Carre

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Carre (fr. rég. et dial.), n. f., 1 : coin, angle. — 2 : morceau anguleux; bûche (équarrie).

Exemple : sens 1, la carre de la table, de la rue, de la maison, d'un champ…. — Sens 2, une carre de bois.

Répartition géographique

Le mot est connu dans toute la Basse-Normandie, et plus fréquemment employé dans la Manche, l'ouest du Calvados [1] et le nord de l'Orne. On le rencontre également dans l'ouest de l'Eure et l'est du Pays de Caux [2].

Attestations écrites

Dans la littérature dialectale

  • CARRE : 1865 Nos pêqueurs occupaits, se touanne de carre en carre, / I dêhalle, i renvis, et change de mare en mare […], « nos pêcheurs occupés tournent de coin en coin, ils s'en vont, ils reviennent, passent de mare en mare » [3]. — 1927 Quĕand olle eut pòóso̩ chu pãin su la carre de l'autè, o fît devĕant que de se ratouorno̩ sa pu belle croupette, « quand elle eut posé ce pain sur le coin de l'autel, elle fit, avant de s'en retourner, sa plus belle révérence » [4].

Dans les glossaires et dictionnaires

Attestations orales

Transcriptions : alphabet Rousselot-Gilliéron.

Toutes les attestations qui suivent ne concernent que le sens 1, « coin » :

Étymologie

Le mot carre perpétue l'ancien français carre, quarre « côté, face; angle, coin », issu du latin quadra « carré, morceau carré, quartier », le sens de base étant ici celui d'angle droit. Le latin quadra est le féminin substantivé de l'adjectif quadrus « carré », et représente sans doute l'ellipse de quadra (petra), « (pierre) carrée ». Quant à quadrus, dont le sens initial est « à quatre côtés », c'est un dérivé adjectival de quattuor « quatre » [12]. Curieusement, René Lepelley dit : « du latin quadrare “donner une forme carrée” » [1], ce qui n'explique que le verbe carrer.

Emplois particuliers

Locutions

  • eune carre dé boués 1998, région de La Haye-Pesnel : une bûche carrée, morceau équarri destiné au chauffage.
  • la vive carre 1911, canton de Percy : l'arête d'un angle [7].
  • faire les carres 1993, Manche, nord de la ligne Joret : faucher à la faux les angles des champs, là où la faucheuse ne peut pas passer [9].
  • de couen en carre [13] 1993, Manche, nord de la ligne Joret : en diagonale [9].

Proverbes et dictons

  • à la carre du quemin qui touorne, là que la vaque a écôné le cochoun, oûpraès du gros caillou de boués [13], « au coin du chemin qui tourne, là où la vache a écorné le cochon, près du gros caillou en bois » 1993, Manche, nord de la ligne Joret : réponse ironique faite à quelqu'un qui demande où trouver la chose qu'il cherche [9].

Mots apparentés

  • écarrer, « faire les carres ».

Notes et références

  1. 1,0 1,1 et 1,2 René Lepelley, Dictionnaire du français régional de Basse-Normandie, Paris, Bonneton, 1989, p. 43b.
  2. 2,0 et 2,1 Patrice Brasseur, Le parler normand, Paris / Marseille, Éditions Rivages, 1990, p. 46.
  3. A. Mourant, « Aventure carrièrétique », in Rimes et poësies jersiaises de divers auteurs réunies et mises en ordre par A. Mourant, Philippe Touzel Falle, Jersey, 1865, p. 17; patois de Jersey.
  4. Charles Birette, « Le vent mĕanquit », in Dialecte et légendes du Val de Saire (en Basse-Normandie), Picard, Paris, 1927, p. 119; patois du Val de Saire.
  5. Édelestand et A. Duméril, Dictionnaire du patois normand, Caen, 1849, p. 59a; le mot y est noté par erreur CARRÉ.
  6. Louis Du Bois et Julien Travers, Glossaire du patois normand, A. Hardel Éditeur, Caen, 1856, p. 67.
  7. 7,0 7,1 et 7,2 Raymond Ganne de Beaucoudrey, Le Langage normand au début du XXe siècle noté sur place dans le canton de Percy (Manche), Paris, Picard, 1911, p. 106.
  8. René Lepelley, Dictionnaire du français régional de Normandie, Paris, Bonneton, 1993, p. 40b.
  9. 9,0 9,1 9,2 et 9,3 J.-P. Bourdon, A. Cournée, Y. Charpentier, Dictionnaire normand-français, Paris, Conseil international de la langue française, 1993, p. 68b-69a.
  10. M. Porée et B. Cléraux, « Glossaire du parler normand de la région de La Haye-Pesnel », Le Viquet n° 118, Noël 1997, p. 62c.
  11. 11,0 11,1 et 11,2 Patrice Brasseur, Atlas Linguistique et Ethnographique Normand, CNRS, Paris, vol. III, 1997, carte n° 951, « Coin (d'un mur) ».
  12. De l'indo-européen °kʷetwor-, degré en o de °kʷet-wer- « quatre », forme suffixée de °kʷet- < °əkʷet-, degré zéro de °əekʷet-, terme de mesure correspondant à la main moins le pouce (gardé libre pour compter les doigts de l’autre main), soit quatre doigts, ou encore aux quatre bosses des phalanges du poing fermé.
  13. 13,0 et 13,1 Graphie dite « normalisée », prônée par la mouvance de Fernand Lechanteur, Marcel Lelégard et al., mais ne reflétant qu'une prononciation minoritaire.