Église Saint-Pierre (Périers)

De Wikimanche

Le chevet.

L'église Saint-Pierre est un édifice catholique de la Manche situé à Périers.

Histoire

Elle est construite à l'emplacement d'une église romane dont il ne reste qu'une petite porte et la trace de la poutre portant une fresque[1]. Le chœur et la croisée du transept, gothiques, datent du 13e siècle. La nef est édifiée au 14e siècle , l'ensemble est parachevé au début du 15e siècle par l'élévation de la fine flèche octogonale. [1]

Elle est gravement endommagée pendant la Seconde Guerre mondiale au cours des combats pour la libération de la commune.

Reconstruite à l'identique sous les directives d'Yves-Marie Froidevaux, architecte des monuments historiques[1] et le regard de l'abbé Marcel Lelégard[2], elle est rouverte au culte le 10 avril 1960 [3].

En 2010, la commune engage des travaux de réhabilitation du clocher.

En 2018, la municipalité et l'Association de sauvetage du patrimoine en pays de Périers (AS3P), présidée par André Aubert espèrent des subventions pour réaliser des travaux remédiant aux défauts d'étanchéité qui dégradent les enduits intérieurs et fragilisent les vitraux[1].

Elle est classée comme monument historique depuis 1862 [4].

Description

En 1857, elle est décrite ainsi [5] : « Elle se compose du chœur, d'une nef principale et d'un transept. La nef principale et le chœur sont garnis de bas-côtés qui se prolongent jusqu'au sanctuaire. L'église offre donc l'image dune croix dont les branches s'étendent du nord au midi, et dont la tête que figure le chœur est tournée vers l'est.

On distingue plusieurs époques dans l'architecture de cette égalise. Les deux chapelles qui forment la croix sont du XIIe siècle ; leurs lors sont garnis de modillons carrés, simple, ou représentant des figures grimaçantes ; les contre-forts qui buttent les murs sont peu saillants ; dans l'un des murs, celui donnant sur la place, on remarque encore, malgré les retouches quil a subies, de l'opus spicatum, c'est-à-dire des pierres disposées en arête de poisson, ou en feuille de fougères ; on y distingue aussi avec intérêt une porte romane, aujourd'hui bouchée, dont l'archivolte est ornée d'un cordon de billettes. Les fenêtres qui éclairent ces chapelles sont postérieures au XIIe siècle, et les toits ont été abaissés car on voit encore au-dessus des nouveaux l'arête des anciens.

Le chœur, les quatre piliers de la tour et la nef principale sont du XIIIe siècle. Les nefs latérales sont, je crois, du XIVe siècle, peut-être même pourrait-on les regarder comme du XIIIe. Les chapiteaux des colonnes sont couverts de feuilles acanthe, de volutes ou crochets un peu épanouis, et de petites figures grimaçantes dont l'une tire la langue. La base des colonnes offre une scotie bien évidée entre deux tores inégaux.

Les voûtes de la nef et des bas-côtés sont plutôt, je crois, du XVIe que du XVe siècle.

Le chœur présente trois grandes arcades à ogive de chaque côté, et la nef principale en offre six, non compris celles de la tour qui s'élève entre chœur et nef. Sir l'un des piliers de la nef, on lit le millésime 1509, qui, sans doute, est la date de quelques-uns des travaux exécutés dans l'église.

Le sanctuaire et les deux chapelles absidales sont du XVe siècle. Leurs voûtes offrent des arêtes prismatiques. Les trois fenêtres qui éclairent le sanctuaire forment un rond-point ; elles sont à doubles meneaux et leur arcade est remplie de compartiments variés. Les murs sont tapissés d'arcatures trilobées ou polylobées dont les rampants, reposant sur des animaux qui font office de cariatides, sont garnis de crochets, et couronnés d'un fleuron. Deux de ces rampais se terminent, à leur extrémité supérieure, par un pédicule destiné, peut-être, à recevoir une statue. On a eu le mauvais goût de partager en deux ces belles arcatures par des tablettes en marbre.

Mais, depuis ma première visite à l'église de Périers, j'ai su qu'une bien fâcheuse innovation y avait été faite, et j'avoue que, pour y croire, il a fallu la voir. L'autel a été déplacé et reporté avers le chœur ; le sanctuaire et son rond-point ont été envahis et indignement sacrifiés : et pourquoi ? pour établir une sacristie ! une sacrifie derrière l'autel... !

Je laisse aux âmes pieuses à juger un pareil acte. Dans le Moyen Âge, les sentiments religieux de nos pères auraient été blessés de voir placer un réduit semi-profane immédiatement derrière l'autel. On n'eût pas compris que le sanctuaire, ce lieu le plus saint d'une église, servit de chemin pour arriver à un garde-meuble ou à un vestiaire.

(...) Les murs du sanctuaire ou du rond-point du chœur sont, à l'extérieur, garnis de gargouilles et de contreforts qui, eux, sont appliqués sur les angles. Sur ces contreforts sont placées des niches avec des rampants couverts de crochets, et surmontés d'un petit pinacle. Toute cette partie de l'église est du XVe siècle.

On remarque une grande arcade à ogive dans chaque mur des bas-côtés vers le chœur. Ces arcades, qui annoncent le XVe ou le XVIe siècle, sont sans doute celles de deux tombeaux pratiqués dans l'épaisseur des murs : on en a fait des buffets ou petites armoires. C'est encore une preuve du mauvais goût qui a présidé à l'établissement de la sacristie. (...)

Le chœur et le sanctuaire ont un grand défaut : ils sont trop éclairés. Cette masse de lumière, répandue sur leur intérieur, ne convient pas à une église ; elle ne prête pas au recueillement, et n'est pas appropriée aux pensées religieuses que doit inspirer le lieu saint. Ce défaut, il faut l'attribuer, non pas aux premiers architectes, mais à celui qui a fait ouvrir dans les murs du chœur ces ignobles fenêtres rondes qui déshonorent cette partie de église.

La grande fenêtre occidentale a été refaite en partie, mais ce qui reste de la fenêtre primitive annonce le XIVe siècle.

Plusieurs clefs de voûte, dans église, forment écusson. On y distingue les anciennes armes de France, et sur plusieurs deux épées en sautoir.

Un petit porche du XVe siècle précède la porte, ouverte dans le mur septentrional de la nef. Cette porte est deux baies, que sépare un pilier central ou trumeau : le linteau de chaque baie remonte en accolade ; le pilier central soutient une niche avec pinacle dans laquelle on a placé une vierge debout tenant l'enfant Jésus dans ses bras. Cette statue qui a quelque chose de raide, porte une couronne ornée de pointes rondes et est bien postérieure au XIVe siècle. Un antéfixe termine le pignon septentrional de ce porche.

Une belle flèche pyramidale à huit ans, élève au-dessus de la tour qui est quadrangulaire dans sa partie inférieure : une galerie, garnie de quatre feuilles et d'une gargouille à chaque angle, règne autour. Plusieurs fenêtres qui éclairent cette tour ont leur arcade couverte de crochets.

De la galerie, le visiteur a devant lui un horizon parfait et fort étendu. Je recommande la vue de ce magnifique panorama à ceux qui ne e connaissent pas.

La tour contient trois cloches : deux grosses et une petite. Chaque cloche principale porte une des inscriptions suivantes :

L'an 1830, sous le règne de Charles X, roi de France
J'ai été nommée Laurence Bénédicte
Par M. J. B. L. Robin-Prévallée, docteur en médecine
président du conseil de la fabrique de l'église de Périers
Et par Mme Marie Laurence Leforestier, de Saint-Malo
épouse de M. Lepreux, Marguiller et bénite
par M. Guillaume Flambart, curé et doyen de Périers.
L'an 1830, sous le règne de Charles X, roi de France,
J'ai été nommée Marie Jeanne par M. Desrez
ancien commissaire du Trésor public
et ancien maire de Périers
Et Madame Marie-Anne Kadot de Sebdeville
Vve de M. Paing, ancien procureur du roi au bailliage
de Périers.

L'église de Périers possédait jadis un orgue qu'avait dû lui donner le cardinal Davy du Perron, ou peut-être son neveu Jacques Le Noël, d'abord évêque d'Angoulème, ensuite d'Évreux, qui a fait plusieurs donations à l'église de Périers. On remarque dans le chœur, sur un écusson faisant clef de voûte, les armes du cardinal qui sont d'« azur au chevron d'or, accompagné de trois armes de même » : on dit que sa mère repose dans église de Périers, dans la nef latérale, du côté de l'évangile. Alors, elle n'aurait pas abandonné la religion catholique et suivi les nouvelles doctrines dont son mari était un zélé partisan, ou, après être sortie du sein de l'Église, elle y serait rentrée.

On remarque sur le mur du bas-côté méridional de l'église deux inscriptions : l'une rappelle une fondation pour laquelle ont doit dire pater et ave Maria, miserere et de profundis ; l'autre est une inscription tumulaire dans laquelle on lit : « paster noter que. 1577 ». Je les signale à ceux qui auront le loisir de les déchiffrer en entier.

Sur la vitre, au-dessus de l'arcade septentrionale, on distingue les armes de la faille du Coudren, qui sont dargent, au chevron azur, chargé de cinq fleurs de lys d'or, accompagne de trois lions de même, 2 en chef affrontés et 1en pointe. Peut-être un membre de cette faille avait-il donné la vitre, ou fait quelque donation à église.

Église est sous le vocable de saint Pierre. Elle payait une décime de 50 livres, et dépendait de l'archidiaconé de la chrétienté et du doyenné de Périers. L'abbaye de Saint-Taurin d'Évreux en avait le patronage que lui donna sans doute Richard Ier, dic de Normandie, lorsqu'elle se releva de ses ruines : nous apprenons en effet d'une carte du 11 janvier 1195, par laquelle Richard Cœur-de-Lion confirme les donations faites à cette abbaye par ses prédécesseurs, quelle tenait des des libéralités de Richard Ier, entre autre biens, le domaine de Périers : « In pago quoque Constantini Periers... ».

Le grand bailli Cotentin, en l'année 1315, annonça à l'évêque de Coutances que le roi reconnaissait n'avoir aucun droit de présenter à l'église de Périers. »

Mobilier

L'église de Périers abrite de nombreux objets classés au titre de monument historique, parmi eux :

  • Le maître-autel, en marbre polychrome, commandé par le Conseil de Fabrique en 1840 et posé en 1843, est classé Monument historique à titre d'objet en 1979[6].
  • Un orgue fabriqué à Londres en 1881, passé par Southampton et Jersey est transféré en 1989 à Périers grâce à l'abbé Marcel Lelégard[2]. Malgré une restauration en 1993, l'un de ses trois claviers reste muet [2]. Il est classé monument historique au titre d'objet[7].

Notes et références

  1. 1,0 1,1 1,2 et 1,3 « L'église de Périers a besoin de travaux », Ouest-France, 13 novembre 2018.
  2. 2,0 2,1 et 2,2 « Périers. L'orgue remarquable a besoin d'être restauré », Ouest-France, site internet, 3 mars 2018. (lire en ligne)
  3. « Nos années 60 », La Presse de la Manche, hors-série, novembre 2010, p. 11.
  4. Notice n°PA00110533, base Mérimée (architecture), médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, ministère de la Culture.
  5. Renault, Annuaire du département de la Manche, vol. 29, 1857, p. 21-26.
  6. Notice n°PM50000817, base Palissy (mobilier), médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, ministère de la Culture.
  7. Notice n°PM50000817, base Palissy (mobilier), médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, ministère de la Culture.

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