Émile Littré

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Émile Littré par Félix Nadar.
Une page du Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie d'Émile Littré.

Émile Littré, né à Paris le 23 août 1861, et mort dans la même commune le 2 juin 1881, est un médecin et lexicographe lié à la Manche.

Biographie

Maximilien-Paul-Émile Littré reçoit ses prénoms en hommage à Rousseau et à Robespierre. Le jeune Émile grandit en effet à Paris dans une famille profondément républicaine [1]. Son père Michel-François, né à Avranches dans une vieille famille de sauniers devenus orfèvres, est contrôleur des Droits-Réunis dans l'administration des Finances à Paris après s'être engagé à 18 ans comme canonnier puis sergent-chef dans l'infanterie de marine [2]. Lecteur de l'Encyclopédie, jacobin [1], lecteur du grec et du sanskrit, membre de la Société asiatique de Paris, Michel-François épouse Sophie Johannot, fille de Jean-Baptiste Johannot, maire Montagnard de Saint-Étienne assassiné par les compagnies royalistes du Soleil et de Jésus en 1796 [2]. D'origine catholique, le mari est viscéralement athée. Issue d'une famille protestante ardéchoise, l'épouse conserve sa foi [2].

Après une petite enfance à Angoulême et Cognac, Littré profite à Paris à partir de 1811 [2] de la riche bibliothèque de son père et est lauréat, à seize ans, du premier prix de discours français du concours général à l'issue de ses études classiques [1]. Préparant le concours de l'École polytechnique sans pouvoir le passer à cause d'un accident, et pensant intégrer l’École des chartes, il est engagé deux ans comme secrétaire particulier de l'académicien Pierre Daru, pair de France et père de Napoléon Daru [2].

Il s'engage finalement en novembre 1822 dans des études de médecine, est reçu à l'externat en décembre 1824, et à l'internat en 1826. La mort de son père en 1827 le contraint à donner des cours de langues rémunérateurs [2].

Son engagement républicain le met sur les barricades de la Cité lors des « Trois Glorieuses » en 1830[2] et l'entraîne dans le journalisme après l'avènement de la Monarchie de Juillet, comme rédacteur durant vingt ans, au National, dirigé par Armand Carrel[3].

Il abandonne sa thèse qu'il ne lui reste plus qu'à soutenir[2], mais conserve son intérêt pour la médecine à travers la traduction des œuvres d'Hippocrate en dix volumes qui lui permet d'entrer à l'Académie des Inscriptions le 22 février 1839[3]. En 1845, il synthétise la pensée de son maître et ami Auguste Comte, rencontré 5 ans auparavant, dans son Analyse raisonnée des cours de Philosophie positive [4]. Il est « l'ambassadeur du positivisme dans le grand monde », fréquente au salon de la comtesse d'Argoult, les écrivains Balzac, Hugo, Lamartine et Sainte-Beuve, publie une traduction de L'Iliade et de L'Histoire naturelle de Pline [1].

Il accueille avec joie la révolution de 1848, devenant conseiller municipal de Paris, mais démissionne rapidement, en voyant la marche des événements, et refuse le ruban de la Légion d'honneur, restant à l'écart de la vie politique sous le Second Empire[3].

Fin connaisseur des langues grecque, arabe et sanscrite, il étudie à partir de 1844 la langue française et compile dans deux volumes d'une Histoire en 1862, les articles publiés dans la Revue des Deux-mondes, le Journal des Débats et le Journal des Savants[4]. Avec Robin, et à partir du travail de Nysten, il rédige une nouvelle version du Dictionnaire de Médecine et de chirurgie[3].

Caricature d'André Gill représentant Charles Darwin et Émile Littré perçant la crédulité, les superstitions, les erreurs et l'ignorance.

Il rompt avec Auguste Comte quand le philosophe ajoute à sa doctrine une dimension religieuse, et devient chef de file du scientisme, ce qui lui vaut l'opposition de Monseigneur Dupanloup à son entrée à l'Académie française en 1863[4].

Il fonde en 1867, avec Grégoire Wyrouboff, la revue La Philosophie positive et y publie, en 1870, l'article « Des origines organiques de la Morale », qui lui vaut d'être définitivement classé parmi les athées par les théoriciens catholiques. La même année, il soutient la veuve d'Auguste Comte dans son procès contre les exécuteurs testamentaires de son mari, et s'oppose à la publication des dernières œuvres du penseur, qu'il juge indignes de lui [3].

Il réitère sa candidature parmi les immortels, et est élu académicien le 30 décembre 1871 par 17 voix contre 9 à Saint-René Taillandier et 3 à Viel-Castel en remplacement d'Abel-François Villemain. L'évêque d'Orléans, toujours ferment opposé à sa présence, décide alors de ne plus siéger sous la Coupole. Il est reçu le 5 juin 1873 par le comte de Champagny et participe à la commission du Dictionnaire [5].

Première page du Littré, édition 1889.

Accepté en 1841 par Louis Hachette, qu'il a connu sur les bancs du lycée Louis-Le Grand, son projet de Dictionnaire de la langue française débute six ans plus tard, avec une rédaction qui s'étale entre 1847 et 1865 et une impression, débutée le 27 septembre 1859 et achevée en novembre 1872, après une interruption d'environ neuf mois en 1870-1871 [3]. Il est aidé dans sa tâche de sa femme et de sa fille [4].

Napoléon III déchu, Littré est nommé le 7 janvier 1871 par Gambetta, professeur d'histoire et de géographie à l'École polytechnique[3]. Il n'y donne qu'un cours, le 1er février [1]. Le 8 février suivant, il est élu 33e représentant sur 43 de la Seine à l'Assemblée nationale, se plaçant à gauche de l'hémicycle. Il ne prend pas part aux débats, mais vote, avec les républicains modérés, contre le pouvoir constituant de l'Assemblée, pour la dissolution, contre la chute de Thiers au 24 mai, contre le septennat, la loi des maires, l'état de siège, pour les amendements Wallon et P. Duprat et pour l'ensemble des lois constitutionnelles... Lors du renouvellement des conseils généraux, il est nommé le 15 octobre 1871 conseiller général de la Seine pour le canton de Saint-Denis, puis élu vice-président du conseil général [3].

Membre de la « République conservatrice », il s'oppose en avril 1873 dans Le Temps à la candidature du radical Désiré Barodet après la mort de Sauvage. Le 8 juillet 1875, il entre au Grand Orient de France [6] avec Jules Ferry et Grégoire Wyrouboff, et est élu, le 15 décembre 1875, par ses pairs députés, 52e sénateur inamovible sur 75. Il siège parmi la gauche modérée, s'oppose à la dissolution de la Chambre en 1877, au gouvernement du Seize-mai, soutient le ministère Dufaure et s'abstint en mars 1880 pour le vote de l'article 7 de la nouvelle loi sur l'enseignement supérieur[3].

Il n'abandonne pas l'écriture, publiant une traduction de L'Enfer de Dante en ancien français en 1879 et un essai sur les premières années de la République en 1880[1].

À l'heure de sa mort, il accepte sur l'insistance de sa femme et de sa fille, malgré son athéisme profond, de recevoir les sacrements du baptême et du mariage [3]. Au lendemain de son décès, Émile Zola rend hommage à la une du Figaro à cet « homme du siècle », à « ses grands travaux de logicien impeccable, la rectitude de sa méthode, l'unité et la clarté de son œuvre, la modestie et la simplicité du travailleur que la passion de la vérité attache à la terre, le progrès réel déterminé par chacun de ses ouvrages » [1].

Hommages

Timbre Émile Littré - 1984

Notes et références

  1. 1,0, 1,1, 1,2, 1,3, 1,4, 1,5 et 1,6 « Qui êtes-vous, Monsieur Littré ? », Le Figaro, 30 août 2007.
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3, 2,4, 2,5, 2,6 et 2,7 Jean Marie Mayeur, Alain Corbin, Arlette Schweitz, Les Immortels du Sénat (1875-1918) : les cent seize inamovibles de la Troisième République, Publications de la Sorbonne, 1995.
  3. 3,0, 3,1, 3,2, 3,3, 3,4, 3,5, 3,6, 3,7, 3,8 et 3,9 A. Robert et G.Cougny, Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889.
  4. 4,0, 4,1, 4,2 et 4,3 Jean-François Hamel, Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 1, Éditions Eurocibles, Marigny, 2001.
  5. Académie française.
  6. Émile Littré fut membre de la loge La Clémente Amitié à l'Orient de Paris.
  7. Maurice Dumont: 1869-1899, Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 1991, p.14.

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