Clenche

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Clenche (fr. rég.), clenque (dial.), n. f., 1 : poignée de porte. — 2 : clenche (au sens français).

Sous sa forme française, le mot clenche est généralement employé dans la Manche au sens régional de « poignée de porte »; mais on le rencontre aussi, comme la forme dialectale normande correspondante clenque, au sens originel de « clenche ». Henri Moisy définit clenque ainsi : « bascule du loquet, laquelle s'abaisse dans l'entaille du mentonnet et tient ainsi la porte fermée » [1]. Beaucoudrey ajoute, pour clenche : « un petit levier présentant une surface plate, dite […] poucier, sert à la faire jouer avec le pouce [2]. »

Répartition géographique

Le sens de « poignée de porte » pour clenche est commun à toute la Normandie [3]. La forme dialectale clenque (et variantes) se limite à la moitié nord de la Manche et au quart nord-ouest du Calvados [4]. On notera par ailleurs que ce sens de « poignée de porte » n'est pas propre à la Normandie, mais se retrouve également dans le Nord ainsi qu'en Belgique (où l'on parle plutôt de clinche). D'une manière générale, le mot clenche est employé en France au nord d'une ligne allant, en gros, de la Loire-Atlantique à l'Aisne [5].

Attestations écrites

Dans la littérature dialectale

  • CLENQUE : 1348 II gonz, II penturez, une clenque pour l'uis du buschier de la garnison, « deux gonds, deux pentures, une clenche pour la porte du bûcher de la garnison » [6].
  • CLIANQUE : 1849 A travers hecq, us et ussrie, / Clianque et serraeure et taroué d'fer !, « à travers demi-porte, porte et huisserie, clenche et serrure et verrou de fer ! » [7].

Dans les glossaires et dictionnaires

Attestations orales

Transcriptions : alphabet Rousselot-Gilliéron.

Étymologie

Ce mot, indirectement attesté vers 1200 par l'ancien français aclencier « fermer à la clenche », puis un peu plus tard sous la forme clence, représente un ancien emprunt au francique °klinka (cf. moyen bas-allemand klinke, moyen néerlandais clinke « pièce d'un loquet consistant en un levier »). Le mot semble reposer initialement sur une onomatopée, klink, évoquant un bruit ou un choc métallique. Cette dernière est une forme nasalisée du type clic, à la base du français clique et du wallon cliche « loquet » [12].

Le sens régional de « poignée de porte » représente un emploi métonymique de celui de « levier de loquet », les deux mécanismes étant liés.

En ce qui concerne la phonétique, on notera le trait normano-picard qui se manifeste dans la forme dialectale clenque : conservation de [k] germanique (assimilé à [k] latin) devant [a] en position forte : °klinka > clenque.

Mots apparentés

  • clencher « actionner la clenche pour ouvrir la porte ».
  • clenchonner « actionner la clenche pour ouvrir la porte ».

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Henri Moisy, Dictionnaire de patois normand, Indiquant particulièrement tous les termes de ce patois en usage dans la région centrale de la Normandie, pour servir à l’histoire de la langue française, Caen, Henri Delesques éd., 1887, p. 141b.
  2. 2,0 2,1 et 2,2 Raymond Ganne de Beaucoudrey, Le Langage normand au début du XXe siècle noté sur place dans le canton de Percy (Manche), Paris, Picard, 1911.
  3. 3,0 et 3,1 René Lepelley, Dictionnaire du français régional de Normandie, Paris, Bonneton, 1993, p. 46a.
  4. 4,00 4,01 4,02 4,03 4,04 4,05 4,06 4,07 4,08 4,09 4,10 4,11 4,12 et 4,13 Patrice Brasseur, Atlas Linguistique et Ethnographique Normand, CNRS, Paris, vol. III, 1997, carte n° 959, « Clenche ». — Il n'est par fait sur la carte de différence entre les sens « clenche » et « poignée de porte ».
  5. 5,0 et 5,1 Pierre Rézeau (éd.), Dictionnaire des régionalismes de France, De Boek Duculot, Bruxelles, 2001, p. 272b-273.
  6. Travaux faits au château de Cherbourg (1348), in Léopold Delisle, Les actes normands de la Chambre des Comptes sous Philippe de Valois (1328-1350), Rouen, Le Brument, 1871, p. 365, § 209; Cherbourg.
  7. « La maison ensorchellaïe », in [Georges Métivier], Rimes guernesiaises. Par un câtelain, Simpkin, Marshall et Cie, Londres, [1849], p. 98; Guernesey.
  8. Georges Métivier, Dictionnaire franco-normand ou recueil des mots particuliers au dialecte de Guernesey […], Williams and Norgate, Londres / Édimbourg, 1870, p. 134.
  9. Graphie dite « normalisée », prônée par la mouvance de Fernand Lechanteur, Marcel Lelégard et al., mais ne reflétant qu'une prononciation minoritaire.
  10. J.-P. Bourdon, A. Cournée, Y. Charpentier, Dictionnaire normand-français, Paris, Conseil international de la langue française, 1993, p. 82b.
  11. René Lepelley, Dictionnaire du français régional de Basse-Normandie, Paris, Bonneton, 1989, p. 48b.
  12. Alain Rey (sous la direction d’), Dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaires Le Robert, Paris, 2e éd., 1998, p. 776a.