Vous serez avisé de l'état d'alerte par communication téléphonique venant du commissariat. Dés réception, vous alerterez MM. Lemoigne, Lutran et Trouble. Vous rejoindrez le commissariat de police votre tournée terminée. Les cyclistes de liaisons seront avisés par la suite des instructions qui seront données. »

Les tâches administratives

Elles sont nombreuses à l'époque. Les demandes de renseignements arrivent de partout. L'envoi de convocations et la rédaction des rapports demandent beaucoup de travail de la part des services de secrétariat.

Il faut également régler les factures de fourniture de matériaux.

Le personnel permanent est indemnisé en fonction du nombre de vacations qu'il effectue. Au mois de mars 1943, M. Marius Nicolas, (Hôtel de France à Avranches) qui fait fonction de directeur urbain, pour cinquante-six vacations perçoit 672 F (12 F par vacation.) Sa secrétaire Juliette Terrée, qui demeure 89, rue du Maréchal-Pétain à Avranches, reçoit pour 108 vacations 920 F, soit 8,50 F par vacation. Elle subit un prélèvement de 36,80 F pour sa part de cotisation aux assurances sociales.

Après le débarquement, se sont des attestations qui sont sollicitées. Le responsables de la Défense passive ne rechignent pas à les rédiger.

Le 10 octobre 1944, la secrétaire d'arrondissement rédige la lettre suivante destinée à M. Lescouzeres, propriétaire d'un restaurant à Granville.

- « Je soussigné Lemoigne, directeur de la Défense passive de l'arrondissement d'Avranches, certifie que l'établissement de M Lescouzères, voisin du bureau de la Défense Passive, est le seul qui soit par autorisation de Monsieur le maire de Granville, resté ouvert pendant la période des bombardements pour servir de popotte au personnel de la Défense passive et que pendant toute cette période ni moi, ni le personnel de la Défense passive n'avons vu d'Allemand dans cette maison, sauf cependant le jour de leur départ où M. Lescrouzères a fait rentrer chez lui 21 militaires pour les désarmer et les garder comme prisonniers et les remettre aux autorités américaines. » M. Charles Lescrouzères est alors débitant au 11, rue du Docteur-Letourneur à l'époque. Il a été requis civil le 10 juin 1942.

Les dames de ces messieurs… causent des soucis

Pendant l'occupation, quelques femmes fraternisent avec l'occupant et bénéficient ainsi de passe-droits.

Le 19 mars 1942, M. Boullay adresse un courrier au responsable de la DP à Granville.

- «  Je vous prie de bien vouloir prendre bonne note du fait que la chambre du 1er sur la rue de ma maison sise rue des Juifs et réquisitionnée et occupée par une personne au service de l'armée d'occupation. En conséquence, je ne puis être tenu pour responsable des infractions aux ordres dont cette personne pourrait se rendre coupable puisque sa présence chez moi m'est imposée et tout à fait indépendante de ma volonté. » »

Dans le bas de la lettre, le responsable de la DP indique au crayon l'identité de cette femme.

Dans le quartier d'Hacqueville, à Granville une autre dame reçoit beaucoup et en particulier, un officier allemand haut gradé. La maison où loge provisoirement la dame fait l'objet d'une surveillance rapprochée de l'occupant à l'instigation de son amant. Les voisins ne sont pas tranquilles et encore moins, un patriote qui réside non loin de la belle. Celle-ci quitte les lieux quelques jours avant l'arrivée des soldats américains.

Cette situation occasionne également en son temps, un compte rendu de la part du chef de secteur.

Sur le rapport le mot confidentiel est inscrit au crayon rouge sur le haut de la page coté gauche. Une annotation faite au crayon, mais presque effacée laisse apparaître trois lettres qui font penser que l'amant de cette demoiselle est le commandant de la Kommandantur locale. À Cherbourg et Tourlaville, plusieurs situations identiques posent problèmes aux responsables de la Défense passive qui ne peuvent faire de remontrances à ces dames et encore moins aux occupants qui profitent de leurs charmes.

Les équipes de déblaiements

Le maire de Granville, M. Godal, sous la pression de l’occupant est appelé à prendre des décisions pour organiser les secours aux victimes et instaurer des services d'étaiement et de déblaiements.

En ce qui concerne la Défense passive, sous la direction de M. Lemoigne, c'est elle qui prend l'initiative des premières opérations pour secourir et rechercher les victimes. Elle assure temporairement la lutte contre l'incendie et effectue les étaiements provisoires et démolitions urgentes.

Le service des Ponts et chaussées que dirige M. Dutertre, ingénieur TPE, a la charge d'assurer ou de rétablir la continuité de la circulation sur les routes nationales, les chemins départementaux et les voies urbaines de la Ville de Granville. Ce service effectue également les déblaiements et d'étaiement.

L'ingénieur dirige et contrôle les travaux de déblaiements et étaiements de même que ceux qui concernent les travaux de réparations des différentes canalisations et conduites.

Le secteur n° 1 (la Haute-Ville) reste sous le contrôle des autorités allemandes.

Les autres secteurs sont placés sous la responsabilité des chefs de secteurs. MM. Levrague pour le 2, Martin pour le 3, Anchier pour le 4, Caignard pour le 5.

Chaque secteur dispose de douze brancardiers, une infirmière et quatre auxiliaires de police.

En ce qui concerne la voirie, le personnel des Ponts et chaussées et celui de la voirie municipale sont concernés. Du personnel est susceptible d'être réquisitionné au sein des entreprises de travaux publics : STPB, Ets Godal, entreprise Le Joly et près de OCIA, qui a son siège à Donville.

Les équipes des services concédés : gaz, électricité et ozone (eau) sont aussi intervenants en cas d'alerte. En cas de bombardement, le chef d'îlot doit remplir un questionnaire qu'il doit faire parvenir à son chef de secteur le plus rapidement possible en faisant appel à l'estafette cycliste.

Il lui faut indiquer où la bombe est tombée, le nombre de blessés, les besoins en brancardiers, brancards, infirmières, voiture sanitaire et camionnette. Préciser si le bombardement provoque un incendie, dans quel immeuble. Est-il effondré ? Faut-il une équipe de déblaiement d'étaiement ? Quelles sont les canalisations coupées : eau, gaz, électricité ? Pour les transports d'outillages réquisitionnés près de la STPB, de la Ville de Granville et pour une autre part propriété de la Défense passive, six camions (gazogène) sont à disposition de la Défense passive. Ces véhicules qui également font l'objet d'une réquisition sont la propriété de MM. Riquier, Chatel, Eono, Godal, de la Société cherbourgeoise de cabotage et des services municipaux qui disposent à l'époque d'un camion-benne.

Dans le courant du mois d'août 1942, tous les artisans reçoivent un courrier de la DP leur demandant de dresser la liste des outillages qu'ils disposent pour des opérations de déblaiement. Le 5 septembre, M. Pierre Lemare, artisan plâtrier, résidant 33, rue Saint-Jean, répond : « Je possède une pelle ronde, une pelle carrée et une pioche sans manche. »

M. Doso, qui a son entreprise de bâtiments 16, rue Sainte-Marie, après réquisition de son matériel de terrassement ainsi que de son camion, obtempère aux ordres mais avec la réserve suivante qu'il formule par courrier: « Je ne demande pas mieux que de me rendre utile en cas de sinistre mais pour cela, il me faut en réserve, essence, huile et graisse pour sortir mon camion et pour assurer le transport du personnel et du matériel nécessaire pour intervenir. »

Le 15 septembre 1942, M. Godal, entrepreneur à Granville, reçoit le courrier suivant du directeur d'arrondissement de la Défense passive :

- « J'ai l'honneur de vous informer qu'en cas de bombardement vous devez constituer une équipe composée d'ouvriers spécialisés charpentiers, avec tout leur matériel: Pelles, pioches, scies, crics, cordages, etc. y compris vos moyens de transport pour procéder au déblaiement des immeubles sinistrés et permette le sauvetage des victimes. En conséquence, prière de vouloir bien désigner les ouvriers composant cette équipe et établir une consigne précisant son rassemblement à votre chantier aussitôt après ma chute des bombes ou le retentissement du tocsin. »

En 1943 à l’instigation du directeur d'arrondissement de la DP tous les quincailliers sont invités à fournir, en vue d'une réquisition, la liste complète du matériel de déblaiement qui est en stock en magasin. Le préfet n'est pas opposé à réquisitions à condition que le matériel qui sera utilisé soit facturé. « Ce qui restera à l'état neuf sera rendu à la fin des hostilités. »

M. Henri Julienne, propriétaire d'une quincaillerie, et qui commercialise également du charbon, de l'épicerie et de la graineterie, au 6, route d'Avranches à Granville répond par courrier que la totalité de son stock a été réquisitionné en 1940. La majorité de ses concurrents sont dans la même situation. Ceux qui disposent encore d'un peu de matériel acceptent la réquisition à condition d'avoir en échange de la monnaie-matière ce qui pose un nouveau problème à l'administration de la DP.

Au mois de février 1944, des caisses d'outillages pour les équipes de déblaiements sont constituées. Celles destinées aux charpentiers sont composées avec : une scie égoïne, une scie à métaux, 3 lames de scies à métaux, une hachette, deux ciseaux à bois de 40, un marteau de charpentier, un gros marteau, deux manches de tarière, une mèche de 20 et une de 22, une clé à molette et un arrache-clous.

Pour les maçons, la caisse renferme : une massette, une masse, une truelle, quatre pointerolles, 2 grosses pointerolles, un burin et une barre à talon.

Le 24 mai 1944, M. Dutertre, ingénieur des Ponts et chaussées à Granville, fait remarquer au directeur de la Défense passive local que ses agents, "en cas de bombardement ne pourront être partout à la fois au même instant."

En conséquence de quoi, il propose une liste de personnes compétentes pour organiser des équipes de déblaiements de la Défense passive. Pour la commune de Donville, M. Nillus, architecte. Pour Granville, MM. Leboucher, Chatel, architectes, MM. Dubern, Delaisse, Massard, Clainche, Brutinot, Dosso, Le Joly, Lapie et Beaumont, entrepreneurs. Pour la commune de Saint-Jean-le-Thomas, M. Peguenet, architecte.

Note du sous-préfet au sujet de la défense passive.

Les réquisitions de voitures

Les Allemands interdissent la circulation des véhicules automobiles qui sont propriété de particuliers. Certaines voitures sont réquisitionnées par l'autorité occupante et disposent à cet effet d'un "ausweis" pour circuler à la demande des services pour lesquels ils sont affectés.

Au début janvier 1941, le préfet demande sous le couvert de l'autorité allemande, à l'ingénieur des Ponts et chaussées départemental de préparer un plan de rassemblement des véhicules. Tous les véhicules, non pourvus d'aucun permis de circuler, sont concernés.

Un ordre de priorité est dressé : les camions bâchés, les plates-formes, les camionnettes et les voitures de tourisme. Certains véhicules sont déjà réquisitionnés par la Défense passive, d'autres travaillent pour les autorités allemandes ce qui réduit la disponibilité. Les chauffeurs, deux par voitures, sont désignés dans le même temps.

Dans la liste établie des véhicules, plusieurs ne sont pas en état de rouler pour diverses raisons : mauvais état de la mécanique, pare-brise en très mauvais état, pneus détériorés, batterie usée, etc. Sur Granville, moins de 50 véhicules sont susceptibles d'être réquisitionnés. Nombreux sont les propriétaires qui trouvent toujours des prétextes par la suite pour que leur véhicule reste immobilisé par manque de pièces.

Sur l'ensemble du département, plus de quatre-vingts véhicules sont volontairement mis hors d'état de rouler par leur propriétaire. Comme par miracle à la Libération, ils roulent au profit des résistants.

Vers la fin du mois de mai 1941, les autorités allemandes modifient les conditions d'éclairage la nuit des véhicules. Les conducteurs ne peuvent utiliser "que leurs projecteurs « code » munis soit d'un dispositif utilisé par l'armée allemande, soit de l'appareil amovible « Cordier DPR 52. »

Au début du mois de novembre 1941, le directeur urbain de la DP de Granville marque sa surprise près de l'Ingénieur des Ponts et chaussées. Il vient de constater qu'il n'y a pas de voitures susceptibles d'être réquisitionnées pour le transport du service de secours, dans les communes de Donville, Yquelon, Saint-Nicolas, Bouillon, Saint-Planchers et Saint-Aubin-des-Préaux. « Il est absolument nécessaire qu'il y ait au moins une voiture dans chaque commune, pour le transport du personnel de sécurité et de l'outillage. »

Dans la campagne, de nombreuses voitures sont dissimulées par leurs propriétaires, sous un tas de foin entreposé dans une grange. De cette manière, elles échappent aux réquisitions. A Cuves, dans le sud-Manche, un propriétaire cache la voiture d'un commerçant, sous un tas de bois, dressé pour la circonstance dans la cour de la ferme.

Par courrier le 10 novembre 1941, l'ingénieur départemental en chef Fleury, du service des Ponts et chaussées, suite à une demande du directeur urbain de la DP qui se préoccupe de nouveau du fonctionnement des transports du service de sécurité apporte la réponse suivante :

- « Je dois d'abord vous faire observer que le service de sécurité est un service créé à la demande de l'autorité allemande d'occupation en exécution de l'ordonnance allemande du 4 janvier 1941 et qui est à la disposition de l'autorité allemande d'occupation. Ce service de sécurité d'après les instructions de la Feldkommandantur 722, est destiné à faire disparaître rapidement les effets de détresse locale ou régionale résultant de tempête, de grande crue, de débâcle, d'accidents de chemin de fer, d'attaques d'avions contre des ponts ou d'autres misères analogues. Il n'a pas été prévu que ce service était à la disposition de la Défense passive et la défense passive doit être organisée indépendamment du service de sécurité. C'est pourquoi M. le préfet a donné des instructions aux maires pour qu'ils se mettent d'accord pour la désignation des véhicules à utiliser, pour la Défense passive avec l'ingénieur en chef des Ponts et chaussées. Cet accord a pour but d'éviter que les véhicules à réserver pour la Défense passive soient compris dans l'échelon "A" du service des transports de sécurité, c'est à dire parmi les voitures qui risquent d'être appelées le plus souvent dans le moindre délai. »

L'ingénieur département demande que le directeur de la Défense passive contacte M. Lefort, adjoint technique des Ponts et chaussées à Granville, pour avoir connaissance des voitures nécessaires à la Défense passive. Il promet de donner son accord « et de faire part de mes observations dans le moindre délai ».

Le directeur de la Défense passive doit se plier, à contre cœur à cette exigence. C'est la seule manière pour que les véhicules dont il a besoin soient réquisitionnés pour les besoins du service, par le biais du service des Ponts et chaussés qui a compétence dans ce domaine. Le directeur urbain de la Défense passive vexé de n'avoir pas son mot à dire, titille l'adjoint technique des Ponts et chaussées M. Lefort. Il veut obtenir en communication « pour chaque commune » le nom des propriétaires des véhicules réquisitionnés et le lieu de rassemblement prévu en cas de nécessité. Il ajoute que : « s'il se trouve parmi les voitures réquisitionnées, des véhicules n'étant pas autorisés à circuler, ils devront se trouver en permanence en ordre de marche, réservoir plein et accus chargés. Au bas de la lettre la formule de politesse est choisie: "Veuillez agréer, Monsieur, mes civilités distinguées. »

M. Lefort, qui manifestement en a assez, répond au courrier le jour même. Il précise au directeur urbain de la DP que les propriétaires des véhicules réquisitionnés ne sont pas en possession de consignes particulières, en cas de rassemblement. Que la liste des véhicules pourra lui être communiqué pour que vous puissiez en prendre copie si vous le jugiez utile et de conclure en soulignant que le courrier qu'il a reçu aurait dû être adressé plus utilement à M. l'ingénieur en chef des Ponts et chaussées à Saint-Lô où un service spécial a été organisé.

Le mois suivant le 13 novembre 1941, le préfet Mumber adresse au maire de Granville, six ordres de réquisitions de véhicules. Ils sont accompagnés des consignes afférentes pour ce qui concerne les conducteurs qui sont à la disposition de la Défense passive. A noter que certains chauffeurs en résidence à Granville ont ordre de se rendre à Folligny "dans le cas d'un bombardement important" de la gare.

Le 3 août 1942, le directeur d'arrondissement de Protection civile, adresse un courrier à certains propriétaires de voitures qui sont à la disposition des services de secours qu'il dirige :

- « Par suite de la pénurie d'essence, la direction départementale a décidé de supprimer les voitures n'étant pas autorisées à circuler.

En conséquence, j'ai l'honneur de vous informer que vous ne faites plus partie du personnel de la Défense passive et je vous prie de vouloir bien rapporter au bureau de la Défense passive 6, rue Lecarpentier: Un casque, un brassard, un pansement individuel, une carte de membre de la DP et une lampe électrique de poche. En vous remerciant du concours que vous avez bien voulu apporter à la Défense passive. »

Des bons d'essence mais également de fournitures diverses sont délivrés uniquement par le directeur de la Défense passive de Saint-Lô « pour le bon fonctionnement du parc automobile »?

Pour le remplacement d'une batterie, sur une camionnette affectée au service des ambulances, un bon de 64 kilogrammes de plomb s'avère indispensable. De même qu'il faut un autre bon pour obtenir 4 litres d'huile pour effectuer une vidange.

Le 8 février 1944, sur ordre de la Feldkommandantur de la Manche, tous les propriétaires de voitures, non autorisées à circuler, doivent remettre à la mairie de leur chef-lieu de canton les pneus, chambres à air et batterie des véhicules. Evidemment à quelques exceptions près c’est du matériel usagé, voir inutilisable qui arrive en mairie.

Le 6 juin 1944, la Feldkommandantur départementale, qui sent le vent venir, fait placarder un avis de réquisition pour que tous les carburants liquides et les matières destinées au graissage soient déposés en mairie de suite.

De nombreuses boîtes de graisses contenaient du sable, seul le dessus de la boite était préservé de cet ajout. Parfois, des pierres de sucre ont été ajoutées au carburant avant que les occupants en prennent livraison.

Les ambulanciers

Un parc d'ambulances est organisé dans chaque ville. A Granville en plus de l'ambulance de la Défense Passive, et du corbillard des Pompes funèbres ! Quatre autres véhicules à gazogène ou à essence, propriétés de MM. Lemoigne, Legue, Chatier, Mahé, Meniger, Ast, Prost, Lapie et de l'alimentation granvillaise sont affectés en cas de besoins au service de la Défense passive « avec mise à disposition d'un chauffeur. »

Le 14 octobre 1943, M. Grosse, chef des brancardiers, adresse un courrier aux propriétaires des voitures pour stipuler que : « Les propriétaires des voitures doivent en cas de chute de bombes ou d'alerte par tocsin venir se ranger sous les arbres du cours Jonville près du commissariat de police ».

Le 26 avril 1944, Mme Henriette Borderie, demeurant au 26 de la rue Couraye, conductrice-ambulancière, reçoit un ordre de mission : « Vous voudrez bien vous trouver, avec la voiture sanitaire, le jeudi 27 avril 1944 à 14 heures à la gare de Granville pour transporter des blessés évacués de Cherbourg sur l'hôpital de Granville. Vous trouverez à la gare les brancardiers Julienne et Vesval. Vous mettre en tenue réglementaire. »

Dans le dossier de Mme Borderie, on trouve quelques blâmes pour :

- une absence de plusieurs jours, sans remettre au préalable les papiers du véhicule au bureau de la Défense passive.

- pour être sortie avec le véhicule sans ordre de service du directeur de la Défense passive "lui-même".

- la voiture n'a qu'un garage, celui de la Défense passive.

- « Veuillez prendre note qu'à partir de ce jour (11 avril 1945) le service de la Défense passive ne paiera plus les déplacements de la voiture sanitaire. En conséquence, les personnes qui utilisent cette voiture auront à vous payer vos heures. A titre d'indication : la Défense passive payait vos sorties à raison de 15,20 F de l'heure. »

M. René Clouet, demeurant 14, rue Clément-Desmaisons, conducteur d'ambulance pour le secteur 5, est invité en ce qui le concerne à : « Ne pas sortir avant le tocsin ». Il lui est précisé ce 5 décembre 1941 qu'il doit se rendre impérativement chez M. Lapie Robert, 8, rue Alsace-Lorraine « pour attendre des ordres ».

Les infirmiers

Ils sont relativement nombreux dans les différentes localités importantes et secteurs. Chacun dispose d'un brassard, d'une lampe électrique et d'une musette renfermant : 10 passements individuels, 5 garrots, 25 grammes de coton hydrophile et 5 ampoules de teinture d'iode, 6 épingles doubles, 2 morceaux de bois pour les garrots et une paire de ciseaux.

Les chefs de secteurs au mois de juin 1943 reçoivent un livret édité par la Croix rouge : "Aide-Mémoire des secouristes de la Croix rouge française." Illustré de croquis, cet ouvrage est destiné à la remise à niveau des secouristes au cours des exercices programmés par le directeur de la DP.

Dès le 29 novembre 1939, Mme Cécile Giovanoli, qui a vu le jour à Paris le 1e janvier 1889, après une visite médicale, au cabinet du Dr Ollivier, médecin chef de l'hôpital de Granville, est déclaré apte, pour servir dans la Défense passive. Elle signe un engagement puis est promue aussitôt, « infirmière major pour le temps des hostilités » .

À noter que les infirmières disposent régulièrement, à leur demande, de bons pour s'approvisionner en espadrilles. Ces chaussures ne doivent être utilisées que pour les besoins du service.

Dans les différents postes de secours des couvertures sont mises à la disposition des infirmières et brancardiers. Chaque sortie de matériel du poste, même en cas d'alerte, doit être justifiée par un bon.

Les consignes liées aux infirmiers et brancardiers sont les suivantes en cas de bombardement ou de mitraillage :

- « Les blessés sont apportés par les brancardiers jusqu'à la porte du poste de secours et repris par les brancardiers du poste, pour les manœuvres dans l'intérieur. Tous les blessés attendent dans la salle d'attente. « Les blessés sont mis sur la table où la vérification des passements est faite par le médecin. Ils sont libérés dès que les passements ont été retirés et ils sont renvoyés à leur point de rassemblement. Tout le matériel provenant des pansements sera récupéré pour être ramassé le lendemain et être rendu aux propriétaires » (!)

En 1942, de nouvelles bombes et plaquettes incendiaires

À la suite d'une circulaire, concernant la protection des récoltes et forêts, contre les engins incendiaires, les maires, gendarmes, policiers, et gardes sont informés par le Préfet Mumber, le 12 juin 1942 de l'utilisation de nouveaux engins incendiaires, « employés par certaines aéronautiques ».

Il s'agit de bombes au magnésium qui se présentent sous la forme « d'un prisme hexagonal de 54 cm de longueur et de 42 m/m de largeur. Leur poids est de 1,700 kg » et leur combustion d'un quart d'heure environ. Ces nouveaux engins sont combattus avec de l'eau ou du sable.

D'autres bombes au phosphore d'un type nouveau comportent : « un corps cylindrique en fer de 40 cm de longueur, 12 cm de diamètre – peinture marron, bande rouge -. Elles pèsent une dizaine de kilogrammes ».

Ces bombes « à fausse ogive et empennage en tôle » dégagent une fumée abondante, malodorante « et non dépourvue de nocivité ». Le préfet expose que ces nouveaux engins ont des effets incendiaires importants. « Le phosphore non brûlé s'allume spontanément à nouveau chaque fois qu'il est remis au contact de l'air ».

C'est à cette époque que les alliés font usage de nouvelles plaquettes « plus volumineuses et plus dangereuses (…) elles sont formées de deux plaquettes en celluloïd de 10 cm sur 10 cm entre lesquelles se trouve une composition à base de caoutchouc. La mise à feu est assurée par deux pastilles au phosphore assujetties sur chaque plaque (…) la durée de combustion peut atteindre une demi-heure ».

Le préfet conseille de renforcer la surveillance des guetteurs de nuit comme de jour.

À cette époque, les Allemands donnent une prime de 400 F à la personne qui indique le lieu où un avion « ennemi » tombe. Par contre, c'est la déportation qui attend ceux qui cachent le pilote et les membres de l'équipage ou qui prélèvent, avant l'arrivée des Allemands, des équipement de bord.

Le 3 septembre 1942, la Feldkommandantur de Saint-Lô alerte le préfet pour qu'il assure, une défense accrue, des récoltes de céréales.

Les avions et ballons anglais lancent, ces derniers temps, des bouteilles incendiaires contenant 0,3 litre de caoutchouc phosphoré. Arrivée au sol, la bouteille se brise et la masse incendiaire se répand en formant une longue flamme (…)Les bouteilles incendiaires non détériorées, doivent être ramassée avec précaution, ne pas les ouvrir, conserver dans de l'eau.

De plus, des sacs incendiaires sont lancés par ballons ennemis volant librement. Ils ont un mètre de long, 16 cm d'épaisseur. Ils contiennent de la paille de bois paraffinée, une composition de « Thormit » et une charge de poudre noire de 125 grammes. Les sacs qui brûlent doivent être éteints avec de l'eau, du sable ou de la terre.

Les Allemands tiennent à être tenus au courant de la découverte de tels engins et de procéder eux-mêmes à leur enlèvement. À cet effet, une équipe d'artificiers est constituée au sein de l'armée d'occupation. Il s'agit du spengkommandos.

Le 10 septembre, le directeur de la DP d'arrondissement, informe le colonel Rendu, directeur département de la DP qu'aucun engin correspondant aux types décrits n'a été découvert sur l'arrondissement d'Avranches.

Le 1e août 1943, la population prend connaissance de l'avis suivant placardé dans toutes les communes de l'arrondissement et les communes situées entre Bréhal et La Haye-Pesnel : « Lors des attaques aériennes, certaines bombes jetées par les avions se divisent en tombant en 60 bâtons incandescents qui brûlent pendant 3 minutes. Ces bombes qui sont à considérer comme des bombes incendiaires sont à éteindre de suite. Leur extinction n'étant pas possible avec l'eau, on procèdera comme il a été prescrit pour les bombes incendiaires c'est-à-dire en les recouvrant de terre ou de sable. »

Les fusées éclairantes

Le 5 août 1943, le capitaine de vaisseau Schwerer, au nom du ministre secrétaire d'État à l'Intérieur, adresse un courrier à tous les préfets.

- « Il a été signalé par les autorités d'occupation, qu'au cours des attaques de l'aviation britannique, des bombes éclairantes à parachute et des bombes de jalonnement d'objectifs (250 LB) sont lancées par des avions éclaireurs pour permettre le repérage de la route aérienne et des objectifs. « Tandis que les premières se consument en l'air, les secondes projettent des fusées lumineuses (une soixantaine) qui tombent au sol en ignition et s'y consument pendant environ trois minutes. » Il est demandé bien évidemment d'éteindre ces fusées “immédiatement” ».

La monnaie matière

En raison des restrictions imposées par les Allemands, la Défense passive doit obtenir, elle aussi, des bons pour acheter du matériel : matériaux, outils, vêtements, linge, couvertures, etc.

Pour obtenir le papier nécessaire au service administratif, les demandes, pas toujours satisfaites dans la mesure des besoins, doivent être adressées trimestriellement au Ministère de l'Intérieur, 11, rue Cambacérès à Paris.

Des bons spéciaux sont délivrés pour obtenir le papier et le carton nécessaire pour le camouflage de même que pour le carton bitumé, indispensable pour assurer l'étanchéité des couvertures, etc.

Pour les besoins de l'arrondissement d'Avranches : 30 kg de papier pour les bureaux, 50 kg de carton (chemises et fiches) et 60 kg de papier pour des affiches sont attribués pour le 4ème trimestre 1942.

Les artisans sollicités par la Défense passive pour des travaux nécessitant des matériaux doivent adresser un courrier pour justifier leur immatriculation sur le registre des métiers et à la Chambre des métiers, donner le nom du comité artisanal qui délivre les bons et indiquer les quantités ou volumes qui leur sont indispensables pour mener à bien les travaux envisagés.

Chaque fournisseur doit établir un reçu destiné au service départemental de la Défense passive attestant la remise des bons.

Il est nécessaire d'évaluer le poids des matériaux avant de solliciter des "bons-matières" comme en témoigne ce courrier du Préfet en date du 12 juin 1942 adressé au Directeur Urbain de Granville: « Comme suite à votre lettre (…) en date du 5 juin dernier, m'informant que vos services doivent être munis de 30 pelles et de 20 pioches, je vous serais obligé de vouloir me faire connaître quel est le poids de métal correspondant à cette quantité d'outils. »

Le 7 juillet suivant, nouvelle lettre du préfet :

- « Au début du mois de juin 1942 vous m'avez transmis un devis relatif à la fourniture d'outillages de déblaiement pour Granville, Donville-les-Bains, Saint-Nicolas et Granville. « J'ai l'honneur de vous faire connaître que le stockage d'un matériel neuf nécessitant la remise de monnaie-matières doit être évitée dans toute la mesure du possible, jusqu'à nouvel ordre, en raison de la pénurie croissante de matières premières. »

Le préfet note ensuite que le déblaiement n'exige pas un matériel spécial et que des réquisitions au sein d'entreprises peuvent permettre de pallier les besoins.

Le 17 décembre 1942, par courrier le chef d'escadron Vaylac, représentant la direction de la Défense passive en zone occupée informe les directeurs d'arrondissements que « les bons-matières ciment de Moselle qui n'auraient pas été honorés pour quelques raisons que ce soit à la date limite du 31 décembre ne seront en aucun cas renouvelés ».

Même les fournitures médicales font l'objet de restriction. Tout se monnaie d'abord avec des bons ou des tickets.

7 Pour me permettre de garnir les musettes des infirmières de l'arrondissement d'Avranches, j'ai dû me rendre chez M. Adam, pharmacien à Granville, pour obtenir 20 paquets de 85 g de coton hydrophile. En conséquence, je vous prie d'adresser un bon pour 0,500 kg de coton destiné à M. Adam, lequel a voulu consentir une avance de ce matériel. »

La monnaie matière.

La récupération des ferrailles

Dès le 3 janvier 1940, René Bouffet, préfet de la Manche, adresse un courrier à tous les maires du département comment le font également tous ses collègues pour organiser des collectes de ferrailles. « Les nécessités techniques et économiques de l'armement ont amené le ministre de l'Armement à organiser pendants les mois de janvier et février, une campagne nationale en vue de la récupération des veilles ferrailles qui se trouvent dans les villes et les campagnes, afin qu'elles soient utilisées au mieux des besoins du pays ».

Entre temps une large campagne nationale d'affichage est lancée avec trois formats différents. Elle a pour but de sensibiliser "les bons Français à faire preuve de civisme."

Dans un mémento le ministère de l'Armement explique que ce sont les ferrailles lourdes qui sont préférables.

Les particuliers devront charroyer eux même leurs ferrailles vers le centre de ramassage. " Il serait illogique d'utiliser pour chercher des ferrailles de porte en porte des camions qui brûlent de l'essence; de l'essence que la France doit acheter à l'étranger moyennant la sortie de devises." Par contre si un bon français "fait don à la Défense nationale d'une quantité de ferrailles suffisante pour remplir un camion complet (plus de 1 500 kg" un camion sera à sa disposition.

Du centre de tri les communes doivent transporter les ferrailles vers la gare la plus proche. La marchandise sera payée immédiatement au taux de 150 F la tonne" précise le préfet Bouffet.

La Société nationale des chemins de fer prévoit des wagons pour transporter gracieusement les ferrailles vers les industries où elles seront traitées.

En ce qui concerne le cuivre et le laiton, ils sont triés à part.

À Granville des tournées de ramassages son organisées par le service municipal avec le concours de la Chambre de commerce. La population est informée au préalable par le tambour de Ville, M. Giron qui a l'époque demeure rue Saint-Denis de l’arrivée des collecteurs. Sous la surveillance des instituteurs, les enfants des écoles granvillaises ramassent toutes les ferrailles qui traînent dans les grèves du Nord et du Sud. Les chefs d'îlots et de secteurs de la Défense passive sont associés à l'organisation des collectes.

En 1941, le plomb est acheté 6 F le kilogramme. Le cuivre, le bronze, le laiton et le maillechort 30 F le Kilogramme. Pour l'étain et le nickel, le prix est fixé à 75 F le kilogramme. C'est le percepteur qui assure le règlement.

Ordonnance de ramassage des ferrailles.

Le comité de Défense passive, le 9 février 1940, adresse aux douze directeurs et directrices des établissements scolaires de Granville le courrier suivant: " Le comité de la Défense passive, chargé de la récupération de la ferrailles pour la défense nationale vous serait très obligé de votre intervention auprès des enfants de votre école pour que par patriotisme et aussi pour apporter leur aide à la victoire des Alliés, ils fassent pression sur leurs parents afin que ceux–ci répondent dans toute la mesure du possible à l'invitation que leur fera leur chef d'îlot pour remettre à la municipalité, la ferraille dont ils disposent, même en très faible quantité."

Le 26 janvier 1940, le ministre de l'Armement, par la plume du chef adjoint de son cabinet, félicite le maire de Granville par courrier pour l'initiative prise pour assurer le ramassage : "une fois par semaine, facilitant grandement aux habitants l'accomplissement du devoir patriotique qu'est la remise des ferrailles.

- « Peut-être jugerez-vous bon d'associer des volontaires à ce travail de ramassage, tant par raison d'économie que par patriotisme » conclut le signataire de la lettre.

Avec un peu de retard le préfet écrit à M. Godal, conseiller général, maire de Granville le 5 février 1940. "Je viens de prendre connaissance de l'article publié par L'Ouest-Éclair ce jour concernant le procédé imaginé à Granville pour l'enlèvement des veilles ferrailles.

« C'est une initiative fort intéressante, qui doit donner de la manière la plus pratique et la plus économique, les meilleurs résultats.

« Je ne manquerai pas de la signaler tout spécialement à M. Dautru, ministre de l'Armement.

« Je tiens à vous en complimenter en vous demandant d'être aussi auprès du comité de la Défense passive de votre ville, l'interprète de mes félicitations. »

À réception de ce courrier le maire- conseiller général doit rire dans ses moustaches. Depuis une dizaine de jours il est déjà en possession de la lettre du ministère de l'Armement.

Le jeudi 11 avril 1940, les scouts de France organisent une collecte de cuivre dans Granville. Le matin, ils passent dans toutes les maisons pour informer la population qu'ils vont procéder à partir de 14 h à la collecte. La ville met à leur disposition une… voiture à bras pour emporter le précieux métal jusqu'au bureau de la Défense passive.

Le vice-président du comité de la Défense passive, par patriotisme, joue le délateur en adressant le 14 février 1940 le courrier suivant au ministre de l'Armement:

« Pour répondre à votre appel, nous demandons au patriotisme des habitants de nous remettre la ferrailles dont ils disposent et que nous ramassons à domicile. Nous demandons le concours des enfants des écoles et des scouts pour ramasser la ferraille qui traîne sur la grève.

« Pendant ce temps, les marchands de ferrailles stockant, trouvent que nous leur portons préjudices et déclarent que ce qu'ils ont dans leurs chantiers, pourraient être encore utilisés.

« En ce qui concerne Granville, le marchand de vieux métaux Goueffic, demeurant, rue de la Fonderie, à environ 100 tonnes de fer et fonte qu'il garde sans doute pour attendre que la France, lui en offre le prix fort.

« En conséquence, je crois que vous jugerez utile de faire réquisitionner les dépôts des marchands de vieux métaux. Le cas de Granville ne doit pas être unique en France. Tout doit être utilisé pour la Défense nationale qui n'a qu'un seul but : la Victoire. »

Au début avril 1940 une somme de 1 200 F provenant pour partie de la vente de 800 kg de ferrailles a été répartie « à titre de gratification pour leur dévouement dans l'accomplissement de ce travail de récupération. » La répartition surprend un peu. Si le chef de chantier a reçu 250 F, par contre un chauffeur à perçu 200 F et son collègue au même poste 150F. Deux employés ont reçu chacun 100 F et deux autres seulement 50 F pour un temps identique de présence.

Au mois de décembre 1940, le directeur de la sidérurgie se fait quelques cheveux blancs sur les moyens d'acheminer la totalité des vieux métaux vers les usines consommatrices. Les maires et chambres de commerce sont invités à établir un état de la situation des stockages dans les communes. Ils sont tenus d'en préciser les tonnages à titre onéreux et ceux qui font l'objet de dons au profit du Secours national.

À ce sujet malgré les restrictions de papiers, les courriers à ce sujet sont importants, chaque service les répercutant vers un autre et réciproquement.

À Granville la collecte a été satisfaisante. La SNCF transporte au total 68,150 tonnes, dont 64 tonnes à titre gratuit et le reste au prix de 150 F la tonne.

Le 24 avril 1940, le vice-président de la DP M. Lemoigne s'en prend cette fois à l'inspecteur département des Ponts et chaussées. Il lui adresse le courrier suivant:

« Le ramassage de la ferraille, pour la Défense nationale a donné à Granville un très bon résultat puisqu'il a été remis à la gare SNCF et à titre gracieux 64 tonnes de vieux fers et 350 kg de cuivre. Ce résultat aurait été meilleur si nous avions eu le concours des Ponts et Chaussées. Les fonctionnaires de ce service étaient pleins de bonne volonté pour participer à l'effort fait par la population en vue de venir en aide à la Défense nationale et en exécution à la circulaire ministérielle qu'ils avaient reçus. Mais après cette circulaire ils reçurent des instructions leur prescrivant de verser la ferrailles aux Domaines pour être vendue. De sorte que, l'administration nationale, la plus importante à Granville a fait une opération contraire à la Défense nationale. En effet, la cession gratuite à la Défense nationale aurait donné pour résultat financier zéro (attendu que les frais du ramassage étaient à la charge de la commune) et la vente par les Domaines à un marchand de ferrailles se traduit par le signe moins lorsque l'état achètera sa ferraille au marchand plus cher qu'elle la vendue. »

Le signataire de la lettre après avoir demandé à l'ingénieur Fleury d'examiner la question ajoute : « Il me serait pénible de faire état de cette situation dans un compte rendu au ministère, à la clôture de l'opération ».

La réponse ne se fait pas attendre. M. Fleury manifeste d'abord son étonnement en ce qui concerne la conduite du service des Ponts et chaussées pour le ramassage de la ferrailles. Il marque aussi son étonnement, « tant sur le fond que sur l'appréciation à laquelle elle donne lieu de votre part, et par ses conclusions assez inattendues.

« Je voudrais, quoi qu'il arrive, vous éviter tout de que vous craigniez de pénible à l'occasion d'un compte rendu si honorable qu'il apparaisse, mais que vous avez pu souhaiter plus brillant !

« Il me suffit de vous déclarer, que se sont les instructions mêmes du ministère des Travaux Publics qui ont été et qui seront suivies en cette matière, et qu'il ne m'appartient pas d'en discuter, ni de les méconnaître.

L'ingénieur signe son courrier sans ajouter une formule de politesse. Le torchon brûle toujours !

En cette année 1942, le vice-président de la Défense passive a toujours l'âme et la plume patriotique et également lyrique comme en témoigne le communiqué qu'il remet à la presse régionale et locale:

« Après la ferraille nous ramassons les vieux métaux qui, en notre temps de guerre, peuvent être qualifiés de précieux.

« Tout le monde a chez soi dans un coin, inutilisés ou inutilisables de vieux robinet, de vieilles valves de chambre à air, de vieux sous… Mais, il y a beaucoup mieux : notre Normandie est le pays où les cuivres reluisants sont encore à l'honneur et où nos grand'mères aimaient à voir briller dans leurs cuisines, des séries de casseroles en cuivre et autres ustensiles du même métal. Aujourd'hui la vie que nous menons étant beaucoup plus active, nous nous arrêtons moins à ces choses. Les casseroles sont moins brillantes et beaucoup son même reléguées dans un coin parce que longues et coûteuses à entretenir. Aussi les ménagères se débarrasseront d'un souci, voir d'une corvée en les offrant à la Défense nationale comme beaucoup l'ont déjà fait.

« Qui n'a pas de vieilles douilles d'obus de la dernière guerre que l'on a fait reluire avec cœur après la Victoire mais qui sont, comme les casseroles, devenues une charge à entretenir. Donnons tout cela pour l'armement qui en a grand besoin. La France est pauvre en cuivre et il lui en faut une montagne pour confectionner des balles de fusil, des douilles, ceintures et fusées d'obus; pour réaliser les tuyauteries de ses navires de guerre et pour quantité d'appareils nécessaires à la Défense nationale.

« Donnons dans l'intérêt de notre budget familial car tout ce que la France achète c'est nous qui le payons ou le paierons.

« Donnons nos vieux métaux; cuivres, étain, nickel, etc. Nous ne dirons pas notre or, ce n'est pas le même rayon,, mais donnons du cuivre pour conserver les lingots d'or dans les caves de la Banque de France et conservons ainsi nos billets.

« Donnons le cuivre pour la Victoire.

« Façonnons en cuivre et faisons luire ce mot qui nous est cher : VICTOIRE, notre Victoire.

« Le cuivre ne pouvant être déposé, comme la ferraille, sur le bord du trottoir où il serait ramassé avant le passage de la camionnette, apportez votre contribution à la Défense nationale tous les jours de 10h. à midi au bureau de la Défense passive, 149, rue Georges Clemenceau. »

Bon de livraison de ferrailles.

Le chef d'îlot : pas toujours apprécié

Joseph, Gabriel Caignart, est né à Paris, le 21 février 1881. Il demeure à Granville au 65, rue Saint-Jean à la Haute-Ville, où il exerce la profession de dessinateur. Le 28 juin 1939, il se déplace à la préfecture à Saint-Lô, pour signer un acte d'engagement dans les services de la Défense passive.

Après avoir été jugé médicalement apte, il est désigné le 3 octobre 1939 en qualité de chef de secteur n° 1 et chef de l'îlot n° 2. Il reçoit un livret sur les dispositions à prendre en cas de bombardement, un brassard et un laissez-passer. Pour raison de santé, il demande le 15 juin 1942 à être déchargé de ses responsabilités de chef de secteur mais conserve ses attributions de chef d'îlot.

Dans son dossier, sont inclus divers courriers dont deux lettres adressées au président de la Défense passive. La première le 10 juin 1941.

- « (…) J'ai fait la visite des greniers, la première fois c'était le 27 avril 1941. Aujourd'hui 10 juin 1941, j'ai refait cette même visite des greniers pour voir si les habitants avaient tenu compte des observations: Enlèvement de toutes matières inflammable en cas d'incendie. Pour cette visite, j'ai été accompagné de l'agent de police Darot. Le résultat est que dans les immeubles, les habitants de l'îlot n° 2 se sont conformés à vos instructions, en cas de bombardement sauf chez quelques-uns qui doivent faire le nécessaire dans les 8 jours accordés par l'agent Sarot qui a relevé les noms et adresses qui font l'objet de son rapport.

« Chez Mme Veuve (…) rue Saint-Jean, nous nous sommes présenté l'agent Sarot et moi. J'ai demandé poliment à Madame (…) de nous faire visiter son grenier, comme la première fois lors de ma visite du 27 avril 1941. Elle a été agressive et ensuite m'a insulté en présence de l'agent Sarot. Puis elle a fini par accepter de nous faire visiter son grenier qui était resté dans le même état qu'au 27 avril n'ayant tenu aucun compte des observations.

« Lorsque nous avons été dans le grenier Madame Veuve (…) m'a insulté violemment, me traitant de dégoûtant personnage, de pourri, dégueulasse, fumier, voyou et d'autres propos orduriers, que j'étais continuellement en état d'ivresse que l'on me ramassait dans les ruisseaux, que je roulais d'un trottoir à l'autre. Son fils Jean (…) est intervenu et en accord avec elle a continué à m'insulter toujours dans les mêmes termes. De plus, M. Jean (…) a demandé à l'agent Sarot de me faire sortir du grenier, que je n'avais rien à y faire car il ne répondait plus de lui. Il m'a menacé et m'a dit : « Tu as de la veine que l'agent soit présent car je te sortirais d'ici en vitesse ». L'agent Sarot voyant que Jean (…) allait passer des paroles aux actes a été obligé de s'interposer pour le calmer.

« Je déclare que pendant la visite du grenier en présence de Mme Veuve (…), de son fils Jean (…) je suis resté complètement muet cela afin d'éviter toute discussion. »

En sortant de la maison de sa voisine, (M. Caignart habite au 65 de la rue Saint-Jean et la Veuve au n° 55), le chef d'îlot demande à l'agent d'établir un rapport pour le commissaire de police pour pouvoir entamer des poursuites. Il termine ainsi son courrier destiné au directeur de la DP : "Il faut absolument des sanctions vous devez le comprendre. Je vous fais remarquer que j'étais en service commandé muni du brassard vert avec les lettres DP (…..) J'espère M. le président que vous voudrez bien donner suite à cette affaire aux fins de sanctions. C'est la troisième fois que pareils faits se produisent si vous ne poursuivez pas, ils recommenceront."

Le maire donne une suite judiciaire à cette affaire et la police fait appliquer le règlement. La mère et le fils se voient remettre alors une convocation pour une comparution devant le tribunal d'Avranches.

Le 22 septembre de la même année, c'est un courrier différent que M. Caignart adresse à son "patron". Cette lettre est également liée avec l'affaire précédente.

« Depuis plus de deux ans, je me suis engagé bénévole à la Défense passive de Granville où je suis affecté comme chef d'îlot.

« Pour assurer mon service je suis obligé de marcher beaucoup, il arrive que je n'ai plus de chaussure. Je suis obligé de les économiser de plus en plis et vous savez combien il est difficile de pour en avoir. Voilà plus d'un mois, j'ai déposé une demande de bon de chaussures à la mairie, bon qui m'a été refusé, ce qui m'oblige à vous écrire. Pour continuer d'assurer mon service, je viens vous demander si vous pouviez m'en faire obtenir une paire par la Préfecture.

« Je profite également de ma lettre pour vous dire aussi que depuis quelque temps nous avons à Granville des bombardements. Je suis obligé d'être dans la rue. Je n'ai même pas un casque pour me protéger des éclats des tirs de la DCA.

« Voilà bientôt l'hiver, je n'ai même pas un manteau de cuir ou autre pour me protéger des intempéries, pas plus que de charbon pour me chauffer en rentrant de tournée; Ne croyez-vous pas que je pourrais avoir droit à la carte T des travailleurs de nuit.

« Monsieur le directeur de la Défense passive, je fais partis de vos services mais je constate que je n'ai aucun avantage. J'ai à mon compte l'usure des chaussures, des vêtements, piles électriques de poche, etc… Je suis allé à Avranches comme témoin dans l'affaire Jean (…) et Veuve (…) contre la Défense passive. J'en ai été pour 50 F de ma poche, avouez que ce n'est guère encourageant. Vous devez cependant avoir des crédits ou alors adresse-vous à la préfecture.

« Je vous demande donc de vous occuper plus activement de vos agents pour le bien être et service. »

M. Caignart conclut en formulant le vœu d'obtenir satisfaction pour lui-même mais également pour tous ses collègues qui sont dans la même situation.

Quelques temps après, le chef d'îlot est doté d'une lampe électrique de poche et d'un sifflet.

Sans précision de date, M. Caignart formule, comme l'a déjà fait M. Boulay, le 19 mars 1942, un long courrier pour signaler que « Madame (…) qui habite, dans la rue des Juifs reçoit à son domicile, des gradés de l'armée allemande, pour des relations intimes. »

De ce fait, ajoute-t-il, « elle se moque éperdument des consignes de sécurité en ce qui concerne l'éclairage de son appartement. » Il ajoute qu'en raison de la présence des officiers, il ne peut intervenir et faire respecter le règlement. Par ce courrier, il se décharge de toutes responsabilités auprès de la Kommandantur.

Le 23 juin, c'est M. Caignart qui reçoit un courrier du directeur de la DP qui lui mentionne qu'après une visite prescrite par la Feldkommandantur, il a été constaté « dans le grenier de l'immeuble que vous habitez et dont vous êtes le chef au point de vue Défense passive, une grande quantité de matière inflammable appartenant à M. (..) propriétaire de l'immeuble. En conséquence je vous prie de vouloir bien inviter le propriétaire à débarrasser ce grenier ou à le faire à sa place. »

Par note du préfet le 8 décembre 1941, M. Caignart est désigné « pour assurer la permanence du service de la Défense passive ».

Pour ses permanences, il perçoit 5 F de l'heure » conformément au barème inséré au JO du 11 octobre 1941 ». À partir du mois de décembre 1941, la secrétaire sténo-dactylo locale de la Défense passive qui perçoit une rémunération horaire de 2,50 F, voit son salaire doubler à la suite d'une intervention du préfet. Le directeur urbain bien qu'ayant connaissance du barème en temps nécessaire ne l'applique pas !

Le 28 janvier 1942, M. Caignart comme toutes les personnes qui servent au sein de la Défense passive est invité de nouveau à certifier par courrier qu'il n'est pas de descendance israélite.

Le chef de secteur

C'est M. Lucien Crépin qui, à la suite de la mutation de M. Caignart, est nommé pour lui succéder en qualité de chef de secteur N° 1. Homme méthodique, il consigne dans un cahier d'écolier toutes les infractions et l'activité du secteur.

Lors de l'alerte du 24 juillet 1942, il remarque « le manque total de camouflage au dispensaire ».

Les exercices qu'il organise pour les brancardiers en particulier sont chronométrés et critiqués à leur terme. À la fin d'un rapport, on découvre que M. Jean Lecannelier, qui réside au 4, Parvis Notre-Dame est "convoqué au bureau pour qu'on lui fasse remarquer qu'il doit prendre les exercices à l'avenir au sérieux et non comme une partie de plaisir".

Le 17 novembre 1942, le chef du service, M. Jean Grosse, est informé que Marcel Boyer, qui réside 51, rue Saint-Jean, brancardier à l'îlot 2, a été désigné et dirigé pour aller travailler en Allemagne. « Il est nécessaire de pourvoir à son remplacement ».

Lors de la séance du 10 janvier 1943, M. Caignart se déplace pour informer les brancardiers que « désormais les dérangements occasionnés par les exercices seront payés ». Cette bonne nouvelle a été particulièrement appréciée par les ouvriers et les ruraux.

Les policiers auxiliaires

Recrutés en partie au sein des engagés volontaires dans la Défense passive, les policiers auxiliaires sont chargés en autre : d'assurer un service d'ordre, devant l'entrée des postes de secours et éventuellement des abris. C'est le commissaire de police qui leur dicte des ordres.

Les requis pour la police auxiliaire sont autorisés à circuler pendant les heures d'interdiction de nuit pour assurer notamment les services de liaison.

Émile Bourdon, originaire de Saint-James, a été requis le 27 juillet 1943 après une captivité de deux ans et demi. Dans un courrier adressé au maire, il s'étonne d'avoir été affecté au service de la police auxiliaire « alors que certains hommes sont bien tranquillement chez eux depuis juillet ou août 1940. La loi exempte les officiers seulement pendant les trois mois qui suivent leur retour, mais la loi ne dit pas que les anciens prisonniers seront affectés à la Défense passive, trois mois après leur retour. »

M. Bourdon souligne qu'il est commerçant et père de trois enfants (son aîné a 9 ans.) Il argumente que si son épouse s'absente et qu'il doit sortir dans la rue pour raison de service, il devra dans ce cas : « Mettre à la porte mon client ce qui est contraire aux instructions allemandes. Il est prescrit au contraire de faire rentrer les habitants dans les maisons ».

En 1943, à Granville, à notre connaissance, seulement deux anciens prisonniers sont requis pour la Défense passive, M. Bourdon et M. Besnard.

Les services de police dans le département sont mal équipés. Les agents se déplacent à bicyclette. Ils sont dans des locaux inadaptés dans la plupart des cas. Leur budget de fonctionnement est réduit au minimum.

Le 3 juin 1942, le commissaire de police adresse une demande au préfet pour obtenir l'attribution d'un crédit nécessaire, pour l'achat d'un side-car indispensable pour le service. Le 9 octobre, le préfet répond que « le budget de la Défense passive ne peut supporter l'achat de matériel de cette nature ». Quatre mois d'attente ont été nécessaires pour obtenir une réponse négative !

Restrictions obligent : le fer contingenté

Au début juin 1940, le ministre de l'Armement décide d'établir « très prochainement » un contingentement mensuel pour la répartition du fer

En prévision de cette échéance, c'est la Défense passive qui est chargée de donner son accord pour les attributions à prévoir.

Le ministère, qui veut redoubler de vigilance, demande la fac-similaire des cachets et signatures des responsables de la Défense passive qui auront à donneur leurs agréments pour les commandes.

Là encore, il y a abondance de notes de services à ce sujet. Le chef d'escadron en retraite Vaylac qui est à la direction de la Défense passive à Paris souligne que : « Dans la plupart des cas, le faible tonnage laissé au service français par les autorités d'occupation ne permettra pas de satisfaire les besoins qui ne pourraient l'être sur le contingent mensuel accordé à chaque département ».

Pour la distribution au compte-gouttes des matériaux, il est nécessaire de disposer de monnaies-matières qui sont attribuées par le Ministère via le Préfet. Ces billets portent une perforation qui concerne aussi bien les billets pour les besoins français (FFA) que ceux émis pour les besoins allemands, perforés GV.

Le 20 mars 1942, le chef d'escadron Vaylac demande à sa secrétaire d'adresser aux préfets le courrier suivant :

- « J'ai l'honneur de vous faire connaître que l'article 14 du Décret du 12 novembre 1938 prévoit que : les approvisionnements et installations de Défense passive réalisés par l'État dans les domaines département et communal deviendront la propriété respective des départements et des communes qui auront la charge exclusive de leur entretien et de leur conservation ».

« En conséquence, lorsque ces installations et approvisionnements sont achevés, les travaux de réparation ou d'entretien qui les concernent, doivent être exécutés, non au moyen des contingents de matières premières dont dispose la direction de la Défense passive, mais au moyen des contingents réservés au Service Central des approvisionnements (ministère de l'Intérieur) ».

« Il est bien entendu, que toutes les fois qu'il s'agit d'équipements neufs, les demandes de monnaies-matières sont à adresser à la direction de la DP qui les satisfera sur ses contingents propres et suivants ses disponibilités ».

Le bois fait également l'objet de monnaie matières. Pour l'établissement d'une baraque à Folligny, une demande de bois est formulée près des services de la préfecture.

Cette demande démontre dans la réponse du 2 juin 1944 la complexité d'attribution de matière première. « Par lettre n° 707 du 23 mai 1944, vous demandiez pour l'établissement d'une baraque à Folligny : 2 m3 de n° 41 (parquets en bois résineux) 1,500 m3 de n° 02 (bois résineux et peuplier), 0,5 m3 de n° 44 (contreplaqué).

Ne possédant aucun bon n° 41 et n° 44, je donne satisfaction à votre demande en bons de bois, catégorie n° 02 et vous adresse sous ce pli : 4 bons de 1 m3 (du n° BY 859.071 au n° 859.074). »

La préfecture demande toujours un accusé de réception de ces bons et de lui indiquer pour le 25 juin, "délai de rigueur", le nom du fournisseur auquel ils seront remis ainsi que le comité d'organisation auquel il est affilié.

Les bons ont été remis à M. Carlini, entrepreneur à Folligny, qui n'a certainement pas eu le loisir de réaliser la baraque souhaitée par la Défense passive en raison des évènements qui ont suivi après le 6 juin.

Le 2 décembre 1943, le maire de Saint-Hilaire-du-Harcouët, sur papier officiel de la mairie, adresse un courrier au directeur d'arrondissement de la Défense passive. Il désire obtenir le remplacement de 12 kg de monnaie matières, délivrés pour l'acquisition de pioches. Parvenus le 13 septembre, les bons n'ont pu être utilisés dans le temps prescrit.

Par retour de courrier, le directeur indique qu'elle ne dispose plus de monnaie matières pour satisfaire la demande et conclut : « D'autre part, vous avez reçu 8 pelles et 8 pioches pour le service de la Défense passive qui doivent vous suffire. Dans le cas contraire, je puis encore vous envoyer 2 pelles et 2 pioches ».

On ne distribue pas la monnaie-matières à la légère. Le 18 mai 1944, le maire de Bréhal, pour l'acquisition, près de M. Asselin, quincaillier à Bréhal, d'une lampe tempête remise au Dr Rapilly, sollicite un bon-matières de 500 g.

Par retour de courrier il reçoit un bon pour la valeur d'un kilo mais la lettre d'accompagnement précise : « Vous voudrez bien me retourner un bon de 0,500 kg ».

Certificats de bonne conduite

Pendant la période d'occupation, M. Lemoigne, qui applique le règlement à la lettre, est toujours prêt à tendre son parapluie. S'il ne se montre pas avare de réprimandes par contre, il est plus que restrictif sur le plan des remerciements ou de marques de sympathie à l'occasion d'un malheur dans une famille.

Après la Libération, par contre, il délivre, sans en demander le pourquoi, des certificats de satisfaction et attestations à tous ceux qui les sollicitent. Certains ne sont pas justifiés. Les temps ont changé !

Réorganisation et équipement du corps des sapeurs-pompiers

En 1936, le 20 mars exactement, la 3e région militaire diffuse une note de mesures préventives pour « les unités encasernées. »

Il est précisé que : « À partir du 1er jour de la mobilisation, les deux pompes à bras de la caserne du Roc sont servies par deux équipes de la compagnie de passage – à désigner et à dresser sans délai par le commandant de cette compagnie.

« Le piquet d'incendie est constitué, en permanence, par le quart de l'effectif environ de chaque unité présente(…) Les équipes des pompes militaires interviennent automatiquement si l'incendie a lieu dans la caserne ou ses abords immédiats ; si non, elles se tiennent prêtes pour aller intervenir sur l'ordre du commandant d'armes. »

Les piquets d'incendie sont constitués pour moitié d'hommes en armes "sans munitions" et l'autre moitié est de service en tenue de corvée.

Pour des sinistres en dehors de la caserne du Roc, le piquet en armes se met à la disposition du commissaire de police. Le piquet d'incendie se place sous les ordres du commandant des pompiers.

Au terme de cette note apparaissent des consignes pour l'extinction des bombes incendiaires et pour le déblaiement.

Comme le torchon commence à brûler, en 1938, les établissements Panis dont le siège est à Saint-Denis (Seine), font leurs offres de services dès le 10 juin près des collectivités. Ils proposent la fourniture d'appareils de sauvetage et de traitement d'asphyxiés qui permettent : « tout en se trouvant équipé, dès le temps de Paix, d'être prémuni pour la Défense passive en cas de guerre. »

Le 21 avril 1939, Louis Delaisse qui servait à la compagnie des sapeurs pompiers de Cherbourg, et qui pour raisons professionnelles est implanté à Granville signe un acte d'engagement devant le préfet.

Dans les engagements de pompiers volontaires, on trouve par exemple le nom de M. Bernard Garnier, domicilié rue de Hérel, qui après avoir été mobilisé puis fait prisonnier de guerre est rentré à Granville pour servir dans le corps des SP Ismaël Hautpré, originaire de Saint-Denis-le-Vêtu où il est né le 27 juillet 1885, cantonnier à la ville de Granville, père de sept enfants, s'engagent également. Jean Fichepoil fait de même. Jean Rozier s'engage le {{date|1|octobre|1941]]. Il prendra à son tour le commandement du centre de secours de Granville de 1974 à 1982 après avoir succédé à Jules Jourdan (fils) qui a commandé le centre de secours de Granville de 1963 à 1974.

Nommé commandant du corps des sapeurs-pompiers, Louis Delaisse a la lourde charge de réorganiser et d'équiper correctement le centre de secours. Il doit également former et entraîner les hommes qui servent sous ses ordres. Ceux-ci sont unanimes à reconnaître sa compétence et son sens des valeurs humaines.

Le 23 mars 1940, le préfet informe les maires des villes de la Manche qu’il vient d’obtenir une dotation de lots de bombes incendiaires d'instruction. « Ces bombes(…) brûlent pendant trois minutes avec une lueur analogue à celle de la bombe "Electron". Elles ont un pouvoir incendiaire plus réduit, mais elles sont suffisantes pour familiariser le personnel avec l'effet des petites bombes. » Le préfet conseille de pratiquer les premiers exercices à l'extérieur ensuite, dans un local fermé.

Ces bombes d'exercice annoncées le 23 mars sont expédiées par les pompiers de Paris le 4 juin 1941 !

Le travail du commandant Delaisse est d'augmenter également pour sécuriser les quartiers de la ville le nombre de bornes d'incendie pour avoir un réseau correct sur l'ensemble de la cité.

La société Laffly, spécialisée dans la vente d'accessoires contre l'incendie, fournit des mandrins, des lances, raccords, clés, casques respiratoires, cornet-avertisseur deux tons pour une valeur de 11 626 F. Par contre, faute de matière première, elle ne peut assurer la livraison de cordages.

De leur côté, les établissements Strauss sollicités pour la livraison d'une sirène, demandent en contre partie des bons de monnaie-matières.

Le 3 juillet 1941, la Kreiskommandantur ordonne aux compagnies de sapeurs-pompiers d'accroître le recrutement de pompiers pour le 31 juillet « afin d'avoir le même effectif qu'en temps de paix ».

Les directives du commandant allemand concernent les soins à apporter à l'entretien du matériel ; à l'exécution de manœuvres « un dimanche de chaque mois ». « Il tient à être informé en personne de la date retenue et de l'heure du commencement de la manœuvre. » Les manœuvres peuvent être l'objet d'une visite inopinée du contrôle des autorités françaises ou des autorités d'occupation ». » Il est recommandé impérativement aux différents corps de sapeurs-pompiers de rester en contacts et « de s'aider réciproquement. Chaque incendie doit être signalé immédiatement à la Kommandanture locale la plus proche. »

Un état des effectifs et du matériel doit être dressé et transmis « à la Kreiskommandantur pour le 8 juillet dernier délai ».

En gare de Granville et sur le port, de grandes quantités d'essence transitent au profit des Allemands, par wagons-citernes, par bateaux et par camions. A la suite d'un bombardement des installations portuaires, le directeur urbain de la DP adresse un courrier le 17 juillet 1941 au préfet. C’est pour solliciter un crédit de 100 815 F. pour effectuer l'acquisition d'un canon-mousse Guinard d'une valeur de 15 865 F., d'une échelle aérienne de 15 à 18 m estimée 46 950 F. Le 15 septembre, les crédits sont alloués de même que ceux nécessaires pour l'acquisition de tuyaux d'incendie d'une valeur de 33 000 F. Le marché de gré à gré est signé le 28 octobre.

Le 22 juillet, la compagnie est dotée de deux appareils respiratoires individuels d'une valeur de 5 757,60 F.

Le 7 août 1941, à la suite d'un exercice commandé « par les autorités d'occupation », Louis Delaisse adresse un courrier a M. Lemoigne, directeur de la Défense passive. Il lui fait remarquer les difficultés rencontrées, par les pompiers pour se rassembler en cas de sinistre :

Quoique Granville soit doté d'une sirène d'alerte, son usage nous en est formellement interdit par les autorités d'occupation et le seul moyen de rassembler le corps des sapeurs-pompiers est une femme qui, sur une bicyclette d'emprunt, va de porte en porte à la recherche des sapeurs.

En conséquence de quoi le chef de corps demande des crédits pour l'acquisition d'un système d'alarme composé de trois groupes d'avertisseurs.

Les crédits pour un montant de 20 226,40 F. sont accordés et la livraison est effectuée courant août par les soins de la société Sanor, implantée à Courbevoie.

Faute de crédits mais surtout de matières premières, les pompiers ne peuvent se doter de 1.500 m. de tuyaux nécessaires. Depuis la mi-août, l'utilisation du cuivre est interdite par les occupants pour confectionner les raccords, lances, et autres équipements destinés aux "soldats du feu."

Le 15 septembre 1941, un crédit de 6 000 F, alloué par la préfecture, est affecté à la compagnie des sapeurs-pompiers. Il va servir à l'acquisition de deux appareils respiratoires "Commeihnes". Le corps des pompiers de Cherbourg bénéficie également d’un équipement identique.

Au mois de septembre, tous les pompiers granvillais sont convoqués pour se présenter devant le Dr Ollivier pour subir un examen médical "comparable à celui qui était pratiqué par les conseils de révision."

Le 7 octobre 1941, dans un but différent Louis Delaisse est convoqué pour se rendre à la Kreickommandantur, installée rue Le Campion dans le bâtiment de l'Hôtel du Nord. Il répond ainsi à l’invitation du commandant allemand. Ce dernier pendant l'entretien exige que l'équipement de secours soit développé et que le matériel des pompiers soit entreposé en deux endroits différents.

Cette exigence nécessite de louer un autre local et d'effectuer des acquisitions complémentaires : un véhicule de premier secours de 8 places pouvant remorquer une moto-pompe ou la grande échelle de 20 m et un complément de tuyaux. Dans la dépense qui doit être engagée est prévu l'aménagement du local en placards et la pose de deux nouvelles bouches d'incendie. L'opération est chiffrée à 96 000 F.

Courant janvier 1942, la voiture d'intervention est livrée. Il s'agit d'une Buick type 850 NB équipée en premier secours. Elle coûte 26 000 F.

Le 29 janvier 1942, c'est une échelle aérienne de 20 m qui est expédiée par les établissements Charton de Nancy. La facture s'élève à 40 909 F.

Au mois d'avril 1942, il est nécessaire de nouveau de compléter l'effectif des sapeurs-pompiers qui doit être maintenu à 53 hommes (non compris les cadres). Pour l'habillement de ses hommes, le commandant granvillais sollicite près du préfet par l'intermédiaire du directeur de la Défense passive, un crédit d'urgence de 101 399,10 F.

D'autres crédits sont sollicités pour les acquisitions suivantes : une échelle aérienne pouvant être équipée d'une lance orientable et de tuyaux (46 800 F), une moto-pompe de 100 m/c/h et divers accessoires (49 010 F)

Le 18 avril 1942, le devis pour l'habillement des sapeurs est dressé. En voici le détail et le coût prévisionnel : Pour les officiers : cinq tuniques modèle Paris (1 931,40 F), 3 pantalons drap (910,20 F), 3 ceinturons avec plateau argent (450 F), 3 paires de manchettes en toile (30 F), 3 paires de gants havane (242,40 F), 6 faux-cols blancs (19,80 F), 2 pèlerines sans capuchon (2 070 F), 3 casques officiers modèle Paris 1934 chromés (1 095 F)

S'ajoutent pour les autres pompiers : trente tenues complètes pour adjudants, sous-officiers et sapeurs (466,50 F), les ceinturons (42,90 F), les casques (285,50 F), les képis (47,05 F), les sacs porte-casque (10,10 F), les manteaux avec capuchon (351 F), les grades (287,80 F),les bottes en cuir (650 F), 25 vestons en cuir (475 F), 25 pantalons (180 F), 30 cravates (7 F) 25 ceintures de manœuvre (55 F) soit une dépense globale de 101 399,10 F.

Cette même année 1942, Louis Delaisse est promu capitaine, puis inspecteur départemental en 1943. Il sera commandant en 1958 et terminera sa carrière à Granville.

Par courrier du 18 juin, le préfet précise que la Défense passive n'accorde pas les crédits pour l'équipement vestimentaire, pas plus que pour l'acquisition d'une nouvelle moto-pompe. A cette date l'effectif du corps des SP de Granville est de 42 hommes : trois officiers, 9 sous-officiers, 17 sapeurs, 6 recrutés provisoires instruits et 10 recrutés non instruits et non habillés. Trois sous-officiers appartenant au corps des soldats du feu sont retenus prisonniers en Allemagne ainsi que 8 sapeurs.

Les pompiers de Caen qui souhaitent renouveler leur équipement vestimentaire au mois de mai 1942 sont également déçus.

Ils reçoivent un courrier des établissements Sedpa qui annonce que la société n'est pas en mesure de fournir les vêtements demandés : « Toutes nos fabrications de ce genre sont interrompues depuis l'exode et nous avons vendu tous nos vêtements en stock ».

Les fournisseurs qui livrent les départements normands sont obligés d'expédier de nombreux courriers pour réclamer leurs dus. Les services départementaux de la Défense passive, souvent par manque d'effectifs tardent à régler les factures.

Parfois, il faut attendre plus de neuf mois pour être réglé comme le témoigne une lettre des établissements Lépine qui désespérément attendent le règlement de deux appareils respiratoires. Les établissements Gugumus de Nancy, réclament, le 7 mai 1942 le règlement de leur facture pour la fourniture de l'échelle aérienne qui a été livrée à Granville au mois de janvier.

Les services de police se sont vus refuser par le préfet un budget pour l'acquisition d'une moto side-car. Le capitaine, commandant le corps des sapeurs-pompiers, tente à son tour sa chance et demande l'attribution de trois motocyclettes René Gillet de 750 cm3, équipées de quatre vitesses, avec side-cars. Coût de l'opération : 18 641 F.

Cette demande est appuyée par le directeur de la Défense passive suite à une visite d'inspection effectuée au mois février 1942 par le capitaine Gauroy qui constate que les autorités d'occupation barrent les rues aux moyens de murs en béton qui ne permettent plus le passage de gros matériel d'incendie. Il faut donc un matériel de premier secours souple et léger, de side-cars, petites motos-pompes.

Cette visite d'inspection se traduit par l'octroi d'un budget, du ministère de l'Intérieur pour la fourniture à Granville de : 400 m de tuyaux, une lance, deux appareils carbogène, deux cordages et deux pompes électriques à accumulateur mais pas de motocyclettes pour l'instant. Au cours de la même visite le capitaine Gauroy constate qu'un manque de brodequins concerne l'ensemble des corps de sapeurs-pompiers du département.

Le maire de Granville, Jules Desmont, fait parvenir au capitaine Delaisse la traduction d'une note de la Kreiskommandantur 741 :

« sapeurs-pompiers dans la défense passive. Il faut arranger un appel des sapeurs-pompiers, samedi, le 28/6- 9 h. le soir (21 h) avec des exercices ».
« L'officier de la Défense passive sera présent. Cet officier tiendra l'appel sur la place devant la maison des pompiers. La présence du maire est indispensable ».

L'exercice s'est déroulé comme prévu. Pour faire valoir les problèmes de regroupement des pompiers, certains étaient invités au préalable à ne pas faire d'excès de zèle. De vieux tuyaux ont été remis en service pour la circonstance. Avec le concours du service des eaux la pression ne s'avère pas suffisante près du bâtiment de la Kommandantur ce qui n'est pas du goût du commandant allemand. Il demande que le nécessaire soit fait rapidement pour remédier à cette situation.

En ce mois de juillet 1942, le Feldkommandant s'inquiète de savoir si des mesures sont prises par les chefs de corps en ce qui concerne les habitations privées se trouvant près d'installations de la Wehrmacht "ou intéressant l'économie de guerre."

Le 22 juillet 1942, la Feldkommandantur diffuse une ordonnance pour garantir la lutte contre l'incendie. Elle concerne les équipes de gardes, l'instruction des groupes d'autodéfenses, le matériel à mettre en place dans les bâtiments, usines, et dans les établissements fréquentés par la troupe allemande. Le haut commandement allemand s'en mêle également et écrit au directeur départemental de la Défense passive pour lui signaler des négligences apportées à l'exécution des instructions relatives à la prévention. Le lieutenant-colonel Rendu adresse aussitôt une note aux chefs de corps du département et conclut : « L'inobservation de ces ordres soit par désobéissance soit même par négligence ne sera plus admise. Les responsables doivent s'attendre à des sanctions de la part des autorités allemandes. »

Chaque service tend son parapluie et multiplie les notes de services qui sont un rappel constant des instructions reçues de la part du commandement allemand.

Ces consignes se traduisent à Granville, par un projet de mise en place de deux nouvelles bornes d'incendies : l'une rue Jules-Michelet l'autre à l'angle de la rue Couraye et de la rue Charles-Guillebot.

Au mois d'août de cette même année, la Société générale de fonderie adresse un courrier pour indiquer que les fournitures sont prêtes en usine mais qu'elles demeurent en attente de possibilité de transport. La fonderie sollicite des ordres de transports « qui pourraient être éventuellement délivrés par la Kreisskommandantur ». À cette époque, tous les bons de transports son délivrés au compte-gouttes par les autorités allemandes.

Au cours de transports par les Chemins de fer de nombreuses pièces sont détruites par les bombes ou dans des déraillements provoqués par la résistance. Pour ces raisons elles ne parviennent pas aux destinataires ce qui retarde considérablement les travaux prévus.

Compte tenu des difficultés d'approvisionnements de matériaux, mais également de difficultés liées aux transports, la compagnie des eaux et de l'ozone de Granville ne peut mettre en service, qu'à la mi-octobre 1943, les nouvelles canalisations et bouches d'incendie dont la pose est envisagée depuis le mois de juillet 1942.

Le lieutenant commandant la compagnie des sapeurs-pompiers d'Avranches connaît les mêmes problèmes pour faire installer des bouches d'incendie dans la ville. Il doit lui aussi multiplier les dossiers.

Courant novembre à Granville d'autres bornes d'incendie sont mises en place route d'Avranches, face à la rue Pigeon-Litan, place de la Gare, route de Saint-Pair, à proximité de l'usine à gaz, rue Le Campion à l'angle de la rue Saintonge, rue Cambernon à l'angle de la rue Notre-Dame et rue Docteur-Letourneur à l'angle de la rue Georges-Clémenceau.

Le préfet Mumber adresse aux sous-préfets, maires, commissaires de police et commandants de gendarmerie la note suivante: En vertu d'un ordre qui m'est parvenu de l'autorité occupante, dès la période de gelée, la glace devra être enlevée des étangs, citernes, rivières, coirs d'eau ou autres endroits où l'on puise l'eau et destinée à être utilisée en cas d'incendie.

« Les accès à ces lieux doivent être en bon état et une quantité suffisante de sable doit être tenue prêtre en cas de verglas. »

En raison de problèmes de circulations, dans les rues de Granville obstruées en partie, par des ouvrages en béton implantés par les Allemands, un local est organisé rue Alsace-Lorraine pour stoker du matériel d'incendie. Il est opérationnel au mois de mars 1943. Les pompiers de Cherbourg et ceux du littoral connaissent les mêmes difficultés en matière de circulation tant les ouvrages de défenses se multiplient.

Au début du mois d'avril 1943, conformément à des mesures d'ordre général, les sapeurs-pompiers communaux sont appelés à figurer dans la liste des départs en Allemagne, "au titre de la relève des prisonniers de guerre." [2].

Comme il semble difficile de les remplacer, le chef du gouvernement décide que des dérogations seront envisagées en faveur des sapeurs-pompiers communaux titulaires.

Dans la note rédigée par les préfets, ceux-ci précisent que: "Cette mesure est strictement limitative et il est bien précisé que le personnel de la Défense passive, pompiers auxiliaires compris, ne doit pas être considéré comme indisponible pour les départs de spécialistes en Allemagne.

« En outre, il doit être bien entendu que les dérogations prévues ne sont pas applicables aux personnels appelés à partir au titre du service obligatoire du travail. »

Pendant cette période, 36 sapeurs pompiers, ont servi sous les ordres du lieutenant Louis Delaisse. Parmi ceux-ci il y avait un futur chef de corps Jean Rozier qui a commandé le centre de secours de 1974 à 1982. Jules Jourdan qui était à l'époque pompier volontaire, mais prisonnier de guerre, à pour sa part succédé au commandant Louis Delaisse, lorsque ce dernier a fait valoir ses droits à la retraite en 1963. Il a alors commandé le centre de secours de Granville jusqu'en 1974. Son père prénommé également Jules a lui aussi commandé auparavant la compagnie de SP de Granville.

Entre 1939 et jusqu'à la fin de la guerre, plusieurs pompiers granvillais sont retenus prisonniers : Georges Guillaume, Jules Jourdan, Pierre Frémont, Émile Liéron, Joseph Bouëtard, Edmond Letessier, Ernest Legoupil, Gaston Forget, André Renard, Bernard Garner et François Leray.

Entre le 6 juin et le 31 juillet 1944, date de la libération de Granville, le major allemand Landgraff, commandant la place de Granville, est sur des charbons ardents. A toute heure du jour et de la nuit il faut répondre à ses convocations. Il menace de représailles le personnel de la Défense passive si les consignes de sécurité ne sont pas respectées. Le chef du corps des sapeurs pompiers convoqué une semaine avant la libération de Granville est menacé d'être fusillé s'il ne protège pas efficacement les réserves de carburants de l'armée allemande. Il est alors chargé de mettre en place "jour et nuit" des équipes de sapeurs près de la gare en particulier. Trois jours après l'entrevue deux pompiers sont désignés à cet effet. Ils sont équipés pour la circonstance d'un matériel défectueux.

À Granville, la veille de la libération de la ville, les pompiers interviennent dans le quartier des Quais (aujourd'hui en parti disparu) pour combattre un incendie. Celui-ci s'est déclaré dans les locaux de Henri Madeleine fabricant de biscottes. Pour combattre le feu et éviter qu'il se propage aux maisons voisines du quartier et à celle de la rue des Juifs, une pompe d'aspiration et de refoulement est mise en service en bordure de la rivière "Le Bosq" qui passe près de la place Pléville.

Plusieurs pompiers sont occupés à effectuer la mise en action de la pompe quand un soldat allemand placé au-dessus des remparts de la Haute-Ville commence à lancer des grenades sur les soldats du feu. L'un d'eux Jean Fichepoil est touché par un éclat qui lui provoque une blessure dont il conservera la marque dans sa chair. Alphonse Coulombel, lui aussi engagé volontaire chez les soldats du feu, quitte le poste qui lui a été assigné et gravit aussitôt l'escalier pour se rendre dans la rue des Juifs. Il tient un couteau dans sa main. Arrivé dans la rue des ?, il contourne le soldat et l'égorge. C'est un résistant qui, avec son revolver, achève la besogne.

Pendant les bombardements, des actes de bravoures sont le fait de pompiers volontaires. Ces hommes qui se sont distingués ont tenu à rester dans l'ombre considérant qu'ils ont fait simplement leur devoir au même titre que tous leurs camarades. Au travers de ce chapitre qui leur est consacré nous tenons à leur rendre hommage. Ils étaient des Soldats "du feu" que l'on a tendance à oublier.

Des interdictions

Elles sont multiples pendant cette période d'occupation allemande. Le 24 mars 1944, les occupants exigent que tous les postes de TSF soient déposés dans les mairies pour le 31 du même mois sous peine de graves sanctions.

Au cours de ce même mois, la Felkommmandantur départementale oblige tous les propriétaires et locataires d'immeubles et de maisons à disposer immédiatement au rez-de-chaussée et sur les paliers des étages: Un tas de sable, une pelle avec un long manche, des seaux d'eau et une tape à feu. Le commandant allemand de la place de Granville, exige que des vérifications soient entreprises de suite par les chefs de secteurs et chefs d'îlots.

Après le débarquement des alliés, les interdictions sont particulièrement draconiennes. Le 6 juin 1944, les affiches de la Felkommandantur se multiplient sur les murs du département de la Manche. Elles ont pour but de faire savoir à la population qu'il est désormais interdit: De circuler du coucher au lever du soleil, de constituer des attroupements et de fermer les portes des immeubles et maisons à clef ou avec un verrou.

Parallèlement les policiers allemands et la milice multiplient les vérifications des papiers d'identité. Ces interventions engendrent de nombreuses arrestations avec plus ou moins de conséquences pour les personnes en infraction avec la législation allemande.

La période des restrictions

C'est au mois de juillet 1940 que sont distribuées à la population les premières cartes de ravitaillement. Elles sont délivrées par les mairies, sur la présentation de pièces d'identité.

Au mois de juillet 1940, A. Godal, maire de Granville, fait placarder par le garde municipal des affiches pour informer la population granvillaise des dates qui sont retenues pour la délivrance des tickets de pain. Trois jours sont choisis par le maire : le jeudi 4 pour les cartes numérotées de 1 à 3 500, le lendemain pour celles de 3 501 à 6 500 et le samedi 6 juillet pour les n° 6 501 et plus. Le bureau d'attribution est ouvert de 8 h 30 à 12 h et de 14 h à 18 h.

Tous les Français qui pour des raisons particulières sont obligés de se cacher doivent se débrouiller pour survivre. La résistance fait pour sa part des incursions dans des mairies pour se procurer des tickets de rationnement.

Sept catégories de cartes sont mises en service. La carte E pour les enfants de moins de 3 ans, la carte J 1 pour les jeunes enfants de 3 à 6 ans, la carte J 2 pour les 6 à 12 ans, la carte A pour les jeunes de 12 à 18 ans, non soumis à des travaux de force, la carte T pour les personnes de 14 à 70, effectuant des travaux pénibles, la carte C pour les personnes de plus de 12 ans sans limite d'âge appartenant au monde agricole et enfin la carte V pour les personnes de plus de 70 ans ne pouvant être classés en catégorie "C"

À partir du 18 juin 1941, les femmes enceintes ayant déjà plusieurs enfants peuvent solliciter une carte de priorité. Sur cette carte figurent: La photo de l'intéressée ainsi que son identité et sur le volet droit, le responsable du service qui délivre la carte inscrit les prénoms des enfants et leur date de naissance après vérification sur le registre d’état civil.

À chaque carte correspondent des tickets qui doivent être collés par le commerçant lors des achats. Même les soldats allemands sont dotés de tickets de rationnement. A ce sujet les préfets font imprimer en 1942 des affiches pour en informer les commerçants:

"En vertu des accords passés avec les autorités supérieures des troupes d'occupation, les militaires allemands sont munis, pour les achats de denrées rationnées, de tickets rédigés en français et en allemand, de couleur gris bleu, et valable pour un trimestre.

Toutes ventes de ces denrées aux militaires allemands doivent donc s'effectuer contre remise de ces tickets.

À défaut, un bon de réquisition doit être exigé;

À défaut de bon de réquisition régulier, les commerçants devront demander un certificat au chef de district du ravitaillement général ou, en son absence au maire, ou au commissaire de Police.

Inutile de dire qu'à partir de 6 juin 1944, les soldats allemands n'utilisent plus leurs cartes, ils se servent eux même de ce dont ils ont besoin. Nombreux sont ceux qui en voulant s'interposer pour préserver leurs marchandises ou leurs biens son sauvagement maltraités, voir assassinés.

Le rationnement alimentaire est ainsi défini le 1er juillet 1941 : Pain : Carte E : 100 g. par jour. - J1 et V: 200 g.- J2 et A: 275 g. – J3, T et C: 350 g. (Avant ce nouveau barème le pain était vendu à concurrence de 400 gr par jour et par personne.)

La vente de pain frais est strictement interdite.

Dans le Calvados, le préfet exige que les boulangers confectionnent 130 kg ; de pain avec 100 kg de farine. Viande : 350 g. par semaine. Pour les travailleurs de force classés en 1re catégorie 450 g et pour ceux de la 2e catégorie 650 g.

Boudin : le boudin ne doit pas renfermer plus de 8 à 12% de gras. En échange d'un ticket de 10 g de matière grasse, le client reçoit 100 g de boudin.

Fromage : 50 g la semaine, pour toutes les catégories. Au mois de mars 1944, sur décision du préfet de la Normandie, la vente de beurre et de fromage est interdit pendant la deuxième quinzaine du mois.

Matières grasses : 450 g par mois et 950 g pour les travailleurs de force.

Pâtes : 250 g par mois.

Sucre : catégorie E 1kg par mois et pour les autres catégories 500 g.

Riz : 200 g par mois.

Lait : le lait entier est réservé aux enfants.

Café : toutes catégories à l'exception des catégories E, J1 et J2 : 150 g. de mélange par mois.

Textiles : pour les achats de vêtements et linges, trois catégories différentes sont prévues (il en est de même pour les chaussures.) La première concerne les enfants de moins de 3 ans "pour des besoins normaux." La deuxième catégorie concerne les jeunes de 3 à 17 ans "pour des besoins urgents justifiés." La troisième intéresse les personnes de plus de 17 ans et plus. Pour cette dernière catégorie la délivrance des bons est interdite en dehors de cas exceptionnels : mariage, deuils, grossesse et retour de captivité.

Au mois de mars 1941, une carte spéciale est délivrée aux femmes enceinte pour constituer un maigre trousseau pour le futur bébé.

Tabac : à partir du mois de septembre 1941, parce que les Français non fumeurs demandent également des cartes, la ration mensuelle est diminuée. Le buraliste contre les tickets équivalents peut vendre seulement trois paquets de tabac ou six de cigarettes à son client. La distribution a lieu à la troisièm décade de chaque mois.

En campagne, les fumeurs plantent dans les jardins des plants de tabac qu’il faut soigneusement dissimuler aux yeux de l’occupant.

Charbons : trois couleurs différentes concernent les cartes : rouge pour les foyers ne disposant pas de gaz et d'électricité pour cuire les aliments ; violette, pour les foyers qui sont dans les mêmes conditions, mais qui ont des enfants de moins de 6 ans et des personnes de plus de 70 ans. La dernière est une carte jaune, qui peut être utilisées dans la mesure du stock qui reste disponible.

Il y a pareillement des cartes pour les pommes de terre, pour les semences pour le vin, le jardinage, les légumes secs, etc.

Le 25 janvier 1944, le préfet de la Manche Henri Faugère, qui est arrêté le 14 mai suivant par la gestapo, rappelle par affiches l'arrêté préfectoral du 16 mars [1942]] qui implique aux propriétés rurales de fournir 1/5e de stère de bois par hectare pour les besoins des mairies, écoles, établissements publics et foyers domestiques.

En zone rurale, les instituteurs demandent à leurs élèves d'apporter chacun une bûche de bois par semaine. Cette initiative bien respectée permet de chauffer correctement les salles de classes et l’instituteur.

Les autorités allemandes instituent également les "jours sans". Les bouchers ont interdiction de vendre de la viande les mercredis, jeudis et vendredi; Les charcutiers ferment boutique le mercredi et le jeudi et les bouchers chevalins, le vendredi.

La délivrance des boissons alcoolisées est réglementée. Les cafetiers peuvent servir des apéritifs "les jours autorisés" de 11 h à 13 h et de 18 h à 20 h, des digestifs de 13 h à 15 h et de 20 h à 22 h.

Les boissons chaudes alcoolisées entre le 1er novembre et le 1er avril sont servies par les cafetiers tous les jours mais après 15 h.

Les occupants de grade supérieur qui sont stationnés dans les grandes villes non pas de contraintes pour consommer de l'alcool. Ils ont à leur disposition des estaminets « privés » qui sont ouverts 24 h sur 24, avec des serveuses accortes.

Le travailleur pour obtenir une bicyclette est obligé de faire une demande et d'indiquer la distance entre son domicile et son lieu de travail. Les demandes sont rarement agrées par les autorités en place.

Sur chaque carte qui est nominative, doit être indiqué en temps utile la référence du fournisseur. Au verseau les dates de remises des denrées sont indiquées et une partie est réservée pour coller les tickets correspondants aux denrées délivrées par le commerçant.

L'utilisation des tickets de ravitaillement est relativement complexe. Les tickets de même format mais de couleurs différentes sont frappés de lettres et de chiffres qu'il faut découper à bon escient.

Pour le pain : Chaque ticket donne droit à la délivrance de 150 g de pain.

Les lettres de A à E sont réservées pour la carte E (100 g/jour) et pour les J1 et V (250 g/j)

Les tickets de A à N et ceux qui portent les lettres P, S, T ou U sont destinés aux J2 et A (275g/j), les lettres de A à M pour les T et C (350g/j)

Pour la viande : les tickets Bc, Bd, Be et Bh permettent d'obtenir chacun 50 g de viande. Ils sont utilisés pour les cartes E, J1, J2, V, A et C dont les titulaires peuvent consommer soit 200 g ou 300g/semaine suivant la catégorie dans laquelle ils rentrent.

Les tickets T6 et T7 procurent chacun 120 g de viande pour les cartes T qui suivant le détenteur peuvent acquérir soit 310 ou 360 g de viande par semaine.

Pour le sucre : c'est le coupon E2 qui est utilisé pour obtenir chaque mois 1 kg de sucre ou le E2 pour seulement 500 g.

Pour le café : un seul ticket qui porte le chiffre 3 est utilisé. Il donne droit mensuellement à 250 g d'un mélange qui est composé de 60 g de café et de 190 g de succédanés (orge, avoine…)

Pour le riz : le coupon E4 et E5 permettent d'obtenir 150 g/mensuel de riz ou d'orge perlé. Les chiffres 4 et 5 seulement 100 g par mois.

Pour les pâtes : les tickets DL, DM, DN qui sont à découper dans la feuille des denrées diverses, octroient 150 g de pâtes ou de semoule de céréales.

Pendant cette période, rien n'est simple pour survivre face aux restrictions imposées par l'occupant. Heureusement, le système D est courant en province pour se procurer les denrées nécessaires pour la famille. Ce qui permet de n'avoir pas trop recours au marché noir institué par des profiteurs et dont les habitants des grandes villes sont les victimes.

Notes et références

  1. (NDL : Le texte a été certainement écrit avant la déclaration de la guerre.)
  2. NDL : à cette époque, les Allemands échangent un prisonnier de guerre contre trois ouvriers volontaires pour aller travailler en Allemagne.

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