Bataille de Cherbourg (1944)

De Wikimanche

Le plan de la bataille.

La bataille de Cherbourg est une opération militaire de la Seconde Guerre mondiale qui a lieu dans la Manche, autour de Cherbourg, entre le 6 juin et le 1er juillet 1944.

Lancée par l'armée américaine, dès le Débarquement, son objectif est de prendre Cherbourg tenu par les Allemands et d'utiliser son port pour amplifier et accélérer le débarquement de matériel et de vivres. « L'attaque de Cherbourg, insiste le général Collins, commandant le VIIe corps d'armée américaine, est le principal objectif de l'armée américaine. Elle est d'autant plus vitale aujourd'hui après la tempête qui perturbe le déchargement sur les plages. » Le général Bradley, lui, fixe un délai : « Il nous faudra dix jours pour prendre la ville si nous avons de la chance, trente si nous sommes malchanceux » [1]

The Bee, quotidien américain, 9 juin 1944.

Tôt le mardi 6 juin, les 82e et 101e divisions aéroportées américaines sont larguées au-dessus du Cotentin. Leur première mission est de tenir les routes permettant aux troupes du VIIe Corps débarquées sur la plage d'Utah Beach de gagner rapidement l'intérieur des terres. Dans un second temps, elles opèrent une jonction avec les troupes débarquées plus à l'est.

Cherbourg-Éclair, 7 juin 1944.

Le vendredi 9 juin, la 101e division aéroportée traverse la vallée de la Douve que les Allemands ont inondée. Le lundi 12 juin, elle prend Carentan après des combats acharnés et meurtriers [1]. Ce même jour, les chefs d'état-major américains, les généraux Marshall, Arnold, et l'amiral King, ainsi que Winston Churchill, arrivent sur place pour constater l'avancement des opérations [1]. Avec le renfort de trois divisions d'infanterie, les Américains élargissent le front vers l'ouest avec pour objectif de couper le Cotentin et d'isoler ainsi l'armée allemande. Les bombardements aériens dépassent « en nombre et en intensité tout ce qui s'est vu jusqu'à présent » [2]. Les navires au large pilonnent les points de résistance terrestres, « causant de terribles destructions » [2]. La conquête de la presqu'île « ne se réalise qu'à une cadence assez lente » [2]. Les populations civiles « souffrent cruellement et subissent des pertes encore inévaluables » [2].

Le dimanche 11 juin, une conférence se tient à la sous-préfecture de Cherbourg, qui réunit les autorités locales [2]. Des mesures sont prises pour assurer le ravitaillement de la population [2]. Un appel est lancé aux maires des communes rurales pour les « exhorter » à accorder « asile » aux réfugiés cherbourgeois [2].

Le général Collins (à droite) explique au général Bradley comment Cherbourg a été pris.

Le vendredi 16 juin, la situation est déjà très favorable aux Américains. Adolf Hitler ordonne à ses troupes de rester là où elles se trouvent et de livrer bataille. Mais, le lendemain, Hitler consent à une retraite limitée de ses troupes et leur assigne de former une ligne de défense au sud de Cherbourg, en s'appuyant sur le mur de l'Atlantique.

Le dimanche 18 juin, la 9e division d'infanterie américaine du général Eddy atteint la côte ouest du Cotentin, à Barneville-sur-Mer, et commence à avancer vers le nord, avec le renfort des 4e et 79e divisions d'infanterie. La progression est assez rapide. Montebourg et Valognes tombent après avoir subi d'importantes destructions. Le mardi 20 juin, Cherbourg est en vue. Quelque 21 000 soldats allemands y sont regroupés, sous les ordres du lieutenant-général von Schlieben. Déjà, l'amiral Hennecke s'emploie à détruire les installations portuaires.

39 000 Allemands sont faits prisonniers à Cherbourg. Ici une colonne sur la route de Paris, au pied de la montée des Rouges-Terres se dirige vers un camp de prisonniers.

L'assaut est lancé le jeudi 22 juin. La 4e division passe par Tourlaville, la 9e par Équeurdreville et la 79e au centre [1]. Les Allemands opposent une vive résistance. Les combats ont lieu aux abords de Cherbourg, puis dans les rues, tandis que les marines américaine et allemande se livrent au large à un duel d'artillerie. Les navires alliés tirent 3 000 obus etla défense allemande sans doute autant [1].

Le lundi 26 juin, la 79e division d'infanterie américaine prend le fort du Roule, qui domine la ville. Les Allemands ont perdu la bataille de Cherbourg. À 16 h, à Yvetot-Bocage, au château de Servigny, ils signent leur reddition officielle [1].

Quelques poches de résistance allemandes subsistent toutefois ici et là. Le drapeau français flotte sur l'arsenal le 27 juin à 10 h 37. La dernière poche est réduite au silence le samedi 1er juillet.

Au total, 39 000 Allemands sont faits prisonniers.

Le maire de Cherbourg Paul Renault remercie le général Collins.

Le mardi 27 juin, Cherbourg laisse éclater sa joie. La ville est en liesse. Les Américains sont acclamés au perron de l'hôtel de ville. Les bouteilles de vin et de calvados fleurissent. « Pour les GI's, la valeur stratégique de Cherbourg fut bientôt éclipsée par la richesse de ses caves », s'amuse le général Bradley,quise félicitéd'avoir hérité, non seulement, « d'un port transatlantique » mais également « d'une énorme cave bien remplie » [3].

Le général Eisenhower dira plus tard : « Cherbourg représentait un élément capital dans nos principaux plans logistiques. Le débarquement naval et aérien dans le Cotentin (...) avait été expressément conçu pour faciliter sa capture rapide afin que nous puissions utiliser son précieux port comme base accessible par tous les temps pour débarquer le matériel. »

Le dispositif allemand

Les positions allemandes au 6 juin 1944.

Face à la menace d'une attaque américaine, les Allemands ont constitué ce qu'ils aiment appeler la « festung von Cherbourg » (la forteresse de Cherbourg) [4]. Leur défense s'appuie principalement sur le mur de l'Atlantique, constitué d'une multitude de blockhaus, équipés de canons et de mitrailleuses [4]. L'inconvénient de ce dispositif est qu'il a été conçu, sauf exception, pour repousser une attaque venue de la mer. Ainsi, du cap de la Hague à la pointe de Gatteville, soit sur 48 km à vol d'oiseau, les Allemands disposent de 60 canons, dont 58 ne peuvent tirer que vers le large [4].

Débarqués à Utah Beach, sur la côte est du Cotentin, les Américains attaquent les Allemands à revers, par voie terrestre. Bien que décousue, la résistance allemande n'en est pas moins déterminée. Au lieu des huit jours prévus pour conquérir Cherbourg, les Américains patienteront vingt-et-un jours avant de priver les Allemands de leur « forteresse » cherbourgeoise [4]. Encore affrontèrent-ils des troupes parfois désorganisées et souvent démoralisées, aux chefs démotivés. « Cet état de désorganisation est illustré, entre autres exemples, par cette situation paradoxale curieuse créée par la reddition du général en chef de la forteresse et de l'amiral commandant la marine, alors qu'un simple major, disciplinairement sous leurs ordres, combattait encore avec succès, à quelques kilomètres à l'ouest de la ville et qu'un capitaine de frégate, jouant cavalier seul, continuait à tenir en ses mains tout le plan d'eau et les abords du port. » [4].

Bibliographie

par ordre chronologique
  • Roland G. Ruppenthal, Utah Beach à Cherbourg (Toute la bataille du Cotentin 6 juin-1er juillet), éd. Leclerc, sd
  • Louis Garros, « La bataille du Corentin et la prise de Cherbourg par le VIIe Corps américain », Historama, n° 191, août 1967, p. 10-25
  • Colonel Hummerich, « La libération de Cherbourg vue par un Allemand », Revue historique de l’armée, 1970, n° 3, p. 160-166
  • Paul Ingouf (avec R. Grenneville), La Bataille de Cherbourg, éd. Heimdal, 1979, réédition L'Albatros, 1979
  • William B. Breuer, Hitler's Fortress Cherbourg, Stein and Day, 1984
  • Georges Bernage, Première victoire américaine en Normandie - La bataille de Cherbourg, éd. Heimdal, 1990
  • Andrew Rawson, Battlegroup Europe : Normandy-Cherbourg, Pen and Sword Books, 2004
  • Georges Bernage, La Bataille du Cotentin, éd. Heimdal, 2013

Notes et références

  1. 1,0, 1,1, 1,2, 1,3, 1,4 et 1,5 Jean Quellien, La Normandie au cœur de la guerre, éd. Ouest-France-Mémorial de Caen, 1992.
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3, 2,4, 2,5 et 2,6 « La destruction de nos cités normandes », Cherbourg-Éclair, 12 juin 1944.
  3. Omar Bradley, Histoire d'un soldat, éd. Gallimard, 1952.
  4. 4,0, 4,1, 4,2, 4,3 et 4,4 R. Grenneville, « Le mur de l'Atlantique et les défenses allemandes en Cotentin », in Paul Ingouf, La Bataille de Cherbourg, éditions Heimdal, 1979, pp. 3-42.

Liens externes