Bida Bindah Mordoh

De Wikimanche

Bida Bindah Mordoh, née à Salonique (Grèce) le 14 février 1902, morte en 1942, est une personnalité de la Manche.

Juive, pianiste et aveugle à Hambye en 1942…

Le 4 novembre 1942, alors qu’elle donne un cours de chant aux garçons de l’école Saint-Joseph de Hambye, rassemblés autour du poêle, deux gendarmes viennent signifier à Mlle Bida Bindah Mordoh qu’elle doit se présenter le lendemain à la brigade de Gavray.

Celle que les Hambyons connaissent sous le prénom de Marie-Paule, appréciée pour sa gaieté, sa coquetterie, ses capacités de professeur de piano et de chant, d’animatrice de la chorale paroissiale d’enfants, d’organiste paroissiale, va connaître le terrible sort réservé aux personnes juives. Son handicap la rend encore plus fragile car elle était aveugle.

Cette scène, relatée par Jacky Brionne, président de l’association de sauvegarde de valorisation du patrimoine en Val de Sienne, témoigne des débuts du drame que va vivre mademoiselle Mordoh. Née à Salonique, sous occupation turque depuis 500 ans, elle quitte cette région entre 1917 et 1922 comme de nombreux autres membres de la diaspora juive pour se fixer en France.

Connue à Hambye depuis au moins le 1er octobre 1934, elle habite dans l’immeuble des religieuses et est salariée de l’enseignement primaire des écoles libres du diocèse de Coutances au titre d’éducatrice en solfège et piano.

À partir du 25 juin 1941, elle doit se faire contrôler auprès du secrétariat de mairie. Elle est soumise au port de l’étoile jaune à partir du 22 mai 1942 qu’elle cache du mieux qu’elle peut.

À la suite de la signification des gendarmes, désemparée, elle s’adresse au presbytère où il lui est confirmé qu’elle doit répondre à la convocation pour éviter toutes représailles.

Elle se rend à Gavray le 5 novembre accompagnée de deux amies, Céline Hurel et Gabrielle Legrand, puis transférée à Granville et Drancy, elle est immatriculée le 9 novembre 1942 sous le n° 14342. C’est le convoi n° 45 au départ de Drancy le 11 novembre 1942 qui l’emmène vers une destination inconnue, probablement Auschwitz-Birkenau. Son handicap en fait probablement l’une des premières sélectionnées pour être gazée dès son arrivée au camp. Elle a 40 ans.

Tout son matériel, piano, accordéon, matériel pour écrire en braille, est dispersé peu de temps après son départ. Ce n’est qu’en 1979 que le maire M. Fernandes et le curé, Raymond Poignavant, font poser une plaque à la mémoire de Bida Bindah Murdoh.

Source

Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 4, sous la direction de René Gautier, ISBN 2914541562.