Église Notre-Dame (Savigny)

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L'église Notre-Dame.

L'église Notre-Dame de Savigny est un édifice catholique de la Manche, situé à à Savigny.

Construite au 11e siècle, datée pour l'essentiel du 12e, avec une nef unique romane et une travée reconstruite au début du 16e, elle abrite des peintures murales du 14e et du 16e siècles et un Christ en majesté du 12e. À l'extérieur de la nef et du chœur, les murs sont surmontés de nombreux modillons du 12e.

Historique

Nef.
Blason.
Porte latérale.
Abside

L’historien Charles Duhérissier de Gerville, qui visita l’église en octobre 1818, en dit qu’il est porté «  à croire qu’aucune église du diocèse de Coutances n’est plus ancienne que celle-ci ».

D'après l’appareil des pierres des soubassements des murs de la nef, il est probable qu'une église antérieure à l’église actuelle ait pu exister au 10e siècle et qu’il y a eu réemploi. L’église actuelle est du 11e siècle, n’a pas de transept et se termine par une abside en cul-de-four.

En 1107, Raoul de Brucourt, seigneur de Savigny, fait venir des religieux du prieuré de Sainte-Barbe-en-Auge (Eure) pour l’éducation de ses enfants et pour la desserte de la chapelle seigneuriale.

Selon les inscriptions relevées sur l’un des chapiteaux du chœur, l’église aurait été ornée vers 1128 et dédiée à Notre-Dame. On remarque le nom de Turoldus, premier prieur du prieuré de Savigny, sis à la Troudière, hameau tout proche.

En 1165, Geoffroy de Brucourt, donne à la collégiale de Sainte-Barbe-en-Auge, l’église de Savigny et les dîmes de la paroisse, à la condition que l’un des religieux du prieuré de Savigny remplisse les fonctions de curé. La disposition tiendra jusqu’à la Révolution.

La chapelle Nord, dite Chapelle sainte Barbe, date du 16e siècle (élévation de la tour-clocher et statue de la sainte). À la même époque, on ouvre une fenêtre à ogive et meneau dans le mur méridional, à proximité du chœur.

Dans son vitrail (moderne), une inscription fait mention de Jean Michel, supérieur général des Chartreux, né à Savigny en 1535 et mort en 1600 à La Grande-Chartreuse.

Le porche sur la façade ouest a été ajouté au 17e siècle. Y sont gravées les armes des familles Lemaître et Michel (peu lisibles).

En 1693, les deux autels de la nef sont embellis par des retables à colonnes, encore visibles en 1910.

En 1715, l’adjonction de la sacristie à l’est obstrue la fenêtre axiale de l’abside. Le nouvel autel (en bois) avec retable est reculé vers le fond de l’abside.

En 1770, deux autres fenêtres sont ouvertes dans le mur sud. Le mur nord garde ses petites fenêtres romanes.

Sous la Révolution, l’église sert aux réunions décadaires, au culte de la Raison, et au culte de l’Être suprême. Savigny étant devenu chef-lieu du canton, l’église servira de « mairie cantonale » jusqu’en l’an VIII.

Au 19e siècle, eurent lieu de nombreux travaux d’agrandissement et « d’embellissement » :

  • 1826 : construction de la grande chapelle dite « chapelle aux hommes »
  • 1855 et 1856 : l’autel saint Sébastien est restauré et l’autel sainte Barbe est « rétabli »
  • 1862 : trois nouvelles verrières sont placées aux croisées de la nef

C’est en novembre-décembre 1888 qu’a lieu une découverte capitale qui récompense la curiosité du curé de Savigny, l’abbé Aristide Joubin.

Dans le grenier de la sacristie (inaccessible jusqu’alors), il découvre un superbe Christ en majesté, d’époque romane, à l’arrière de la fenêtre axiale de l’abside. « Sa qualité l’élève très haut au-dessus du reste du décor sculpté », dira Lucien Musset.

Peu de temps après, l’abbé Joubin s’enhardit à démonter une planche du retable surmontant le maître-autel. Il va ainsi découvrir des arcades romanes et leurs magnifiques chapiteaux sculptés, datés du 12e siècle. Sous le badigeon, on découvre que trois arcades sont ornées de peintures murales. Elles représentent le martyre de Sainte Barbe, seconde patronne de l’église.

En 1893, des grattages pratiqués dans le mur nord de la nef mettent à jour la Cène (4,30 m x 1,35 m).

En 1897, en dégageant le pied de l’autel de saint Sébastien, est trouvée une statue gothique en pierre de la Vierge qui, restaurée et polychromée, est rendue à la vénération de la paroisse pour le jour de Noël 1898.

En 1899, a lieu une restauration de la chapelle Nord dite sainte Barbe. Dans le mur est, on dégage une fenêtre murée au 18e siècle et des nouveaux vitraux sont posés sur les croisées.

Le 10 juin 1905, par arrêté du ministère de l’Instruction publique, des beaux-arts et des cultes, « les peintures murales de l’abside et de la nef (14e siècle) dans l’église de Savigny sont classées parmi les monuments historiques » ; même classement pour la statue de sainte Barbe. Le Christ en majesté a été, lui, « oublié » (Michel Adam).

Au cours de la première moitié du 20e siècle, auront lieu surtout des travaux d’entretien jusqu’à ce que les bombardements et des tirs d’artilleries américains abattent le clocher, lequel sera reconstruit en 1946-1947.

De 1949 à 1954, tous les vitraux détruits pendant la guerre sont remplacés, de même qu’est refaite la voûte de la nef (1951).

En 1970, toute l’église est inscrite à l’Inventaire supplémentaire de monuments historiques.

En 1994, la foudre d’un violent orage tombe sur le clocher : sa toiture est projetée sur celles de la nef et du chœur et jusqu’au sol près de l’harmonium. L’arc triomphal est abîmé et on verra des fissures apparaître.

En 2008, la réfection d'un contrefort extérieur, de la voûte du chœur et de son arc en anse de panier est l’occasion de débarrasser le chœur de l’église de l’étaiement réalisé en 2005 en attente des travaux.

Le décor sculpté

À l’extérieur

Les murs sont garnis de près d’une cinquantaine de modillons du 12e siècle. L’inspiration est variée, animaux divers, prêtres, figures grotesques, objets de la vie quotidienne, moulures en forme de palmette.

À l’intérieur

Christ en majesté.

Le décor du 12e siècle se situe dans l’abside et le chevet.

L’arc qui précède l’abside et l’arc d’entrée du chœur sont ornés de bâtons brisés, décor roman courant en Normandie.

Le pourtour de l’abside est scandé de cinq ensembles de colonnes doubles supportant cinq arcs en plein cintre. L’arcade centrale, dans laquelle s’inscrit une fenêtre, a reçu un traitement en bâtons brisés. Les chapiteaux sont sculptés : cheval, oiseaux, serpents, lions, entrelacs, résilles.

Pour accéder au chevet de l’abside, il faut contourner l’autel. À l’intérieur de la sacristie accolée à l‘église, le verso de baie de l’arcade centrale de l’abside s’inscrit dans une très haute arcature en plein cintre à chapiteaux sculptés et arc à bâtons brisés. La verrière est surmontée d’un linteau en bas-relief représentant une scène de chasse au cerf.

Au-dessus, un bas-relief représentant un Christ en majesté termine le plein de l’arcade. Le « Beau-Dieu », taillé dans six pierres jointives, est figuré pieds nus, assis sur un trône et portant le costume épiscopal. Il bénit de sa main gauche et tient de l’autre main une croix à longue hampe.

Les peintures murales

Le décor peint remis au jour par l’abbé Joubin est daté du 14e siècle. Il est situé dans la nef et dans l’abside. On pourra cependant remarquer, en plusieurs points du mur de la nef, d’autres traces qui laissent présumer l’existence d’autres peintures.

La Cène

Sur le mur nord de la nef, le Christ est représenté de front, au centre d’une composition équilibrée à quatorze personnages (chiffre inhabituel pour une Cène qui normalement compte 13 personnes). Les apôtres sont représentés de profil.

Judas fait face au Christ, assis de l’autre côté de la table. Un relevé datant de 1898 et détenu par les Monuments historiques, montre qu’il reçoit à manger du Christ un morceau de pain tandis que celui-ci le bénit.

À la gauche du Christ est représenté saint Paul, reconnaissable à son épée (instrument de son supplice) et à son crâne chauve, alors qu’en fait, il n’était pas présent au dernier repas du Christ avec ses Apôtres. À côté de saint Jean qui se penche sur l’épaule du Christ, saint Pierre détient une immense clef.

Les autres convives sont représentés sans attributs et dans les attitudes familières des gens à table.

La Cène.

Le cycle de sainte Barbe

Peinture murale dans une arcade du 12e siècle.

Les peintures murales occupent le plein des arcades du 12e siècle. La représentation se lit de droite à gauche.

Dans la première arcade, Barbe est représentée en son jardin, à côté d’un arbre tout en entrelacs.

La deuxième scène représente les bourreaux qui la dévêtissent avant de la supplicier.

Dans la troisième arcade, le père de Barbe s’apprête à lui trancher la tête avec son épée alors que la foudre, représentée par des traits jaunes, s’abat sur lui.

La dernière arcade contient une scène peinte à la fin du 19e siècle pour remplir un espace trouvé vide. Barbe, portant son auréole de sainte, est représentée en prières.

La statuaire

La plus remarquable statue est datée du 16e siècle. Il s’agit d’une sainte Barbe en pierre calcaire. On y retrouve les attributs classiques de la sainte : la tour (où son père l’enferma), le livre, la palme. Située dans la chapelle Nord, elle en orne l’autel.

La fenêtre axiale de l’abside est occupée par la vierge gothique découverte cachée au pied de l’autel de Saint Sébastien. La main droite de la vierge était écrasée, le nez et le menton mutilés. L’enfant Jésus était décapité. Il est écrit à l’époque dans le livre paroissial qu’il s’agit de la statue de l’antique Notre Dame de Savigny, cachée pour la soustraire aux profanateurs calvinistes.

Les statues de saint Marcouf et de saint Clair furent données à l’église entre 1822 et 1836 par l’hospice de Coutances, à la demande du curé de Savigny, l’abbé Michel Basset, qui lui-même finança une statue de la vierge.

Sources

  • Dr Guilbert, Voyage archéologique dans la Manche – III - Arrondissement de Coutances, Charles de Gerville - Collection Études et documents, Société d’histoire et d’archéologie de la Manche, 2000)
  • Jean-Michel Renault, Revue monumentale et historique de l’arrondissement de Coutances, 1852-1861
  • Abbé Lemasson, Notice historique sur Savigny près de Coutances, Imp. Jacqueline, Saint-Lô, 1886
  • Michel Adam, Nouvelle notice historique sur Savigny près Coutances, 1re partie : des origines à la Révolution
  • Michel Adam, Nouvelle notice historique sur Savigny près Coutances, 2e partie : le XIXe siècle
  • Michel Adam, Nouvelle notice historique sur Savigny près Coutances, 3e partie : le XXe siècle
  • Association pour la sauvegarde de l'église de Savigny (site internet)

Bibliographie

  • Lucien Musset, « Église : architecture et sculpture », Annuaire des cinq départements normands, congrès de Coutances, 1993
  • V. Juhel, « Peintures murales de l'église », Annuaire des cinq départements normands, congrès de Coutances, 1993, pp. 64-71

Liens internes

Localisation

49°02′54.86″N 1°20′16.54″W / 49.0485722, -1.3379278