Chapelle Saint-Ortaire (Le Dézert)

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Chapelle Saint-Ortaire après sa restauration
Intérieur de la chapelle Saint-Ortaire
Chapelle Saint-Ortaire au début du siècle

La chapelle Saint-Ortaire est un édificie religieux catholique de la Manche, appartenant à l'ensemble du manoir de Saint-Ortaire, propriété privée située au Dézert.

Cette chapelle date de la fin du XVe siècle [1], mais les archives et les trouvailles archéologiques [2] témoignent d’origines plus anciennes.

D’après des chartes d’époque, comme nous pouvons le lire dans la Revue catholique de Coutances de 1875-1876 [3], la propriété appartenait avant les Croisades aux comtes d’Avranches, barons du Dézert et de Landelles (lieux de naissance présumée et de la mort de Saint Ortaire). Cette famille, en particulier le fils de Richard d’Avranches, « Octaire comte d’Avranches, seigneur de Marcé, de Dol, de Combourg, du Grippon, de Landelles et autres lieux, revendiquait hautement comme un honneur, en ces temps de foi et de vaillance, un lien de parenté avec Saint Ortaire ». Elle fit construire « des églises et des monastères en attendant le départ au cri de « Diex et volt » des croisés pour la conquête de Palestine » . Il est vraisemblable que, sur un ancien lieu de culte remontant à la conversion des Normands (911-933), elle fît bâtir un sanctuaire dédié au Saint à l’emplacement de la chapelle actuelle, où il serait né à la fin du Ve siècle. Elle serait alors une ancienne chapelle domestique dépendant de l’ancien château féodal de la Mare du Dézert. Leur succédèrent d’autres familles très pieuses : « de Vitré, le Roi, de Nantier, de Renty, de Tesson, et Villiers du Hommet. »

Le chevalier Geoffroy de la Mare s’y installe au XIIIe siècle, peu de temps après la fondation de l’abbaye Sainte-Catherine-de-la-Perrine au Dézert, dont il est bienfaiteur. En 1417, lors de l’invasion anglaise, ainsi que Charles Fierville l’écrit dans les Mémoires de l’Académie de Caen de 1892, ses descendants « aimèrent mieux prendre la route de l’exil et s’exposer à la misère que de faire acte de soumission au vainqueur ». « Les deux aînés : messire Louis de La Mare et Richard de La Mare sont inscrits sur les listes d’honneur des chevaliers qui prirent part à la défense du Mont Saint Michel en 1424-1427 et l’empêchèrent de tomber entre les mains des Anglais ». Le seigneur Guillaume de La Mare, fils de Louis de La Mare revint en 1449 en son domaine de Saint Ortaire endommagé par la guerre. D’après le même auteur, la reconstruction du Manoir peut être attribuée à son fils Guillaume (2e moitié du XVe). Grand humaniste, il deviendra recteur de l’Académie de Caen en 1503. Le blason « D’argent (fond blanc), à la croix de gueules (rouge) » actuellement visible sur le vitrail à gauche de l’autel pérennise la mémoire de cette famille.

À la fin du XVIe siècle, les guerres de religion sévissent dans la région, et les « hommes de Montgommery » sèment le feu et la destruction dans tous les lieux de culte catholique. La chapelle est saccagée, mais les dévotions au Saint continuent[3].

En 1614, la propriété passe de la famille de La Mare à celle du célèbre abbé Michel de Saint Martin (écrivain, agrégé en théologie et recteur de l’Université de Caen), précise l’historien Yves Nédélec (Mélanges de la Société d’archéologie de la Manche, 3e série, 1974).

La chapelle a vraisemblablement été fortement restaurée au XVIIe siècle. La statue en bois polychrome du saint guérisseur est sculptée et installée dans la chapelle où se tient désormais un pèlerinage chaque année à la Pentecôte, sous l’impulsion des prieurs du Dézert. Cependant l’archidiacre fait remarquer le mauvais état de l’édifice dès 1684. Un chapelain dessert la chapelle jusqu’à la Révolution.

Pendant la Révolution, le lieu sacré est profané et pillé par des bandes révolutionnaires. Alors qu’une nouvelle cloche avait été fondue à Villedieu-les-Poêles, bénie et posée en 1790, la statue du Saint est jetée dans la fontaine en 1793 à l’encontre du pieux culte rendu par les habitants de la région. La chapelle est alors fermée et le lieu sert de refuge aux prêtres et clercs réfractaires (restés fidèles au roi).

En 1808, sous l’Empire, « Mgr Rousseau, cédant aux vœux de la population, la rouvrit solennellement »[3].

En juillet 1944, lors de l'opération Cobra, les troupes américaines percèrent les lignes ennemies par Le Dézert, en direction de Coutances. Malgré des combats acharnés et le déplacement incessant des lignes de front avec prise et reprise du Dézert, la chapelle fut miraculeusement épargnée.

Saint Ortaire y est abondamment prié et fêté et donne lieu à de nombreux pèlerinages. L’eau de la fontaine miraculeuse de Saint Ortaire située à quelques pas de la chapelle est utilisée pour ses vertus curatives « depuis des temps immémoriaux».

Restaurée depuis 2004, la chapelle est de nouveau ouverte à tous les pèlerins le jour de la fête de saint Ortaire où une messe est célébrée aux alentours de la Pentecôte.

Notes et références

  1. « Notice du manoir Saint-Ortaire ou manoir de la Mare du Dézert », base Mérimée, monuments historiques, 2004.
  2. pierre gravée et carreaux fleur-de-lisés modèle XIIIe-XIVe, fresque de ciel étoilé XVe
  3. 3,0 3,1 et 3,2 Victor Brunet, La Revue catholique de Coutances de 1875-1876