Égrenne

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L' Égrenne est une rivière de la Manche qui sert de frontière sur 13 kilomètres avec le département de l'Orne.

Elle prend sa source près de Chaulieu. Elle a son embouchure à Torchamp, dans la Varenne, affluent de la Mayenne.

C'est l'une des deux rivières de la Manche qui, avec le Colmont, viennent, au final, grossir la Loire.

Hydronymie

Attestations anciennes

  • Egrenna ~1020 [1].
  • Egrennia ~1020 [1].
  • Egrannia ~1025 [2].
  • super Egriniam ~1330 [3]
  • Egrenna 1381 [4].
  • supra Egranam ~1508 [5]
  • Grette 1653 [6].
  • Grene 1662 [7].
  • Egreine; Grane 1675 [8].
  • R[iviere] de Grane 1689 [9].
  • Egreine; Grane 1694 [10].
  • Engraine ~1700 [11].
  • R[iviere] d Egraine 1711 [12].
  • R[iviere] de Graine 1716 [13].
  • R[iviere] d’Egraine 1719 [14].
  • Egraine 1719 [15].
  • R[iviere] de Grenne; Egreine 1720 [16].
  • Egraine 1736 [17].
  • R[iviere] d’Egraine 1742 [18].
  • Egraine 1758 [19], 1780 [20].
  • Egrenne 1753/1785 [21], 1792 [22].
  • l’Egraine 1804 [23].
  • la Grenne ou l’Egrenne 1808 [24].
  • Egranne 1854 [25].
  • Rû d’Egrennes 1825/1866 [26].
  • l'Égrenne 1880 [27].
  • l’Egrenne 2007 [28], 2009 [29].

Étymologie

L'analyse de ce nom ne fait pas l'unanimité parmi les spécialistes.

  • Selon Albert Dauzat [30], il se rattacherait à une formation pré-latine °I(s)càra, qui serait également à l'origine des types français Aigre, Aigronne, Égronne, Aigrée, Égray et Augronne. Le type hydronymique °Icàra représenterait lui-même un dérivé d'une base °Ic-, présente dans le nom de l’YonneIc-auna) ainsi que de l’Eygues ou AyguesIc-ărus) dans le Vaucluse [31].
  • Ernest Nègre ne reprend pas ce nom dans son ouvrage [32], rejet implicite de cette analyse, et explique différemment certains des autres hydronymes cités. En particulier, le nom de l'Yonne est rattaché à un élément gaulois °icco- de sens non précisé [33].
  • François de Beaurepaire [34] va dans une toute autre direction, et assimile le nom de l'Égrenne au type toponymique et hydronymique gaulois bien connu °ic(u)oranda / °icuranda / °igoranda [35], dont °egoranna constitue une possible variante. Cette formation, attestée un très grand nombre de fois en France, est régulièrement associée à la notion de limite territoriale [36]. De fait, le second élément du composé, randa, signifie « limite, frontière » [37], et figure dans d'autres toponymes gaulois de même type, tels que °camminoranda « chemin servant de frontière » > Chamarandes (Haute-Loire), Chamerande (Ain, Saône-et-Loire), etc. [38]. Quant au premier élément, on lui attribue généralement un sens hydronymique : il évoquerait l'eau, sans que l'on puisse en déterminer exactement l'origine. Jacques Lacroix [39] admet un élément °ic- « eau » (celui de l'Yonne < °Ic-auna, entre autres), mais dont la celticité reste à démontrer. En tout état de cause, le type °ic(u)oranda, etc., associe généralement la notion d'eau (rivière, ruisseau…) à celle de limite.

Force est de reconnaître que cette dernière interprétation convient parfaitement au cours de l'Égrenne, qui a séparé autrefois le territoire des Abrincates de celui des Sagii, et par la suite les diocèses d'Avranches et de Sées qui en étaient les continuateurs. Aujourd'hui encore, l'Égrenne sépare à cet endroit l'Orne de la Manche. Elle passe entre Le Fresne-Poret (autrefois Saint-Jean-du-Fresne) et Saint-Jean-des-Bois (ancien Foumaheut, « le hêtre de Maheut ») dans l'Orne, deux marqueurs traditionnels de limite. Cette vision des choses est d'ailleurs reprise aujourd'hui par Jacques Lacroix [40].

On notera l'emploi, du 17e au 19e siècle, d'une forme déglutinée Grenne, Gran(n)e, etc., issue de la mécoupure de locutions telles que rivière d'Egrenne / Egran(n)e, devenues rivière de Grenne / Gran(n)e.

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Jean Adigard des Gautries, « Les noms de lieux de l'Orne attestés entre 911 et 1066 », in Bulletin de la Société historique de l'Orne LXV, 1947, p. 106.
  2. Louis Duval, Rapport sur l’orthographe des noms de commune du département de l’Orne, Alençon, 1903, p. 14.
  3. Compte du Diocèse du Mans, ~1330, in Auguste Longnon, Pouillés de la Province de Tours, Recueil des Historiens de France, Paris, 1903, p. 77E.
  4. Louis Duval, op. cit., p. 96.
  5. Pouillé du Diocèse du Mans, ~1508 in Auguste Longnon, op. cit., p. 137C.
  6. Nicolas Sanson d’Abbeville, Diocèse du Mans divisée par doyennes ruraux, Chez P. Mariette éd., Paris, 1653 [BNF, Collection d’Anville, cote 00264].
  7. Joan Blaeu, Le pays et diocese de Mans. Vulgairement Le Maine ubi olim Cenomanni, Amsterdam, 1662 [BNF, Collection d’Anville, cote 00263].
  8. Adrien le Valois, Notitia Galliarum ordine litterarum digesta, Frédéric Léonard, Paris, 1675, p. 2a.
  9. G. Mariette de La Pagerie, cartographe, Unelli, seu Veneli. Diocese de Coutances, divisé en ses quatre archidiaconés, et vint-deux doiennés ruraux avec les Isles de Iersay, Grenesey, Cers, Herms, Aurigny etc., chez N. Langlois, Paris, 1689 [BNF, collection d'Anville, cote 00261 I-IV].
  10. Jean-Baptiste Nolin, Le duche et gouvernement de Normandie Divisé en Haute et Basse Normandie, en Divers Pays, et par Evechez, Paris, 1694 [BN, IFN-7710251].
  11. Gerard Valk, Normannia Ducatus, tum Superior ad Ortum, tum Inferior ad Occasum, Praefectura Generalis […] Anglici Caesarea sive Jarsey…, Amsterdam, ~1700.
  12. Alexis-Hubert Jaillot, La Généralité de Tours divisée en ses seize elections, aux Deux globes, Paris, 1711 [Bibliothèque nationale de France, Collection d’Anville, COTE 00729 B].
  13. Guillaume de l'Isle, Carte de Normandie, Paris, 1716.
  14. Guillaume de l’Isle, Carte des Provinces du Maine et du Perche, Paris, 1719.
  15. Bernard Jaillot, Le Gouvernement général de Normandie divisée en ses trois généralitez, Paris, 1719.
  16. G. Mariette de la Pagerie, Carte topographique de la Normandie; feuille 1 : Bayeux et Caen, 1720 [BNF, fonds Cartes et Plans, cote Ge DD 2987 (1009, I) B].
  17. Bernard Jaillot, Carte topographique du diocèse de Bayeux, Paris, 1736 [BNF, Collection d’Anville, cote 00260 B].
  18. Guillaume de l’Isle, Premier Geographe du Roy de l'Academie Royale des Sciences, Carte des Provinces du Maine et du Perche dans la quelle se trouve comprise la Partie Septentrionale de la Generalite de Tours, Amsterdam, Chez Jean Covens et Corneille Mortier, Geographes, 1742 [BNF].
  19. Robert de Vaugondy, Carte du gouvernement de Normandie, Paris, 1758.
  20. Anonyme, Plan des Départemens de Caen Bayeux et Saint Lo suivant la Marche que les Ambulants Tiennnent lors de Leurs Recouvremens [de la taille], 1780 [BNF département Cartes et plans, GE AA-3798 (RES)].
  21. Carte de Cassini.
  22. Les Auteurs de l’Atlas National de France, Atlas National Portatif de la France, Bureau de l’Atlas National, Paris, 1792.
  23. Dictionnaire universel, géographique, statistique, historique et politique de la France, impr. Baudouin, libr. Laporte, vol. II (COA-H), an XIII (1804), p. 584a.
  24. Louis Du Bois, Annuaire statistique, historique et administratif du département de l’Orne, pour 1808, Imprimerie de la Préfecture et des autres Autorités, Alençon, 1808, p. 61.
  25. V. Lavasseur, Atlas National Illustré des 86 départements et des possessions de la France, A. Combette éditeur, Paris, 1854.
  26. Cartes d’État-Major (relevés de 1825 à 1866, mises à jour jusqu’à 1889).
  27. Adolphe Joanne, Géographie du département de la Manche, Hachette, Paris, 1880, p. 19.
  28. Carte IGN au 1 : 25.000.
  29. Cadastre moderne.
  30. Albert Dauzat, Gaston Deslandes et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de rivières et de montagnes en France, Klincksieck, Paris, 1978, p. 17b s. v. AIGRE.
  31. Ibid., p. 45b.
  32. Ernest Nègre, Toponymie Générale de la France, Droz, Genève, t. I, 1990.
  33. Ibid., p. 116, § 2153.
  34. François de Beaurepaire, Les noms de communes et anciennes paroisses de la Manche, Picard, Paris, 1986, p. 114.
  35. Parfois aussi cité sous la forme °equoranda, °ec(u)oranda, °ecuranda, etc.
  36. Citons pour la Normandie Yvrandes (Orne), Douvres-la-Délivrande (Calvados), et dans la Manche Yvrande, ruisseau et hameau à Saint-Aubin-de-Terregatte, ainsi que la Basse Yvrande à Saint-Ébremond-de-Bonfossé.
  37. Il n'est cependant pas certain que cet élément, certes employé en gaulois, soit d'origine celtique. Les avis sont très partagés sur la question.
  38. Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, Paris, 2001, p. 138 s.v. equoranda.
  39. Jacques Lacroix, Les noms d’origine gauloise I, La Gaule des combats, Errance, Paris, 2003, p. 45.
  40. Ibid., p. 47.