Édouard Corroyer

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Édouard Corroyer, né à Amiens (Somme) le 24 septembre 1835, mort à Paris le 30 janvier 1904, est un architecte lié à la Manche.

Il a été le premier architecte en chef des Monuments historiques chargé de la restauration de l'abbaye du Mont-Saint-Michel.

Le rebâtisseur du Mont-Saint-Michel

Le nom d’Édouard Corroyer demeure à jamais attaché à la « résurrection » du Mont Saint-Michel à la fin du XlXe siècle. « La Merveille », on le sait, se trouve dans un état inquiétant, menaçant bientôt ruine, quand les pouvoirs publics se préoccupent enfin du sort d’un mouvement dont la vocation principale est devenue celle d’une prison [1].

Il est l'élève de Viollet-le-Duc, qu'il aurait rencontré vers 1855 lors de la restauration de la cathédrale d’Amiens. Entre 1862 et 1870 il bâtit l’hôtel de ville de Roanne, l'église de Vougy (Loire), le château de Fleyriat (Ain) et deux immeubles rue du Quatre-Septembre à Paris [2],[3]. Passionné par la réalisation de pièces d'orfèvrerie, il présente un projet d'autel avec garniture pour l'autel Notre-Dames des Victoires à Roanne au Salon de 1866[4].

Il est des fondateurs de la Gazette des architectes et du bâtiment en 1863, dans laquelle il publie durant deux ans ses dessins, dont ceux d'orfèvrerie lui vaut une médaille à l’Exposition universelle de Paris en 1867 [2].

Le Mont Saint-Michel par Corroyer (1873).
Projet de restauration de la façade nord et l’entrée de l’abbaye, par Corroyer (1874).

Après avoir intégré la Commission des monuments historiques en 1871 [2] et en parallèle d'études sur l'architecture médiévale, il étudie les églises bretonnes de Lamballe, Saint-Pol-de-Léon et Dol, est missionné à Dinan (1872), Pleyben (1873), et restaure les églises de Ham, Nesle, Athies (Somme) et le château de Chamarande (Loire) [4].

C’est en 1872, à l’âge de 35 ans, qu’Édouard Corroyer, architecte des monuments historiques, est chargé d’évaluer l’état du Mont. Il lui faut moins de deux ans pour convaincre son ministre de l’intérêt de classer le Mont Saint-Michel, ce qui est chose faite dès 1874. Dès lors, cet architecte érudit, membre de l’Académie des Beaux-Arts, peut se consacrer entièrement à la restauration de « la Merveille ». Sous sa direction, des travaux gigantesques sont entrepris, en commençant par les plus urgents. Il s’agit d’abord de consolider plusieurs parties du monument comme les remparts du village, les bâtiments romans et tout le troisième niveau comprenant notamment le cloître et le réfectoire [1].

Édouard Corroyer va consacrer une quinzaine d’années de sa vie à ces travaux [1] et écrit quatre ouvrages sur l'édifice[2]. Mais il est révoqué du service des monuments historiques par Larroumet, directeur des Beaux-Arts, le 6 décembre 1888, alors que sont nées des dissensions avec le dessinateur Émile Sagot et avec les Montois eux-mêmes qui ne lui pardonnent pas son opposition à la digue qu’il appelait « le remblai » [1], et à la demande des députés Lockroy et Bassé qui le considéraient trop proche des idées cléricales [4]. Amer de cette révocation, au terme d'un vif débat à la Chambre des députés rapporté par la presse, il publie une lettre dans le Gaulois du 3 décembre et Liberté du 9 : « Je vous avoue que je me croyais le droit d'être mieux défendu. Mon déplaisir n'est pas d'être révoqué mais de n'avoir pas trouvé en vous, directeur des Beaux-Arts de qui je relevais hiérarchiquement, une indépendance de jugement et l'esprit de justice sur lesquels j'avais le droit de compter. Architecte du Mont-Saint-Michel depuis quinze ans, j'avais eu à lutter contre les intérêts les plus divers et les plus opposés pour sauvegarder ceux qui m'étaient confiés et sans songer à mes sympathies les plus chères, j'avais accepté la lutte contre l'évêque, contre les religieux, contre la municipalité, contre les ingénieurs qui ont fait la digue et sans me préoccuper des passions locales qui soulevaient les passions des habitants... Dès que vous acceptiez les racontars de petite ville et les basses attaques intéressées, j'ai compris que je n'avais plus rien à attendre de vous, non plus que de ce vieil esprit de solidarité de la grande administration des Beaux-Arts » [4].

Il est l'auteur des églises de Villers et de Saint-Cyr-les-Vignes (Loire) [4]. À Paris, il construit également le siège du Comptoir national d’escompte (CNE) en 1878 et son hôtel particulier, rue Courcelles [3]. Il est nommé inspecteur général des travaux diocésains le 13 juin 1885, service dont il est architecte à partir de juillet 1874, en remplacement à Soissons de Lance, qui, malade, s'oppose à lui avec l'appui de l'inspecteur général Millet, puis de plein droit après la mort de Lance le 24 décembre 1874. Il participe à la restauration de la cathédrale[4]. Il reçoit une médaille de l'Académie des inscriptions en 1878 [4].

Jusqu'en 1897, il réalise deux monuments funéraires et le monument aux morts de Nantes et propose un projet pour l’église Sainte-Catherine à Villeneuve-sur-Lot [2]. Il reçoit une médaille d'or au Salon en 1873 et 1878 [4].

Durant sa carrière, il rédige des articles pour l’Encyclopédie d’architecture (1872-1874), et dans L’Architecture (1890-1892), et est critique d’architecture à La Gazette des Beaux-Arts (1877-1884) et La Revue générale d’architecture et des travaux publics [2].

Ses travaux sur l'histoire de l'architecture médiévale s'expriment dans ses ouvrages L’Architecture romane puis L’Architecture gothique en 1888 et 1891. Il y développe sa conception d'une évolution continue des formes architecturales et en particulier que la voûte d’ogive découle des pendentifs de la coupole hérités de l'Orient. S'incluant dans la tradition académique contre l'archéologie médiévale, ces ouvrages sont respectivement réédités en 1900 et en 1903, avant d'être définitivement rejetés un quart de siècle plus tard par Camille Enlart et Henri Focillon [2].

Affiliations et décorations

  • Membre du Dîner des Cinquante (1864),
  • Membre de l'Académie des beaux-arts (1896-1904), élu au fauteuil de Barbet de Jouy
  • Adhérent de la Société de l'histoire de Paris et de l'Île-de-France (1874-1904)
  • Adhérent de la Société des amis des monuments parisiens (1885-1900)
  • Membre (1879-) puis directeur de la Société des antiquaires de Normandie (1896)
  • Membre résidant de la Société nationale des antiquaires de France (1879-1904)
  • Membre de la Société centrale des architectes (1870), de la Société d’encouragement pour la propagation du livre d’art (1872), de la Société de l’Histoire de l’Art français (1875), de l’Union centrale des arts décoratifs (1882-1901), du Comité des monuments français (1887), de la Société du baron Taylor (1889), de la Société d’encouragement à l’art et à l’industrie (1889), de la Société des amis du Louvre (1897)
  • Chevalier (1882) puis officier (1896, sur recommandation du sénateur Spuller et du député Berger) de la Légion d’honneur
  • Officier de l’Instruction publique (17 juin 1898)

Ouvrages

  • Description du Mont-Saint-Michel et de ses abords, précédée d’une notice historique, Paris, Dumoulin, 1877.
  • Saint-Michel et le Mont-Saint-Michel (avec Abel-Anastase Germain et Pierre-Marie Brin), Paris, Firmin-Didot, 1880.
  • L’Architecture militaire au Mont-Saint-Michel, Paris, Plon, 1881.
  • VIe exposition de l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie. Rapport du jury de la 3e section sur les métaux usuels, Paris, Quantin, 1881.
  • Guide descriptif du Mont-Saint-Michel, Paris, Ducher, 1883.
  • Congrès annuel des architectes de France, XIe session, 1883, compte-rendu de M. Corroyer, Paris, Chaix, 1883.
  • L’Architecture romane, Paris, Quantin, 1888.
  • L’Architecture gothique, Paris, Quantin, 1891.

Notes et références

  1. 1,0 1,1 1,2 et 1,3 Jean-François Hamel, sous la direction de René Gautier, Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, t. 3, éd. Eurocibles, Marigny.
  2. 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 et 2,6 Marie Gloc, « Édouard Corroyer », Dictionnaire critique des historiens de l’art actifs en France de la Révolution à la Première Guerre mondiale, Institut national d'histoire de l'Art (lire en ligne).
  3. 3,0 et 3,1 Annuaire prosopographique, CTHS, 2011 (lire en ligne).
  4. 4,0 4,1 4,2 4,3 4,4 4,5 4,6 et 4,7 Jean-Michel Leniaud, Répertoire des architectes diocésains du XIXe et du début du XXe siècles.

Lien externe