Anne-Joseph Frey de Neuville

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Anne-Joseph ou Charles Frey de Neuville, né au Mesnil-Hue le 22 décembre 1693, mort à Saint-Germain-en-Laye (auj. Yvelines) le 13 juillet 1774, est une personnalité catholique de la Manche.

Un jésuite prêcheur à Notre-Dame de Paris

Né d'une famille noble bretonne, au Mesnil-Hue, où son oncle est curé[1], Charles Frey de Neuville (souvent confondu avec le père Anne-Joseph de La Neuville)[2] fréquente le collège des Jésuites de Rennes et se fait prêtre [3].

Il entre au noviciat de Paris le 12 septembre 1710[2]. Les Jésuites lui confie des cours de lettres et de philosophie avant de le destiner à la prédication[4].

Son premier prêche à Paris en 1736 retient l'attention. Selon Féron, dans l'Année littéraire, « lorsqu'il parut à Paris pour la première fois en 1736, il ravit, étonna les esprits et entraîna tous les suffrages ; ce fut une espèce de phénomène qui fixa l'attention de toute la capitale. L'empressement avec lequel on accourait à ses sermons ne se ralentit pas ; l'éloquence du P. de Neuville parut toujours nouvelle, et plus on l'entendit, plus on fut avide de l'entendre. »[2] Il acquiert une grande célébrité en prêchant durant huit ans à la cathédrale Notre-Dame [3].

Il est demandé par la Cour de Louis XV : le jour de la Toussaint 1737 il commence aux Tuileries la station de l'Avent et pour le 2 février 1740 il prêche devant Louis XV pour le carême. De Luynes écrit « C'est un fameux prédicateur et qui excelle surtout dans les portraits ; mais la volubilité avec laquelle il parle et la monotonie diminuent beaucoup du plaisir de l'entendre et font même perdre une partie de ce qu'il dit. Son compliment a été fort simple, mais fort bon. [...] Ce qui prouve le plus la beauté de ses discours, c'est que, malgré une monotonie continuelle et une rapidité d'élocution très fatigante pour l'auditeur, on l'écoute avec un grand plaisir. » [2].

Le 25 mai 1743, à Notre-Dame de Paris, il prononce l'oraison funèbre du cardinal de Fleury, captivant l'auditoire, durant « une heure et demi-quart » selon Luynes, et recevant de Louis XV cent louis d'or et une pension de 1200 livres. En 1746, il prêche son second carême à la cour. En 1749, il prêche pour l'avent à la cour, à Fontainebleau, puis le 13 avril l750 à Saint-Cyr pour la réception du voile blanc des demoiselles de Ligondès, de Pottrincourt et de Vervenne, le 7 octobre 1751 pour la prise de voile de madame de Rupelmonde aux carmélites de la rue de Grenelle. Le 25 août 1752 il prononce le panégyrique de saint Louis lors de la grand'messe dans la chapelle du Vieux-Louvre pour l'Académie française [2].

En 1757, il prononce à nouveau le panégyrique de saint Louis, chez les Pères de l'Oratoire avant de déclarer à la fin de son dernier sermon de carême à la cour, qu'il monterait plus en chaire. Il fait cependant l'éloge funèbre du maréchal de Belle-Isle le 10 avril 1761 à Notre-Dame. « Son discours, plus estimé que le premier, fut plein de chaleur et d'éclat. Quelquefois la rapidité des pensées rompt le fil des constructions : ce qui met dans le style une sorte d'enthousiasme propre à augmenter l'effet de toute cette composition. Quelquefois les idées se pressent et s'accumulent tellement, qu'il a fallu recourir aux parenthèses pour présenter tout, comme dans des groupes : ce qui ajoute aussi à l'effet. Ainsi l'effet est le caractère de cette oraison funèbre : chaque morceau qui la compose pourrait n'être que beau; le tout ensemble frappe, intéresse, touche, étonne : quatre sentiments qu'il n'est pas trop ordinaire aux oraisons funèbres d'opérer dans les auditeurs, beaucoup moins de faire naître dans ceux qui se bornent à les lire. » (Mémoires de Trévoux, 1761, p. 2261.) « C'est sans contredit une des meilleures pièces que j'aie lues depuis longtemps. On ne peut reprocher au P. de Neuville que d'être quelquefois, comme Cicéron, un peu abondant en paroles ; défaut bien plus excusable dans ces sortes de productions que la sécheresse et la précision moderne. Il est étonnant qu'à son âge l'auteur ait encore tant de feu dans sa composition, tant de fermeté dans son pinceau, tant de vivacité dans son coloris. » (Fréron, Année littéraire, février 1761, p. 66.) [2].

Après la suppression de son ordre en 1762 par le Parlement de Paris, il refuse de prêter le serment exigé par ce dernier, mais il obtient l’autorisation de rester en France [3].

Après sept ans[1], il se retire à Saint-Germain-en-Laye, où il meurt.

Laharpe en fait l'un des trois plus grands prédicateurs du XVIIIe siècle, avec l'abbé Poulle et le jésuite Segaud[2]. Il est l’auteur de très nombreux ouvrages dont le plus fameux : La Morale du Nouveau Testament partagée en réflexions chrétiennes pour chaque jour de l’année ; un « best-seller » de l’époque. Ses sermons de Notre-Dame ont un tel succès qu’ils sont traduits en allemand, en espagnol et en italien [3].

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Grégoire Jacques Lange, Éphémérides normandes volume 2, 1833.
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3, 2,4, 2,5 et 2,6 Études religieuses, historiques et littéraires par des Pères de la Compagnie de Jésus, 15e année, 4e série, tome 5, 1870.
  3. 3,0, 3,1, 3,2 et 3,3 Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 4, sous la direction de René Gautier, éd. Eurocibles, Marigny.
  4. Œuvres choisies du P. Neuville, Brajeux, 1830

Voir aussi