Claude Auvry

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Claude Auvry par Robert Nanteuil (1660).

Claude Auvry, né à Paris en 1606, mort à Paris le 9 juillet 1687, est une personnalité catholique de la Manche.

Il est évêque de Coutances de 1646 à 1658.

Biographie

Fils d'un marchand drapier de la paroisse parisienne de Saint-Barthélemy, Claude Auvry est confié pour ses premières études à un précepteur normand, Abraham Bazire, futur docteur de Sorbonne, qui deviendra un jour son vicaire général à Coutances. Le jeune homme est envoyé ensuite, pour ses études de philosophie, à Rome, où l'un de ses oncles réside et où il arrive en 1626 : année de la consécration de la basilique Saint-Pierre par le pape Urbain VIII, à qui Claude Auvry dédie ses thèses de philosophie et devant qui il les soutient avec netteté d'esprit et solidité, dit-on.

Il devient le favori du cardinal neveu du pape, Francesco Barberini, grâce à qui il reçoit le prieuré de Chastenais en Lorraine, une prébende à Toul et d'autres bénéfices. Ce prélat, grand ami de Mazarin, est, selon l’historien manchois Paul Le Cacheux, « une figure peu sympathique »[1].

Familier du Palais Barberini, Claude Auvry s'occupe des affaires bénéficiales et se lie avec son compatriote, François Le Metel de Boisrobert, originaire de Caen, et avec Jules Mazarin. Nommé, sur intervention de Louis XIII, clerc du sacré Consistoire en 1632, il se trouve encore à Rome en 1638, quand il fait imprimer une Prière à Sa Sainteté le pape Urbain VIII, à l'occasion de la naissance du prince dauphin. En 1641, Mazarin est créé cardinal : Auvry est désigné par Urbain VIII pour accompagner le prélat qui doit remettre, le 25 février 1642, la barrette cardinalice à Mazarin. Auvry fait désormais partie de sa maison comme maître de sa chambre ou camérier : il reçoit un nouveau bénéfice, le prieuré de Lartige, au diocèse de Limoges.

Après avoir montré ses talents de négociateur dans les affaires qui ont suivi le complot de Cinq-Mars, Claude Auvry est nommé à l'évêché de Saint-Flour, quand l'évêque de Coutances, Léonor de Matignon remet son siège au roi pour être transféré à Lisieux le 28 juillet 1646. Mazarin fait alors attribuer Coutances à Auvry, qui en est pourvu le 27 juillet 1646 ; le pape lui accorde gratuitement ses bulles le 3 décembre suivant. Auvry est sacré le 17 février 1647 et fait son entrée solennelle à Coutances le 15 septembre. Il célèbre une messe pontificale à la cathédrale. Il nomme vicaires généraux Abraham Bazire, son ancien précepteur, et Adrien Andrénas, du diocèse de Chartres.

Le soutien d'Auvry à Mazarin pendant la Fronde porte le duc de Longueville, gouverneur de Normandie, le 21 mars 1649, à donner l'ordre d'arrêter l'évêque de Coutances : Auvry quitte Coutances en secret pour se réfugier à la Cour, à Saint-Germain, près de Paris, et revient six mois plus tard dans sa ville épiscopale pour y accueillir, le 26 septembre, les princes anglais, le prince de Galles et le duc d'York, fils de Charles Ier.

Par la suite, Auvry réside peu dans sa ville épiscopale : en 1650 il est envoyé à Rome ; il passe presque toute l'année suivante aux côtés de Mazarin ; et, le 3 avril 1653, il est reçu trésorier de la Sainte-Chapelle du Palais. Par un acte du 8 décembre 1650, Claude Auvry confie à Jean Eudes la fondation d'un séminaire à Coutances et, le 21 décembre 1654, il signe un acte de donation d'une ruelle en faveur de cette maison. La veille, il a également signé la permission accordée à François de La Luthumière de fonder un séminaire à Valognes et la fieffe du manoir épiscopal de cette ville.

De Paris le plus souvent, Auvry s'occupe de son clergé et de son diocèse : il réside au palais Cardinal auprès de son protecteur, tout près du Palais-Royal ; il participe à Paris à la consécration épiscopale de Gabriel de Boislève le 18 décembre 1651 et, dix jours plus tard, à celle de François de Harlay de Champvallon, archevêque de Rouen.

Claude Auvry joue un rôle essentiel et original dans les affaires relatives à la condamnation des Cinq Propositions et aux disciples de saint Augustin. Ami et confident de Robert Arnauld d'Andilly, frère aîné des mères Angélique et Agnès, abbesses de Port-Royal, et du Grand Arnauld, Auvry restera fidèle à ce qu'il écrit le 3 janvier 1654 à Mazarin : « Je ne suis point janséniste, et je ne suis pas d'esprit à le vouloir devenir ; mais je puis bien dire à Votre Eminence qu'il y a un peu trop de chaleur, de vanité et d'animosité contre eux [les jansénistes] ». L'évêque de Coutances correspond avec M. d'Andilly pendant de longues années, se montrant modéré et prudent.

D'un autre côté, à la suite de divers incidents, comme l'initiative prise par l'archevêque de Rouen, le 18 septembre 1655, de déclarer Claude Auvry irrégulier et suspens, car il a procédé à Paris à des ordinations sans l'accord de M. de Rouen.

Il résigne son évêché normand en septembre 1658 : Eustache Le Clerc de Lesseville lui succède ; Auvry reçoit en compensation une rente de 12 000 livres sur les revenus de Coutances et l'abbaye de Saint-Crespin de Soissons, dont M. de Lesseville était abbé, et refuse le siège épiscopal de Bayeux, devenu vacant à la mort de François Servien, mort le 2 février 1659.

En outre, Claude Auvry devient le vicaire général du cardinal Antoine Barberini, frère de Francesco et grand aumônier de France ; à ce titre, il s'occupe de l'hôpital des Quinze-Vingts, où, grâce à lui, Jean Eudes prêche une mission du 25 avril au 13 juin 1660.

Après la mort de Mazarin en 1661, Claude Auvry négocie l'année suivante la démission du cardinal de Retz de l'archevêché de Paris et s'occupe de la Sainte-Chapelle, où il fait prêcher le Père Eudes pendant le carême 1669.

Le 28 février 1663, il assiste à la harangue d'installation que prononce Louis Noël au Collège royal de France : ancien professeur au collège d'Harcourt, ce Normand succède là au Normand Pierre Padet, démissionnaire.

À la mort d'Eustache Le Clerc de Lesseville, en décembre 1665, Auvry aurait pu être nommé une seconde fois évêque de Coutances, mais il refuse l'offre qui lui en est faite.

En 1667, il se rend célèbre en suscitant une dispute à propos d’un lutrin. C’est cette affaire qui servit de trame à l’œuvre de Nicolas Boileau-Despréaux[1], qui en publie les quatre premiers chants en juillet 1674 (certains passages sont déjà écrits en mars 1672) : en réalité la dispute entre Claude Auvry et son chantre Jacques Barrin date du mois d'août 1667.

Le 20 décembre 1676, Auvry donne les ordres majeurs à un Normand originaire de Caen, Pierre-Daniel Huet, futur évêque d'Avranches.

L'ancien évêque de Coutances meurt subitement à Paris le 9 juillet 1687 : il est inhumé dans la chapelle basse de la Sainte-Chapelle. À Coutances, son oraison funèbre est prononcée par le grand vicaire Pierre de Blanger le 18 août 1687 et imprimée la même année. Le docteur de Sorbonne Jacques Boileau, frère de Nicolas, ami de Port-Royal et chanoine de la Sainte-Chapelle, écrit de Claude Auvry, le 12 février 1703, qu'il était « fort ignorant et d'un mérite au-dessous du médiocre » et, le 27 mars 1711 : « Sa mort a été très chrétienne ; il a donné la plus grande partie de ses biens aux pauvres ».

Iconographie

  • Portrait de Claude Auvry, d'après Philippe de Champaigne, voir Fernand Vatin, Le château de la Motte, dans Annuaire de la Manche, 1931.

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Jean-François Hamel, sous la direction de René Gautier, Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 2, ISBN : 2-914 541 14-7.

Sources

  • Arch. dép. de la Manche, notariat de Coutances, 5 E 2419.
  • René Rapin, Mémoires, Paris, 1865, t. I, p. 363 ; t. II, p.127, 272, 495, 500, 501 ; t. III, p. 53, 164-166, 189.
  • Godefroy Hermant, Mémoires, éd. Augustin Gazier, Paris, 1905-1910, 6 vol., index.
  • Charles Berthelot du Chesnay, Les Missions de saint Jean Eudes, 1967, p. 324-325 et passim.
  • Paul Émard et Suzanne Fournier, La Sainte-Chapelle du Lutrin, Genève, Droz, 1963, p. 24-32.
  • Boileau, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, "La Pléiade", 1966, p. 1004 et suiv.
  • Paule Jansen, Le cardinal Mazarin et le mouvement janséniste français. 1653- 1659. D'après les documents inédits conservés dans les Archives du Ministère des Affaires Etrangères, Paris, Vrin, 1967, index.
  • Paule Jansen, Arnauld d'Andilly défenseur de Port-Royal (1564-1659). Sa correspondance inédite avec la Cour conservée dans les Archives du Ministère des Affaires étrangères, Paris, Vrin, 1973.
  • Joseph Toussaint, Claude Auvry, évêque de Coutances et trésorier, à Paris, de la Sainte-Chapelle, Avranches, Ed. de l'Avranchin, 1981.
  • Remy Villand, « Actes de fondation des séminaires de Coutances et de Valognes, de 1651 à 1661 ...», Mélanges de la Société d'Archéologie de la Manche, 1982, p. 129-137.
  • Paul Milcent, Saint Jean Eudes, Paris, Cerf, 1985, p. 324, 326, 489.
  • Pierre Gouhier, « La carrière ecclésiastique de Pierre-Daniel Huet », dans les Actes du colloque de Caen, 1993, P.-D. Huet, p. p. Suzanne Guellouz, Biblio 17, PFSCL, Paris-Seattle-Tübingen, 1994, p. 15.
  • Robert Arnauld d'Andilly, Mémoires, éd. Régine Pouzet, Paris, Champion, 2008, p. 308, 312.