Château médiéval de Regnéville-sur-Mer

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Le château médiéval de Regnéville est une construction fortifiée de la Manche, située à Regnéville-sur-Mer.

Implanté au bord du havre de la Sienne, c'est une forteresse du XIVe siècle destinée à protéger l'important port d'échouage de Regnéville-sur-Mer, l'un des plus actifs du Cotentin du Moyen Âge jusqu'au XVIIe siècle. En partie démantelé à la fin de la guerre de Cent Ans, il a été profondément remanié au XVIIe et XVIIIe siècles. Aujourd'hui propriété du Conseil départemental de la Manche, des campagnes de fouilles et des travaux de restauration lui redonnent progressivement vie.

Les ruines.

Histoire du château

Le château médiéval de Regnéville est érigé au plus tard au milieu du XIVe siècle ; il est alors composé d’une « haute-cour » à l’est, dont les fondations ont été partiellement dégagées lors des fouilles effectuées de 1991 à 1993. La grande tour, dont il ne reste que deux des quatre flancs, était située au nord-est de cette haute-cour.

À l’ouest, face au havre, la « basse-cour » constitue à l’origine la résidence royale de Charles le Mauvais. La guerre de Cent Ans laisse le château en triste état et il faut attendre Roulland de Gourfaleur en 1582 pour que débutent des travaux. Le site de la basse-cour est fortement transformé et les douves recreusées. La forteresse est démantelée en 1637 et le château n’a plus alors qu’une fonction résidentielle et d’exploitation agricole.
Au milieu du XIXe siècle, Victor Bunel installe une scierie mécanique de marbre dans l’ancienne basse-cour.
Le château de Regnéville est acquis par le Conseil général de la Manche en 1989, dans le cadre du réseau départemental des sites et musées de la Manche, et bénéficie d’un classement au titre des Monuments Historiques en 1991.

Le château de Charles le Mauvais

En 1336, le fief de Regnéville passe dans les mains de la famille de Navarre. En 1349, Charles le Mauvais, roi de Navarre, hérite des possessions normandes de son père, le comte d’Evreux. Il est probable que le château de Regnéville ait été construit à cette époque. En 1364, Charles V monte sur le trône de France. Les bandes de Charles le Mauvais, alliées aux Anglais, tiennent la Normandie en s’appuyant sur d’innombrables châteaux. Celui de Regnéville connaît alors d’importants travaux de renforcement des fortifications.

Après la tentative d’empoisonnement du roi de France par un familier du roi de Navarre en mars 1378, Charles V envoie le duc de Bourgogne et le connétable Bertrand Du Guesclin se saisir des places fortes de Charles le Mauvais en Normandie. Ainsi, au début du mois de mai 1378, la forteresse de Regnéville est prise par les troupes du roi de France. Après la mort de Charles V en 1380, son fils Charles VI rend ses terres à Charles de Navarre.

En 1404, Charles III, fils du Mauvais, cède la Normandie au roi de France. Regnéville sort du patrimoine navarrais pour réintégrer définitivement le domaine royal.

L’occupation anglaise

En mars 1418, le duc de Glocester s’empare du château pour le compte du roi d’Angleterre Henri VI. Une cinquantaine d’hommes constitue la garnison de Regnéville à cette époque. L’occupation anglaise est très impopulaire et une résistance assez inorganisée se manifeste par des propos hostiles ou des agressions contre les soldats anglais.

En 1425, une grande opération est montée par les Anglais contre l’abbaye forteresse du Mont Saint-Michel et une partie de la flottille est rassemblée dans le port de Regnéville.

En 1435, le capitaine du château est Hue Spencer. C’est le bailli du Cotentin pour le roi d’Angleterre, véritable préfet cumulant de hautes fonctions administratives et le commandement militaire. Jusqu’en 1448, il fera de Regnéville sa résidence.

Le 19 septembre 1449, la forteresse est reprise aux Anglais par le connétable de Richemont avec l’armée du duc de Bretagne et l’aide d’une centaine de bourgeois de Coutances et des paysans de Regnéville. L’assaut laisse la forteresse éventrée du côté de la mer. L’année suivante, en 1450, à la suite de la bataille de Formigny, entre Isigny et Bayeux, les Anglais sont chassés de Normandie. Trois ans plus tard se termine la Guerre de Cent Ans.

La défense du château au Moyen Âge

Les garnisons qui défendaient le château de Regnéville sont toujours restées modestes : en moyenne 5 ou 6 hommes d’armes pour 15 archers ou arbalétriers, sous les ordres d’un capitaine. La faiblesse numérique de cette troupe suppose un certain agencement de la forteresse : concentration des défenses, chemins de ronde ininterrompus autour des courtines.
Des contrats d’engagements étaient passés entre le souverain et les capitaines. La solde de la garnison, composée de soldats professionnels, était assurée par le suzerain, roi de France, roi de Navarre ou roi d’Angleterre selon les époques.
Au début du XVe siècle, trois pièces d’artillerie sont fabriquées pour le château. Ces petits canons, appelés couleuvrines, projetaient des boulets de pierres de quatre livres.
Le château perd progressivement son rôle militaire dans la seconde partie du XVe siècle.

La Porte de la mer

La Porte de Mer, qui desservait l’accès à l’ancien port de Regnéville, a été construite au XIVe siècle par l’évêque d'Avranches Robert Porte, chancelier du roi de Navarre et « gardien à vie » du château de Regnéville. Elle recouvre alors un premier aménagement portuaire constitué d’un chemin d’échouage.

La Porte, qui a connu plusieurs modifications dans son histoire, était composée d’une suite de pont-levis et de ponts dormants. Un petit châtelet, formé d’un rez-de-chaussée de pierre, constituait une première porte fortifiée. Quelques éléments de la maçonnerie d’un piédroit de cette première porte subsistent. Le premier pont-levis qui permettait d’accéder à cette porte était peut-être double avec un passage pour les piétons et un autre pour les cavaliers et les charrois.

Le démantèlement du château

En 1603, le fief de Regnéville est vendu à Isaac de Piennes, seigneur de Bricqueville. Celui-ci participe, depuis Regnéville, à une conspiration fomentée par le parti protestant qui se propose de soulever la Normandie pour faire diversion au siège de La Rochelle (1628).

Isaac II de Piennes succède à son grand-père. L’homme est d’une « humeur licencieuse et brouillonne » et « sa maison est au bord de la mer, forte et importune ». L’histoire de cette époque est remplie de personnages semblables, turbulents, toujours prêts derrière leurs murailles à s’insurger contre l’autorité royale.

En 1626, le roi Louis XIII ordonne la démolition des fortifications des villes et châteaux qui ne sont pas aux frontières ou jugées importantes pour le royaume. Le château de Regnéville n’était sans doute pas jugé bien dangereux puisqu’il faut attendre onze ans pour voir sa destruction. Isaac II de Piennes attira certainement l’attention sur lui par une ou plusieurs incartades et le château est rasé en 1637. Le donjon, rempli de poudre, éclate et se fend dans toute sa hauteur, tout au long de l’escalier à vis.

Le donjon

Le donjon de Regnéville, avec sa silhouette caractéristique, est devenu au fil des ans le symbole de la cité et son imposante masse domine les vestiges du château.
Malgré une architecture archaïque pour l’époque, le donjon semble bien avoir été érigé au XIVe siècle. Il reprend le plan carré et les contreforts d’angle si caractéristiques des monuments ou des donjons romans (Caen, Falaise, Norwich).

Implantée dans l’angle nord-est de la haute-cour du château, c’était une tour rectangulaire d’une vingtaine de mètres de haut, dont l’épaisseur des murs dépassait les trois mètres. Quatre étages, dont trois voûtés, étaient desservis par un escalier à vis, refait au XVIe siècle, encore visible de nos jours. Au rez-de-chaussée, une cave servait à stocker les réserves.

Au XVIe siècle, Roulland de Gourfaleur fait percer des baies dans les flancs ouest et sud du donjon. Ces ouvertures débouchaient sur un balcon supporté par une paire de grands corbeaux doubles en granit.

La restauration de la basse-cour

Les destructions dues au siège de 1449 et un incendie au XVe siècle avaient ruiné la cour de l’enceinte basse du château. Cette basse-cour, qui traditionnellement se composait des écuries et des dépendances, abritait ici, à l’origine, la résidence du roi de Navarre.
À partir de 1582, Roulland de Gourfaleur entreprend des travaux pour sa remise en état. D’importantes reconstructions suivent également les destructions dues au démantèlement de 1637. La façade sur cour de l’aile nord de la basse-cour est réédifiée. Le premier étage de l’aile nord ouvrait directement sur la cour intérieure par deux portes desservies par une grande galerie à laquelle on accédait par un escalier extérieur.
La restauration du château, entreprise en 1994, cherche à redonner la physionomie de la basse-cour à l’époque de Roulland de Gourfaleur, à la fin du XVIe siècle.

Source : Direction des sites et musées – Conseil général de la Manche

Visite

Le public découvre à l'aide de panneaux d'interprétation l'histoire et l'architecture du château en parcourant les anciennes douves[1].

Notes et références

  1. Réseau des sites et musées du département de la Manche, Guide des expositions, saison 2006.

Article connexe

Localisation

49°0′27″N 1°33′13″O / 49.0075, -1.55361