Charles de Gaulle dans la Manche (1960)

De Wikimanche

Ouest-France, 6 juillet.

Charles de Gaulle, président de la République, effectue un voyage officiel dans la Manche les 6 et 7 juillet 1960.

Il est notamment le 6 juillet à Cherbourg, Valognes, Torigni-sur-Vire et Saint-Lô ; le 7 juillet à Saint-Lô, Coutances, Granville et Avranches.

Ce déplacement fait partie d'un voyage plus large consacré à la Normandie. Il se poursuit dans le Calvados, l'Eure et la Seine-Maritime les 8 (Alençon, Argentan, Domfront, Flers, Vire, Bayeux et Caen), 9 (Caen, Lisieux, Bernay, Évreux et Rouen) et 10 juillet (Rouen, Dieppe, Fécamp et Le Havre) [1]. Il y prononce 24 allocutions [1].

C'est le 32e voyage officiel du président de la République et le 8e en province [1].

Le général de Gaulle est accompagné de Pierre Chatenet, ministre de l'Intérieur, Pierre Messmer, ministre des Armées, Wilfrid Baumgartner, ministre des Finances, Henri Rochereau, ministre de l'Agriculture, Pierre Sudreau, ministre de la Construction, Louis Terrenoire, ministre de l'Information, Robert Buron, ministre des Travaux publics, Raymond Triboulet, ministre des Anciens combattants [1].

Charles de Gaulle a alors 69 ans. Il est président de la République depuis un an et demi.

Mercredi 6 juillet

Ouest-France, 7 juillet.

Venant de Paris, l'avion du général de Gaulle, le SO France, atterrit sur l'aéroport de Cherbourg-Maupertus sous un ciel gros et orageux [2]. Il est accueilli par Francis Graëve, préfet de la Manche [2].

Le général de Gaulle fait une courte halte à Tourlaville [2].

Il arrive à Cherbourg à 13 h 40. Une foule importante l'attend place de la République. Il est accueilli par le Dr Jacques Hébert, maire [2], qui exprime sa fierté de recevoir le Président. « Vous êtes une ville, une grande ville, dont je sais les soucis et les espoirs », répond le général de Gaulle [2]. Il visite l'arsenal sans la presse [2]. À 14 h 10, le président de la République se rend place du Château, où l'attend une foule considérable et le groupe Alfred Rossel en habits traditionnels normands. Il y prononce un discours : « Quels souvenirs poignants m'ont laissé votre ville, Cherbourg, où j'avais eu l'honneur de me trouver quelques jours avant que l'ensemble du territoire commençât à être libéré, quelques jours avant qu'on allât vers Paris. Déjà, je lisais dans les esprits la volonté de surmonter les malheurs et de commencer une vie nouvelle. » [2]. Il ajoute : « Que de sous-marins sont sortis de votre arsenal et bien d'autres en sortiront. C'est moi qui vous le dis. » À propos de l'Algérie, il déclare : « Pas à pas, nous avançons sur la route vers l'avenir algérien, sur la route d'une Algérie liée à la France par la nature des choses. Son avenir sera décidé par les Algériens eux-mêmes et tout ce qui retarde cette grande décision, ce n'est pas une bonne action à l'égard de la population algérienne, à l'égard de la paix, et à l'égard du monde entier. » [2]

Déjà, il faut partir, vite. Le cortège s'ébranle, formant « une caravane chromée interminable roulant parfois à 120 km/heure et dominée dans le ciel par les arabesques des hélicoptères des services de sécurité » [2]. À Saint-Joseph, « le général étreint un vétéran de 14-18, Octave Bertho, à la poitrine plus constellée qu'une bannière d'orphéon » [2]. À Valognes, il est accueilli par Henri Cornat, maire. D'autres haltes ont lieu à Émondeville, Neuville-au-Plain, Sainte-Mère-Église (16 h 29), où il signe le registre municipal. À Carentan, il fait son entrée debout dans sa voiture découverte [2].

Arrivé à Saint-Lô à 18 h 10, le général de Gaulle salue la foule massée le long des rues. Il dépose une gerbe au pied du monument aux morts de la prison. Il parle encore de l'Algérie : « La France est en route pour résoudre, avec les Algériens, ce qu'on appelle la question algérienne. Elle est en route pour la paix en Algérie. Oh ! je sais bien, il y a des obstacles, des péripéties. Je sais que l'on ne résout pas en quelques mois un drame qui dure depuis six ans et un problème qui dure depuis centre-trente ans. Cependant, je vous affirme que nous sommes en route pour atteindre notre but, c'est-à-dire la paix, l'apaisement et puis la libre disposition des Algériens pour eux-mêmes, et ensuite l'établissement de rapports nouveaux entre l'Algérie et la France, rapports qui seront, je n'en doute pas, une union étroite et féconde. » [2].

Mme de Gaulle rejoint son mari à Saint-Lô [3].

Le chef de l'État passe la nuit à l'hôtel de la préfecture.

Jeudi 7 juillet

Ouest-France, 8 juillet.

À 7 h 10, le président de la République monte dans sa voiture [3].

À Condé-sur-Vire, il est accueilli à la coopérative Elle & Vire par Auguste Grandin. Dans la cour, 450 ouvriers en blouse blanche ou en cote bleue crient « Vive de Gaulle » [3]. Le chef de l'État coupe le ruban tricolore de la nouvelle usine [3]. Il s'y produit chaque jour 225 000 litres et 70 000 litres de crème chaque jour, auxquels s'ajoutent chaque mois de 200 t à 550 tonnes de beurre [3].

Le cortège marque plusieurs étapes, notamment à Saint-Samson-de-Bonfossé, Saint-Ébremond-de-Bonfossé et Saint-Gilles [3].

À Torigni-sur-Vire, le couple va « surprendre » Marguerite Postel, bientôt 80 ans, ancienne gouvernante de ses enfants, dans sa maison de la rue Notre-Dame [3]. À la mairie, le général de Gaulle reçoit une croix de Lorraine en fleurs et signe le livre d'or de la ville [3].

À Canisy, il dépose une gerbe aux monument aux morts [3].

À Coutances, il est accueilli par le maire Marcel Hélie et l'évêque de Coutances, Mgr Jean Guyot [3]. Il y prononce un discours : « Coutances, petite ville normande, sans prétention, mais ville fière, courageuse et grande à sa manière ». Il ajoute : « Le travail accompli ici est magnifique. Au fur et à mesure que le temps passe, la décentralisation qui se produira inévitablement à Paris viendra vous trouver. » [3]. Le général de Gaulle se voit offrir une toile de Martin, représentant le panorama de Coutances. Il signe le livre d'or. La Marseillaise est reprise par « 5 000 à 8 000 poitrines » [3].

Le cortège officiel continue de multiplier les haltes : Hyenville, Quettreville-sur-Sienne, Muneville-le-Bingard, Bréhal, Coudeville-sur-Mer, Bréville-sur-Mer... [3].

« Des orages rôdent le long littoral ». À Granville, « chaleur lourde, eau couleur de plomb », le chef de l'État suscite « une des plus chaleureuses manifestations populaires de son séjour en Normandie ». Il prononce in discours place de la Mairie : « Je vous reconnais, mes compatriotes de Granville. Comme moi, comme beaucoup, vous êtes des gens divers, mais en réalité, rassemblés, nous ne sommes qu'un seul peuple, le grand peuple de France. ». Là encore, La Marseillaise est reprise en cHœur. Une marine de Pierre Brette lui est offerte.

À Avranches, «  noir de monde » [3], il est accueilli par Léon Jozeau-Marigné au son des Allobroges jouée par la musique municipale [3]. Le groupe folklorique La Rose au Bouais et les Bretons du Cercle celtique font partie du comité d'accueil [3]. Le général de Gaulle parcourt rapidement les salles de la bibliothèque. Il y admire les manuscrits originaux du Mont-Saint-Michel présentés par Mlle Desnier, bibliothécaire. Nouveau discours.

Le voyage dans la Manche s'achève. À 12 h 35, trois autorails partent de la gare d'Avranches pour Argentan (Orne) [3]. Le président de la République en profite pour déjeuner en tête à tête avec sa femme [3].

Notes et références

  1. 1,0 1,1 1,2 et 1,3 « Le général de Gaulle arrive aujourd'hui en Normandie », Ouest-France, 6 juillet 1960.
  2. 2,00 2,01 2,02 2,03 2,04 2,05 2,06 2,07 2,08 2,09 2,10 et 2,11 Roger Montaron, « Dans le grand port du Cotentin, toutes les cloches se mirent à sonner... », Ouest-France, 7 juillet 1960.
  3. 3,00 3,01 3,02 3,03 3,04 3,05 3,06 3,07 3,08 3,09 3,10 3,11 3,12 3,13 3,14 3,15 3,16 et 3,17 Roger Montaron, « Avec de Gaulle, de Saint-Lô à Alençon », Ouest-France, 8 juillet 1960.

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