Bernardin Gigault de Bellefonds (1630)

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Bernardin Gigault, marquis de Bellefonds, par Joseph Albrier.

Bernardin Gigault, marquis de Bellefonds, seigneur de l'Île-Marie et de Gruchy, lieutenant général des armées du roi, maréchal de France, né en 1630, mort à Vincennes (aujourd'hui Val-de-Marne) le 4 décembre 1694, est une personnalité militaire de la Manche.

Biographie

Fils de Marie d'Avoynes, fille de Robert du Quesnoy et de Gruchy et de Jeanne d'Achey-de-Serquigny, et de Henri-Robert Gigault, seigneur de Bellefonds, de Gruchy et du Chef de Pont, gouverneur de Valognes, maintenu par jugement du sieur de la Poterie, intendant de la généralité de Caen, le 12 mars 1641, il est le petit-fils de Bernardin de Gigault, seigneur de Bellefonds, gouverneur de Valognes et de Caen [1], et de Jeanne aux Épaules. Il est le cousin de l'Abbé de Saint-Pierre (fils de Madeleine de Gigault de Bellefonds) et du maréchal-duc de Villars (1653-1734, fils de l'épistolière Marie Gigault de Bellefonds).

Gouverneur de la ville et du château de Valognes à la mort de son père, en 1643, il empêche en 1649 que des troupes normandes enrichissent les hommes de la Fronde assiégés à Paris par les soldats de Mazarin. Il défend le château de Valognes assiégé durant dix-huit jours avant de capituler le mardi de Pâques, 6 avril 1649, et d'être conduit à Saint-Pierre-Église.

Favori du jeune Louis XIV, il est mestre de camp du régiment de Champagne (1650-1651) puis de Guyenne, en Catalogne, sous les ordres du comte d'Harcourt. Maréchal de camp, il défend Cognac et prend plusieurs places aux hommes de Condé. En 1653, il suit le marquis du Plessis-Bélière en Catalogne et participe à l'expédition de Castellammare en 1654.

Fait lieutenant général des Armées du Roi en 1655, il défait dix compagnies ennemies près de Tournai en Flandre le 11 janvier 1659, puis commande en Italie au service du duc de Parme. En 1665, il est l'envoyé extraordinaire de France à Madrid pour féliciter Charles II d'Espagne de son accession au trône.

En 1666, il va dans les Provinces-Unies pour concerter la jonction de leur flotte avec celle du Roi commandée par le duc de Beaufort. Après la déclaration de guerre à l'Espagne en 1667, il commande plusieurs détachements et est nommé gouverneur du pays d'entre-Sambre-et-Meuse, blessé alors à huit reprises lors de sièges ou de combats.

Il est fait maréchal de France par lettres données à Saint-Germain-en-Laye le 8 juillet 1668, et prête serment le lendemain. Ambassadeur extraordinaire en Angleterre en juillet 1670, il est ensuite placé sous les ordres du maréchal de Créquy. Là, en 1672, il attaque l'ennemi avec le corps qu'il commande sans l'accord de son commandant en chef, menant l'armée du Roi à la victoire, mais faisant se plaindre le maréchal de Créquy à la Cour. Bellefonds s'exile alors sur ses terres normandes. Il reçoit ensuite le commandement de l'armée de Hollande en novembre 1673, mais refusant d'appliquer l'ordre de se retirer de places fortes qu'il juge importantes pour le royaume, il s'attire une nouvelle disgrâce, qui sera plus longue[2]. « Deux désobéissances heureuses » dit Chateaubriand[3].

En 1670, il fait bâtir à Versailles une demeure dont les jardins s’étendent jusqu’au parc du château, mais la revend au chevalier de Lorraine. Démoli, l'actuel hôtel de ville de Versailles est construit sur son emplacement.

Il se démet de sa charge, occupée pendant treize ans, de premier maître d'hôtel du roi en 1676, et devient premier écuyer de la Dauphine au mariage de celle-ci en 1679. Fait chevalier des Ordres du Roi le 31 décembre 1688 et commandeur de l'ordre de Saint-Louis en avril 1693. À la tête de l'armée de Catalogne en 1684, il prend le Pont-Major et assiège victorieusement Gérone (Espagne). En juin 1692, il est le commandant du corps expéditionnaire, qui devait soutenir le roi Jacques II d'Angleterre lors de la bataille de la Hougue.

Militaire de qualité, aux nombreux succès, il est décrit comme « opiniâtre à l'excès, et incapable de se soumettre », susceptibilité et insubordination qui lui valent deux disgrâces temporaires. On lui attribue « droiture et probité à toute épreuve, grandeur d'âme naturelle, moralité inflexible, religion haute et rigide, bravoure de soldat et zèle d'apôtre ». Seul le marquis de La Fare dans ses Mémoires, semble le juger « faux sur le courage, sur l'honneur, et sur la dévotion » reconnaissant cependant « qu'il avait de l'esprit et même assez profond, et qu'il était capable de bien penser », sa liberté de parole et sa proximité d'avec le Roi pouvant lui valoir quelques inimitiés. Profondément pieux, il est l'ami de Bossuet, et joue un rôle important dans le retrait de Madame de La Vallière chez les Carmélites [4].

Durant ses deux exils normands, il se retire dans son domaine familial de l'Isle-Marie, au cœur des marais du Cotentin, près de Picauville. À l'initiative du maréchal, le château de l'Isle-Marie, bâti sur une ancienne forteresse viking, est agrandi. Il fait également construire un manoir en 1675, prévu comme hôpital pour ses soldats blessés, et le dote d'une chapelle conçue par Mansart, architecte de Versailles.

Mort au château de Vincennes, il est inhumé dans la chapelle de ce château.

Il épouse le 27 décembre 1655 Madeleine Fouquet, fille de Jean, Seigneur de Chaslain et du Boulay, et de Renée, dame de la Remort. Elle est morte le 20 mai 1716. De ce mariage naissent :

  • Jean, mort à 8 ans, le 20 septembre 1668 ;
  • Louis-Christophe, marquis de Bellefonds et de la Boulaye, gouverneur et capitaine des chasses du château de Vincennes, colonel de régiment royal-comtois, mort au combat de Steinkerque le 3 août 1692 ;
  • Marie-Madeleine, religieuse à Montivilliers ;
  • Thérèse-Marie, fille d'honneur de la Dauphine, mariée le 8 janvier 1688, à Antoine-Charles, marquis du Châtelet, mestre de camp d'un régiment de cavalerie, gouverneur de Vincennes, lieutenant-général des armées du Roi, mort en septembre 1710. Elle est décédée à Paris, le 11 octobre 1733 à 66 ans
  • Jeanne-Susanne ou Louise, mariée le 10 janvier 1691 à Charles-François Davy, marquis d'Amfreville, lieutenant-général des Armées navales du Roi, mort à Vincennes le 2 novembre 1692 à 52 ans, elle meurt le 17 mars 1698, à 33 ans, enterrés tous deux au chœur de la Sainte-Chapelle de Vincennes. Elle est nommée Louise dans son épitaphe ;
  • Louise, femme de Jean-François du Fays, marquis de Vergetot, maréchal des Camps et des Armées du Roi ;
  • Bernardine-Thérèse, nommé par le roi à l'abbaye de Montmartre le 24 décembre 1699, où elle meurt le 28 août 1717 ;
  • Françoise Bonne, morte sans alliance le 23 novembre 1693 à Vincennes, à 17 ans ;
  • Marie-Armande-Agnès, prieure perpétuelle des bénédictines de Conflans

Bibliographie

  • Paul Le Cacheux, « Le Maréchal de Bellefonds et le château de la Haye-Bellefonds au XVIIe siècle », in Notices, Mémoires et Documents de la Société d'histoire et d'archéologie du département de la Manche XXXVI, 1925.
  • A. Prévet, « Bernardin Gigault marquis de Bellefonds et la double fondation d'une chapelle et de son hôpital en son château de l'Isle-Marie (Manche) », Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, tome LXII, 1994-1997, p. 295-377.
  • Olivier Tréhet, « La carrière militaire du marquis de Bellefonds, maréchal de France », Revue du département de la Manche, n° 193, 2008.

Notes et références

  1. Ce personnage a laissé son nom à La Haye-Bellefond.
  2. Jacques Bénigne Bossuet, Œuvres complètes de Bossuet, évêque de Meaux : revues sur les manuscrits originaux, et les éditions les plus corrects, tome XXXVII, J. A. Lebel, 1818 - p. 33 et 67.
  3. La Vie de Rancé, Livre quatrième.
  4. Les confessions de madame de La Vallière repentante, p 109-112.

Sources

  • François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, Seconde édition, tome VII, 1774
  • Théophraste Renaudot, Gazette de France, Second tome, 1767
  • Dynastie Gigault, webgénéalogies.com (abonnement payant)

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