Abbaye Blanche (Mortain)

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L'Abbaye Blanche de Mortain

L'Abbaye Blanche, dite aussi les Blanches, est un édifice religieux à Mortain dans la Manche.

L'ancienne abbaye cistercienne domine le centre-ville dans un environnement boisé et se trouve juste en face la grande cascade de Mortain, le long de la Cance.

Sommaire

[modifier] Histoire

L'abbaye a été fondée par Adeline de Mortain, sœur de Vital de Mortain, fondateur de l'abbaye de Savigny. La datation de la fondation est sujette à caution. Adeline prend possession du domaine sur lequel sortira de terre l'abbaye en 1105. Cette date est retenue par la plupart des sources. D'autres mentionnent cependant les dates de 1112 et de 1120. Vital de Mortain, chapelain du comte Robert de Mortain, lui-même demi-frère de Guillaume le Conquérant, apporta toute son expertise à Adeline pour l'aider à fonder une abbaye destinée exclusivement à des moniales.

Les abbesses et les moniales de l'Abbaye Blanche possédaient entre autres le patronage de l'église de Coulouvray [1] et de La Baleine [2]. L'abbaye recevait en outre deux parts de la moitié de la dîme sur les blés de Champrepus [3], deux parts de la dîme des gerbes de La Baleine [2], et une partie des blés de Ver [4].

[modifier] Attestations anciennes

  • moniales de Mortegno 1332 [3].
  • moniales de Moretegno 1332 [2].
  • moniales de Moretegnio 1332 [4].
  • Abbatia Alba 1412 [5].
  • prioriss[a] et convenus monialium de Novo Burgo prope Morithonium, videlicet Blanche Abbatie ~1480 [6].
  • les relligieuses de l'abbaye blanche de Mortaing 1640 [7].

[modifier] L'abbatiale

La structure cistercienne est respectée. La nef est relativement longue et il y a des chapelles dans les transepts. Les croisées d'ogives soutenant les voûtes sont les premiers signes du début de l'ère gothique. Les six fenêtres éclairant la nef s'agrandissent progressivement lorsque l'on se déplace vers le fond de l'enceinte religieuse. À la croisée de la nef et des transepts, le visiteur peut admirer le clocher tout en bois. La structure de la charpente, faite d'un ensemble de poutres enchevêtrées les unes dans les autres, ne permit pas le positionnement d'une cloche.

En 1845, Arcisse de Caumont faisait de l'abbatiale la description suivante : « L’Abbaye Blanche offre une église qui, à cause de la certitude de sa date, mérite d’être examinée avec soins. Le chœur et les transepts offrent un des plus beaux types que l’on puisse trouver de l’architecture durant la première moitié du XIIe siècle. Les chapiteaux des colonnes sont simples et élégamment profilés, mais les bases offrent une pureté et une élégance qui montrent que la dureté du granit n’a pas empêché les sculpteurs hailes de donner toute la rectitude des lignes que l’on remarque dans les églises construites en pierres tendres et faciles à tailler »[8].

[modifier] Le cloître

Le cloître roman de l'abbaye n'a conservé que onze colonnes du 12e siècle. Sa structure, faite d'arcades à claveaux et de colonnes et colonnettes lisses, est d'une simplicité inhabituelle pour un cloître de cette époque. La pureté des lignes s'accorde cependant très bien avec la très belle charpente en bois qui rappelle évidemment celle du clocher.

[modifier] La salle capitulaire

La salle capitulaire fait face au cloître et est parcourue de bancs de pierre sur lesquels les sœurs priaient. Elle est portée par deux voûtes d'arêtes. Son architecture originale se retrouve dans d'autres édifices religieux normands, en particulier les abbayes de La Lucerne, de Hambye et du Vœu à Cherbourg.

[modifier] Le cellier

Le cellier est soutenu par un système de voûtes divisé en deux berceaux de quatre travées chacun et les chapiteaux sont ornés de feuilles plates.

[modifier] Le petit séminaire

Il s'agit de la partie plus contemporaine de l'abbaye. Ce bâtiment imposant, qui comporte pas moins de 300 fenêtres, a été construit entre 1854 et 1871. Certaines parties de l'abbatiale du 12e siècle ont été détruites à cette occasion. Dans le cadre de ce chantier, le vieux porche datant de 1699 a été déplacé vers sa position actuelle, c'est-à-dire devant la route nationale. Nous pouvons distinguer sur ce porche les armes de l'abbaye.

[modifier] Aujourd'hui

L'église, les celliers, la salle capitulaire et le cloître longeant la nef avec trois arcades en retour le long du transept ont été classés monuments historiques par arrêté du 3 avril 1920.

L'ordre des pères du Saint-Esprit, propriétaire des lieux quitte l'abbaye en 1984, et la communauté des Béatitudes s'y installe en location. Leurs journées sont rythmées par les prières, les rites liturgiques (laudes, vêpres, complies, etc.) et la volonté de respecter la façon de vivre des premiers chrétiens. Une place importante est réservée à l'art par le biais d'expositions et de mises en scène d'une part, et par l'accueil d'artistes au sein de l'abbaye d'autre part parmi lesquels Marcel Hasquin, Hary Rosenthal, Patrick Chupin, Isa Slivance, Michael Lonsdale, Solomon Rossine, Akéji, Rachid Koraichi, la compagnie Habaquq... Un musée missionnaire sur l'ethnographie africaine est également ouvert au public.

En 2008, elle est mise en vente à trois millions d’euros. Fin 2010, la vente n'est toujours pas conclue. La mise à prix est raisonnable pour un édifice de ce calibre et les 5 hectares du domaine qui s'y rattache mais les 14 millions d'euros nécessaires à la restauration de l'abbaye font réfléchir. Comme dans le monde du travail, les spiritains, propriétaires de l'abbaye, doivent se restructurer en vendant des propriétés et en regroupant leurs membres[9].

La dizaine de frères et de sœurs des Béatitudes quitte l'abbaye de Mortain en mai 2011. Une promesse de vente est signée par l'architecte François Pin, le promoteur Maxime Rinaldi et un architecte belge, qui souhaitent en faire un lieu culturel en conservant le caractère spirituel du lieu[10].

[modifier] Notes et références

  1. Pouillé du Diocèse d’Avranches, ~1480, in Auguste Longnon, Pouillés de la Province de Rouen, Recueil des Historiens de France, Paris, 1903, p. 175E.
  2. 2,0, 2,1 et 2,2 Pouillé du Diocèse de Coutances, 1332, in Auguste Longnon, op. cit., p. 352D.
  3. 3,0 et 3,1 Pouillé du Diocèse de Coutances, 1332, in Auguste Longnon, op. cit., p. 350A.
  4. 4,0 et 4,1 Pouillé du Diocèse de Coutances, 1332, in Auguste Longnon, op. cit., p. 353B.
  5. Pouillé du Diocèse d’Avranches, 1412, in Auguste Longnon, op. cit., p. 162C.
  6. Pouillé du Diocèse d’Avranches, ~1480, in Auguste Longnon, op. cit., p. 175E.
  7. Rôle des fiefs du grand bailliage de Caen (vicomtés de Caen, Bayeux, Falaise et Vire) et de leur possesseurs dressé en 1640, Bulletin Héraldique de France, 1890-1892, p. 53a.
  8. [1] Site internet de la ville de Mortain
  9. Marc Sadouni, « Qui achètera l'abbaye blanche de Mortain ? », normandie.france3.fr, consulté le 22 septembre 2010.
  10. « L'Abbaye-Blanche rachetée par des architectes », La Manche libre, 4 juin 2011

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