Benjamin Bourdon

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Benjamin Bourdon.

Benjamin Bourdon, né à Montmartin-sur-Mer le 5 août 1860, mort à Rennes (Ille-et-Vilaine) le 11 juillet 1943, est une personnalité scientifique de la Manche, professeur en psychologie expérimentale.

« La perception visuelle de l’espace »

Après avoir été, dans son village, le bon élève de M. Leprince, il continue ses études en entrant à 12 ans comme pensionnaire au lycée de Coutances, où il moissonne les premiers prix [1].

Bachelier ès lettres et ès sciences à 19 ans, et après un stage de clerc de notaire chez un oncle à Cerisy-la-Salle, il quitte la Normandie pour des études de droit à Paris. Décidant au bout d'un an de se consacrer à l'enseignement, il suit les cours des professeurs Paul Janet, Elme-Marie Caro et Ludovic Carrau, en finançant ses études grâce à un poste de surveillant au lycée Louis-Le-Grand. Influencé par les lectures de Berkeley, Hume, James et John Stuart Mill, Bain, Spencer, James et surtout les travaux de Théodule Ribot sur la psychologie contemporaine, il étudie auprès de Valentin Magnan à Sainte-Anne, Jean-Martin Charcot à la Salpétrière et des physiologistes Brown-Séquard et Franck au Collège de France [2].

En 1886, il obtient en Sorbonne, la première place à l'agrégation de philosophie, ce qui lui vaut une bourse de 500 F pour aller étudier à l'étranger [2].

En Allemagne, à Heidelberg et Leipzig, il étudie la philosophie expérimentale avec les néogrammairiens Herman Osthoff et Karl Brugmann, et le maître Wilhelm Wundt, promoteur de la psychologie expérimentale [1].

Professeur de lycée à Valenciennes à son retour en France en 1887 et à Rennes l'année suivante, il est nommé en complément chargé de cours libre de philosophie à la faculté de Rennes en 1891, et donne le premier cours de psychologie expérimentale dans une université de province, le 18 décembre [2].

En 1892, il obtient son doctorat en philosophie avec une thèse principale intitulée L’Expression des émotions et des tendances dans le langage et une thèse secondaire sur la place des sensations dans l'œuvre de Descartes. Il fait ses premières recherches expérimentales sur l'association des idée ; la mémoire humaine, notamment immédiate, et les sensations visuelles, en particulier les illusions d'optique [2].

Il abandonne l'enseignement de cette science en 1894 pour être maître de conférences à la faculté des Lettres de Lille en 1894 où il prépare les étudiants à l'agrégation, mais revient dès l'année suivante dans la capitale bretonne pour occuper comme professeur, la chaire de philosophie [2].

Avec l'appui du doyen, Joseph Loth, directeur des Annales de Bretagne, il fonde en 1896 un laboratoire de psychologie et de linguistique expérimentales, unique en France [1], même si Paris possède alors un laboratoire de psychologie physiologique dépendant de l'École pratique des hautes études, et un laboratoire de linguistique privé fondé par l'abbé Jean Rousselot [2].

Il consacre l'essentiel de ses 74 publications aux sensations et aux perceptions visuelles (sensation lumineuse, perception de la troisième dimension, de la verticalité, du mouvement, phénomènes binoculaires...) auditives (localisation auditive), tactiles, kinesthésiques et statiques (sensations cutanées, musculaires, kinesthésiques, sens statique et de la pesanteur...), et complexes (espace, mouvement et temps). La parution de La Perception visuelle de l'espace en 1902 fait date, et est cité en référence jusqu'après la Seconde Guerre mondiale. Il y développe les connaissances sur la perception visuelle de l'espace qui résulte de l'ensemble des sensations visuelles, tactiles, musculaires et articulaires centrées essentiellement au niveau des paupières, des yeux et de la tête, du toucher, et des perceptions [2].

Son ouvrage sur l'intelligence (1926) est également remarqué[2]. Dans le Traité de psychologie de Georges Dumas (1923-1924), notre éminent Montmartinais rédige les chapitres sur les sensations et les perceptions [1].

Il prend sa retraite en 1930, cédant la direction de son laboratoire à Albert Burloud. C’est au soir d’une longue carrière, début 1942, que Benjamin Bourdon a le déchirement de voir pratiquement détruit son laboratoire construit et organisé avec beaucoup de peine sans avoir vu se lever, après trois guerres, la lumière de la Libération [1].

Enterré à Montmartin, il laisse le souvenir d’un savant probe qui honore sa terre natale et sa ville adoptive, Rennes, en même temps que la science entière [1].

Notes et références

  1. 1,0, 1,1, 1,2, 1,3, 1,4 et 1,5 Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 4, sous la direction de René Gautier, Éditions Eurocibles, Marigny.
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3, 2,4, 2,5, 2,6 et 2,7 Serge Nicolas, « Benjamin Bourdon (1860-1943) : fondateur du laboratoire de psychologie et de linguistique expérimentales à l'Université de Rennes (1896) », L'année psychologique, vol. 98, n° 2, pp. 271-293 (lire en ligne).