Égaluer

De Wikimanche

Égaluer (fr. rég. et dial.), v. tr., éblouir.

Exemple : le soleil m'égalue.

Répartition géographique

Mot employé de manière générale dans la Manche; localisé plus particulièrement dans l'arrondissement de Valognes au 19e siècle. Son usage dialectal s'étend aux îles Anglo-Normandes.

Attestations écrites

Dans la littérature dialectale

  • ÉGALUAÏR : 1849 Pour égaluaïr nos jânes dadais, « pour éblouir nos jeunes dadais » [1]; D'vant que l'soleil nou-z égalue, « avant que le soleil ne nous éblouisse » [2].
  • ÉGALUER : 1865 […] un spectre ou unne ombre / Qui vint se plianter sus les d'grés d'la Cohue, / Nos égaluer tous, et nos bailli la brélue, « un spectre ou une ombre qui vint se planter sur les marches de la Cohue, nous éblouir tous et nous donner la berlue » [3].

Dans les recueils, glossaires et dictionnaires

Attestations orales

Transcriptions : alphabet Rousselot-Gilliéron.

Étymologie

Le mot égaluer est formé sur le terme dialectal normand galu, variante sonorisée de calu « louche », de même qu’éberluer est formé sur berlue [16]. Quant au mot calu lui-même, il est constitué du préfixe péjoratif ca- et d'un radical -lu qui semble représenter le réflexe du latin luscus « borgne ». Le correspondant exact de ce terme existe en provençal, où calucs signifie « myope » [8]. On retrouve par ailleurs le préfixe péjoratif ca- dans toutes sortes de mots tels que calorgne « louche », formé sur l’ancien français lorgne « louche, myope »; cahute formé sur hutte; caloge formé sur loge; cabosser formé sur bosse, etc.

Curieusement, René Lepelley invoque pour ce mot une « origine incertaine », et effectue sans assurance un rapprochement avec le latin caligo « obscurité » [10] qui pose de très gros problèmes, tant phonétiques que sémantiques.

Emplois particuliers

Locutions

  • c'est égalué : 1911, canton de Percy. — Se dit des jeunes veaux sortis pour la première fois de l'étable, et éblouis par le soleil; ils gambadent et courent comment des fous, sans savoir où ils vont [9].

Notes et références

  1. [Georges Métivier], « L'Apoticaire », in Rimes guernesiaises. Par un câtelain, Simpkin, Marshall et Cie, Londres, [1849], p. 4; patois de Guernesey.
  2. Ibid., p. 123.
  3. A. Mourant, Rimes et poësies jersiaises de divers auteurs réunies et mises en ordre par A. Mourant, Philippe Touzel Falle, Jersey, 1865, p. 23; patois de Jersey.
  4. [Georges Métivier], Rimes guernesiaises. Par un câtelain, Simpkin, Marshall et Cie, Londres, [1849], Glossaire, p. 194.
  5. Georges Métivier, Dictionnaire franco-normand ou recueil des mots particuliers au dialecte de Guernesey […], Williams and Norgate, Londres / Édimbourg, 1870, p. 194.
  6. Édelestand et A. Duméril, Dictionnaire du patois normand, Caen, 1849, p. 89a.
  7. Louis Du Bois et Julien Travers, Glossaire du patois normand, A. Hardel Éditeur, Caen, 1856, p. 121.
  8. 8,0 et 8,1 Henri Moisy, Dictionnaire de patois normand, Indiquant particulièrement tous les termes de ce patois en usage dans la région centrale de la Normandie, pour servir à l’histoire de la langue française, Caen, Henri Delesques éd., 1887, p. 227b.
  9. 9,0 et 9,1 Raymond Ganne de Beaucoudrey, Le Langage normand au début du XXe siècle noté sur place dans le canton de Percy (Manche), Paris, Picard, 1911, p. 183.
  10. 10,0 et 10,1 René Lepelley, Dictionnaire du français régional de Normandie, Paris, Bonneton, 1993, p. 64a.
  11. M. Porée et B. Cléraux, « Glossaire du parler normand de la région de La Haye-Pesnel », Le Viquet n° 119, Pâques 1998, p. 97c.
  12. Graphie dite « normalisée », prônée par la mouvance de Fernand Lechanteur, Marcel Lelégard et al., mais ne reflétant qu'une prononciation minoritaire.
  13. André Dupont, « Glossaire » dans Alfred Rossel, Chansons normandes, OCEP, 1974, p. 251 [édition en graphie normalisée].
  14. J.-P. Bourdon, A. Cournée, Y. Charpentier, Dictionnaire normand-français, Paris, Conseil international de la langue française, 1993, p. 122a.
  15. Albert Sjögren, Les parlers bas-normands de l'île de Guernesey, Klincksieck, Paris, 1964, p. 2b.
  16. On appelle ce type de formation une dérivation parasynthétique.