Cosquet

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Cosquet (variantes Choschet, Cosket, Couket, Couquet) est un ancien nom de famille de la Manche, et plus particulièrement du Cotentin. Il s'agit du nom d'une famille seigneuriale aujourd'hui disparue, et qui n'en était pas nécessairement originaire, comme le montrent certaines attestations ci-dessous. Ce nom ne semble plus mentionné à partir du 19e siècle.

Attestations anciennes

  • CHOSCHET : s[ignum] Choschet 1033/1034 [1], [2], non localisé.
  • COSKET : Willelmus Cosket 1180 [3], non localisé. — [abl.] Radulfo Cosket 1195 [4], non localisé.
  • COUKET : [abl.] Elya Couket 1198 [5], bailliage de Bayeux. — [abl.] Hugone Couket 1198 [6], bailliage de Bayeux. — Radulfus Couket 1198 [7], bailliage d'Évreux (?).
  • COSQUET : Galfridus Cosquet, dominus de Cosquevilla 1216 [8], à Cosqueville. — Guillelmus Cosquet 1257 [9], à Digosville. — [gén.] Roberti Cosquet 1273 [10], au Mesnil-au-Val. — [Le] fief Richard Cosquet 1396 [8], à Cosqueville. — Guyon Cosquet et ses freres, de Cherebourg 1558 n. st. [11], à Cherbourg.
  • COUQUET : Ricardus Couquet 1257 [12], Ricardus Cosquet 1273 [13], au Mesnil-au-Val.

Attestations toponymiques

  • Cosqueville (Coskevilla 1164, 1196; Galfridus Cosquet, dominus de Cosquevilla 1216).

Étymologie

Ce nom, dont l'interprétation est incertaine, est attesté à date ancienne non seulement dans la Manche, mais aussi en Bretagne : Finistère (où il est le mieux représenté), Morbihan et Ille-et-Vilaine), ainsi qu'en quelques points isolés de la France [14].

Sa toute première mention dans les textes, Choschet vers 1034, montre qu'il s'agit à cette époque d'un nom individuel, employé seul. Sa forme ne suggère rien du côté des noms de personnes d'origine germanique (franciques ou scandinaves), de telle sorte que l'on est en droit de supposer qu'il pourrait s'agir d'un nom d'origine bretonne, étant donné sa répartition : en effet, il en a existé un certain nombre dans la Manche au Moyen Âge (Altroen, Brient, Conan, Rualent, etc.), à l'origine de divers noms de famille normands actuels (Audrain, Briand, Conan, Ruellan(d), etc.). Cependant, le problème vient de ce que Cosquet ne semble pas faire partie des noms individuels bretons connus.

L'examen des variantes de ce nom peut se révéler utile : en effet, à côté des formes Choschet, Cosket, Cosquet, on relève également Couket et Couquet [15]. Cette forme alternative est confirmée par certaines attestations anciennes du nom de Cosqueville, formé sur cet anthroponyme : Cousquevilla vers 1280, et encore Couqville en 1634. Or on sait qu'en ancien français [o:] long fermé a évolué en [u] dès le 12e siècle, alors que la graphie restait plus longtemps conservatrice, de telle sorte qu'un o graphique peut noter [u] à cette époque. Le fait que le nom de Cosqueville se prononce aujourd'hui [ko:k'vil] (kôk-vil’) montre qu'il a existé dès l'origine deux prononciations parallèles, l'une en [o:], l'autre au [u], et que la première l'a emporté.

Il serait donc envisageable de considérer que l'on pourrait avoir affaire à un radical initial en kousk-, qui mettrait sur la voie du breton kousk « sommeil », kousked « sommeil; somnolence », kousket « dormir », etc., et donc d'un surnom individuel breton évoquant un gros dormeur ou la tendance à somnoler. Un tel nom n'est malheureusement pas attesté, à notre connaissance. Cependant, on pourra le rapprocher du patronyme Cousquer, expliqué par le breton kousker « dormeur » [16]. Ce nom est caractéristique du Léon; or c'est également dans le Finistère que se trouvent la majorité des Cosquet bretons.

Notes et références

  1. Léopold Delisle, Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, Valognes, 1867, pièce jointe n° 20.
  2. Marie Fauroux, Recueil des actes des ducs de Normandie (911-1066), Mémoire de la Société des Antiquaires de Normandie XXXVI, Caen, 1961, p. 218, § 76.
  3. Léchaudé D’Anisy, Grands Rôles des Échiquiers de Normandie, première partie, Mémoire de la Société des Antiquaires de Normandie XV, 2e série, 5e volume, Paris, 1845, p. 88a.
  4. Ibid.
  5. Léchaudé D’Anisy et Antoine Charma, Magni Rotuli Scaccariæ Normanniæ sub regibus Angliæ, pars secunda, Mémoire de la Société des Antiquaires de Normandie XVI, 2e série, 6e volume, Paris, 1852, p. 36b.
  6. Ibid., p. 37a.
  7. Ibid., p. 69b.
  8. 8,0 et 8,1 François de Beaurepaire, Les noms de communes et anciennes paroisses de la Manche, Picard, Paris, 1986, p. 104.
  9. Julie Fontanel, Le cartulaire du chapitre cathédral de Coutances, Archives départementales de la Manche, Saint-Lô, 2003, p. 143, § 38.
  10. Julie Fontanel, op. cit., p. 357, § 227.
  11. Eugène Robillard de Beaurepaire et le Comte Auguste de Blangy, Le Journal du Sire de Gouberville (t. II), Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie XXXII, Caen, 1895, p. 400.
  12. Julie Fontanel, op. cit., p. 143, § 38.
  13. Ibid., p. 357, § 227.
  14. Source Geneanet, consulté le 18/07/2011.
  15. Le son [s] s'amuït régulièrement devant les occlusives sourdes [p], [t], [k] en allongeant la voyelle précédente dès la fin du 12e siècle.
  16. Albert Deshayes, Dictonnaire des noms de famille bretons, Le Chasse-Marée-ArMen, Douarnenez, 1995, p. 177b.